Article mis en ligne le 25 février 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM
Après la pause de décembre, nos cafés-rencontres ont repris avec la rencontre du 27 janvier 2017 qui a essentiellement porté sur le compte rendu de lecture du livre « Croyances. Comment expliquer le monde ? » (Paris, Ed. Autrement, 2014) du Professeur Henri Atlan, présenté par Albert GANDONOU. Après (...)
Article mis en ligne le 27 février 2017
dernière modification le 20 juin 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM

L’invitation à ce café rencontre a été libellée comme suit :

« INVITATION AU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 24 FÉVRIER 2017
Au café rencontre du vendredi 24 février prochain, toujours dans le cadre du thème général de l’année, « Promouvoir la fierté africaine », nous aurons pour sujet principal à l’ordre du jour : « Les variétés de mystique, les états modifiés de conscience et les hommes dieux à travers l’histoire ». Ceci en prolongement du thème du café rencontre du 27 janvier 2017 au cours duquel Henri ATLAN, à travers son excellent ouvrage « Croyances : Comment expliquer le monde ? », nous a fait découvrir que « ce que l’on appelle confusément "croyances religieuses" recouvre en fait un ensemble très différencié de mécanismes et de processus individuels et sociaux » (pp. 219-220). Sur cette base, il distingue quatre sortes de croyances : 1) les croyances d’ordre scientifique ; 2) les croyances pratiques (les cultes originels, souvent dits traditionnels et répandus partout y compris en Israël jusqu’au temps de Jésus et bien après, les rites sacrificiels de toutes sortes, etc.) ; 3) les croyances religieuses proprement dites (christianisme, islam et, dans une moindre mesure, judaïsme) : une profession de foi est exigée comme condition d’entrée, ceci a commencé au IVe siècle dans le christianisme avec saint Augustin ; 4) les états de conscience modifiés où on perçoit des forces invisibles, par des voies mystiques classiques ou par absorption de psychotropes (ex. le yakoana chez les Yanomani) avec des transes et des rêves cf. les pratiques comme le chamanisme.

Vendredi 24 février 2017, de 16h à 18h, à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB) à Aïdjèdo (Cotonou), pour ce qui est des variétés de mystique, nous nous pencherons sur les cas du néoplatonicien Plotin (205-270), du musulman soufi Mansur al-Hallaj (né vers 857-mort martyr le 26 mars 922) et de saint Jean de la Croix (1542-1591). Ensuite, nous essaierons de comprendre ce qu’on appelle les états modifiés de conscience. Enfin, nous nous interrogerons sur les hommes dieux à travers l’histoire : les rois et empereurs des antiquités égyptienne, grecque et latine ; Apollonios de Tyane (« Originaire de la Cappadoce, né v. 4 av. J.-C, philosophe pythagoricien itinérant et mystique, qui s’acquit une si grande réputation par ses pouvoirs miraculeux qu’il fut adoré comme un dieu. » (Université d’Oxford, Dictionnaire de l’antiquité, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 67). Il est mort centenaire en 97 ou 98) ; Jésus de Nazareth ; Parfaite au Bénin alias Dieu le Père et le Saint Esprit ; « Mε zun vodun », la personne devenue dieu (vodun), dans les croyances pratiques du sud du Bénin.
Venez nombreux participer à la réflexion et à la compréhension respectueuse. »

La rencontre a permis de développer chacun des trois points à l’ordre du jour. 1) L’étude des variétés de mystique a été pour nous l’occasion de comprendre qu’aucune religion n’a l’apanage de la mystique ou du mysticisme. L’expérience d’une union parfaite avec Dieu ou l’Absolu, dans la contemplation ou (...)
Article mis en ligne le 28 juin 2017
dernière modification le 30 juin 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM
Association « Chrétiens pour changer le monde » INVITATION AU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 30 JUIN 2017 Vendredi prochain, 30 juin 2017, c’est notre dernière réunion mensuelle pour cette année académique 2016-2017. Le P. Julien PÉNOUKOUN était pressenti, suite à une suggestion amicale de Mgr Clet FÈLIHO, (...)
Article mis en ligne le 6 juillet 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM
La délégation de CPCM à la marche du 22 juin 2017
ASSOCIATION « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM) COMPTE RENDU DU CAFE RENCONTRE DU VENDREDI 30 JUIN 2017 Pour clôturer l’année académique 2016-2017 qui a pour thème général : « Promouvoir la fierté africaine », nous avons tenu le dernier café rencontre, le vendredi 30 juin 2017, dans les meilleures (...)
Article mis en ligne le 5 septembre 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM
Mgr Nestor ASSOGBA

Mgr Nestor ASSOGBA, archevêque émérite de Cotonou, est décédé le 22 août 2017 à la fin de l’Eucharistie qu’il a célébrée ce jour-là. Nous présentons nos condoléances à toute sa famille et à toute l’Eglise pour ce deuil.
Dans son N° 007 du 7 janvier 2000, Chrétiens pour changer le monde (CPCM) a publié un article témoignage à l’occasion de son arrivée dans l’archidiocèse de Cotonou, le jeudi 9 décembre 1999. L’article, intitulé "Bienvenue à Mgr Nestor ASSOGBA", nous paraît toujours d’actualité. Nous estimons que c’est ce que nous avons de mieux à offrir pour rendre un hommage mérité à sa mémoire. A la lecture de cet article, on comprendra pourquoi ce prélat est cher au cœur de CPCM et de ses amis.

Une délégation de Chrétiens pour changer le monde était à Sèhouè le jeudi 9 décembre 1999 pour accueillir Mgr Nestor ASSOGBA. Il devait partir à 8h00, ce jour-là, de Parakou dont il cessait d’être l’archevêque pour se rendre à Cotonou où allaient bon train les préparatifs de son « intronisation » sur le (...)
Article mis en ligne le 20 octobre 2017
dernière modification le 3 novembre 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM

INVITATION AU CAFÉ-RENCONTRE DU VENDREDI 27 OCTOBRE 2017

Reprise des activités de l’association « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM) pour le compte de l’année académique 2017-2018 Le vendredi 27 octobre 2017, commence pour CPCM une nouvelle année d’activités. Le thème général autour duquel nous voulons structurer ces activités est : « RELIGIONS ET (...)
Article mis en ligne le 3 novembre 2017
dernière modification le 13 novembre 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM

La première réunion de la présente année académique a bien eu lieu. Elle a été structurée autour des axes ci-après :

1) Brève présentation de CPCM
2) Lecture et commentaire de l’annonce du café-rencontre de ce vendredi 27 octobre 2017
3) Présentation des textes de base et lecture des messages reçus
4) Exposé liminaire d’Albert GANDONOU visant à introduire le thème général : RELIGIONS et SPIRITUALITÉ.
5) Libre débat

Après les trois premiers points, Albert Gandonou s’est chargé de présenter le thème général et d’ouvrir ainsi les cafés-rencontres de l’année. Lire ci-dessous le texte de son exposé liminaire.

L’exposé et le débat qui l’a suivi ont permis aux participants de s’entendre sur la notion de religion et de spiritualité, et, sur cette base, de s’interroger sur les rapports de Jésus à la religion d’une part et à la spiritualité d’autre part. A la fin de la séance, un peu après 19h, il a été retenu que le jeune professeur de mathématique (lycée), Rolland Adéchina OYÉDÉLÉ, nous aide au prochain café-rencontre à nous pencher de plus près sur la notion de religion ainsi que sur son historique (son évolution) et ses différentes acceptions. Pour préparer son exposé, il s’appuiera entre autres sur l’ouvrage « Croyances » d’Henri ATLAN. Après la traditionnelle collation qui clôture nos rencontres, rendez-vous a été donc pris pour le vendredi 24 novembre 2017.

Exposé liminaire d’Albert GANDONOU pour introduire le thème général : RELIGIONS et SPIRITUALITÉ. I- QU’EST-CE QUE LA RELIGION ? « Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en (...)
Article mis en ligne le 20 novembre 2017
dernière modification le 21 novembre 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM
Le deuxième café rencontre de cette année académique 2017-2018 aura lieu le vendredi 24 novembre 2017. Ce sera, comme d’habitude, de 16h à 18 h, à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB), à Aïdjèdo, sur le pavé reliant le Centre d’Accueil à l’école primaire de Jéricho. Tél. 21 32 81 97 Cell. 97 47 72 90 (...)
Article mis en ligne le 25 novembre 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM
Association « Chrétiens pour Changer le Monde » (CPCM)Motion de soutien à Laurent MÈTONGNON Depuis le vendredi 17 novembre 2017, Laurent MÈTONGNON, Secrétaire Général de la FéSYNTRA Finances, Ex Président du Conseil d’Administration (CA) de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), Organisateur (...)
Article mis en ligne le 5 décembre 2017
dernière modification le 11 décembre 2017
Rubrique : Forum des amis de CPCM
Le deuxième café-rencontre de la présente année académique a bien eu lieu ce vendredi 24 novembre 2017, avec pour ordre du jour les points ci-après : 1) Lecture du compte rendu de la réunion du mois d’octobre 2017 2) Exposé liminaire de Rolland Adéchina OYÉDÉLÉ sur la notion de religion 3) Libre (...)
Article mis en ligne le 20 décembre 2017
dernière modification le 5 janvier 2018
Rubrique : Forum des amis de CPCM
Association « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM) INVITATION AU CAFÉ RENCONTRE DU 29 DÉCÉMBRE 2017 Le 3e café de cette année académique aura lieu, en dépit des fêtes de fin d’année, le vendredi 29 décembre 2017, de 16h à 17h, à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB), à Aïdjèdo, sur le pavé reliant (...)



Association « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM)

INVITATION AU CAFÉ RENCONTRE DU 29 DÉCÉMBRE 2017

Le 3e café de cette année académique aura lieu, en dépit des fêtes de fin d’année, le vendredi 29 décembre 2017, de 16h à 17h, à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB), à Aïdjèdo, sur le pavé reliant le Centre d’Accueil à l’école primaire de Jéricho. Tél. 21 32 81 97 Cell. 97 47 72 90 (Cotonou).

Nous nous proposons, dans le cadre de notre thème général « RELIGIONS ET SPIRITUALITÉ », de réfléchir, de manière particulière, sur le bon usage de la religion. Cette réflexion pourrait nous servir et nous aider en ces temps d’intenses prières et d’échanges de vœux.

Pour ma part, je serai à Lomé pour mon pèlerinage annuel à l’église « Christ Roi » de Kodjoviakopé, en commémoration d’un événement dont j’ai reçu la grâce en ce lieu en décembre 2012. Par l’intermédiaire de Marie, mère de Jésus, j’ai appris que tout n’est pas que savoir, raison et science. Il y a en chacun de nous une part de mystère, une part d’ombre, une voix intérieure qui nous parle d’un ailleurs hors de portée mais qui existe et qui compte, l’univers invisible, qu’il faut savoir entendre tout au fond de soi. Au cours de ce pèlerinage, je porterai chacun de vous dans mes prières. Je me recommande aussi à vos prières. Le 29 décembre, au café-rencontre, en divers, je me ferai un devoir de partager avec vous les fruits de ce pèlerinage qui me tient à cœur.

JOYEUSE FÊTE DE LA NATIVITÉ et BONNES FÊTES DE FIN D’ANNÉE à chacun de vous,

Albert

COMPTE RENDU DU CAFÉ-RENCONTRE DU 29 DÉCEMBRE 2017

Le troisième café-rencontre de cette année académique 2017-2018 a bien eu lieu le vendredi 29 décembre. Comme prévu, nous sommes revenus sur la question de la religion en prenant le temps de nous réinterroger sur son bon usage.

1) Les religions ont été comparées aux langues. A travers leur diversité, elles ont partout la même fonction et les mêmes constituants. Les langues nous servent à communiquer et à dire à peu près les mêmes choses, à exprimer ici et là les mêmes réalités humaines. Elles sont orales avant d’être écrites. Elles sont toutes formées de l’arbitraire du signe linguistique, de l’opposition voyelle / consonne, de la trilogie signifiant / signifié / référent, etc. Toutes les religions ont pour fonction de nous mettre en relation avec le monde invisible, avec une transcendance au nom multiple, pour bénéficier de son appui en faveur de nos demandes et de nos besoins, quand nous prenons une claire conscience de nos limites, de notre impuissance et de notre fragilité. Partout, comme il était au commencement en Afrique, les religions consistent en rites, sacrifices, en offrandes, en sacrificateurs, en lieux sacrés, en personnes sacrées, en jours et ustensiles sacrés, etc. Beaucoup ignorent qu’au Temple de Jérusalem, jusqu’en 70 de notre ère, c’est-à-dire jusqu’à la mort de Jésus et un peu au-delà, on venait de toute part offrir des sacrifices de bêtes de toutes sortes : taureaux, moutons, etc. Quand on était pauvre comme les parents de Jésus, on offrait des tourterelles. La religion, sous cette forme, est la plus répandue et est née en Afrique, berceau de l’humanité. Les anciens grecs considéraient que les Ethiopiens (entendre les Africains) étaient les plus religieux des hommes. Diodore de Sicile écrit ceci qu’il fait bon lire, après avoir été nourri des écrits de Cheikh Anta Diop : « On prétend aussi que les Éthiopiens ont les premiers enseigné aux hommes à vénérer les dieux, à leur offrir des sacrifices, à faire des pompes, des solennités sacrées et d’autres cérémonies, par lesquelles les hommes pratiquent le culte divin. Aussi sont-ils partout célèbres pour leur piété ; et leurs sacrifices paraissent être les plus agréables à la divinité. » Les anciens grecs disent en outre « que la plupart des coutumes égyptiennes sont d’origine éthiopienne, en tant que les colonies conservent les traditions de la métropole ; que le respect pour les rois, considérés comme des dieux, le rite des funérailles et beaucoup d’autres usages, sont des institutions éthiopiennes ; enfin, que les types de la sculpture et les caractères de l’écriture sont également empruntés aux Éthiopiens. Les Égyptiens ont en effet deux sortes d’écritures particulières, l’une, appelée vulgaire, qui est apprise par tout le monde ; l’autre, appelée sacrée, connue des prêtres seuls, et qui leur est enseignée de père en fils, parmi les choses secrètes. Or, les Éthiopiens font indifféremment usage de l’une et de l’autre écriture. » (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 2 et 3, qu’on peut lire en ligne :
https://mediterranees.net/geographie/diodore/livre3.html )

Nombreux sont les hommes de la « période axiale », chère à Karl Jaspers, qui ont cherché à en finir avec le paradigme de la religion tel que les Africains l’ont enseigné au monde : Zoroastre, le Bouddha, Socrate, Jésus, Mohammed, etc. Mais c’est la plupart du temps sur la création d’une nouvelle religion que leurs réformes ont abouti. Parmi eux, celui qui est allé le plus loin possible dans la voie de « la religion de la sortie de la religion » (selon le mot de Marcel Gauchet), c’est, à n’en pas douter, Jésus. Pour prier, a-t-il enseigné, point n’est besoin de temple ni d’église ni d’autel, ni de quelque intermédiaire que ce soit. Enfermez-vous dans les quatre murs de votre chambre : Dieu est là. Vous êtes vous-même un temple vivant de Dieu. Et il a annoncé un temps qui vient où les vrais adorateurs adoreront en esprit et en vérité, car Dieu est Esprit et il recherche de tels adorateurs. Mais, en son nom et après lui, on a trouvé le moyen de créer de toutes pièces non pas une religion mais une multitude de religions qui portent son nom mais qui s’excluent et se dénigrent fermement les unes les autres. On pourrait comparer, en revenant aux langues, ces religions dites chrétiennes à ces langues qu’on a créées de toutes pièces et qu’on a tenté en vain d’imposer à l’humanité entière. Il s’agit de l’espéranto et du volapuk.

Les langues comme les religions sont des créations d’une communauté humaine particulière et sont porteuses de son identité. Il faut tout faire pour ne pas les perdre car ce serait appauvrir l’humanité entière. En dépit de leur fond commun, il importe de les sauver dans leurs formes diverses. Du moins, autant que faire se peut. Car, avec le Bouddha et Paul Valéry, nous savons désormais que rien n’est permanent et que les civilisations sont mortelles avec leurs religions et leurs langues : il en a été ainsi, par exemple, de l’ancienne Egypte, de la Grèce et de Rome. Une langue cesse d’exister quand elle n’a plus de locuteur. Il en meurt ainsi une toutes les deux semaines, soit vingt-cinq environ par an sur les 5 000 environ qui existent. Il en a été ainsi du Gaulois que les prêtres druides interdisaient à quiconque d’écrire, préférant utiliser la langue et l’écriture grecques ou le latines pour leurs échanges, afin de conserver les secrets de leur culture. Le Gaulois est donc resté une langue orale et, après quatre ou cinq siècles de colonisation romaine, il a disparu avec les secrets qu’on refusait de partager. Il n’en reste que soixante-onze mots, passés dans la langue française, pidgin du latin. Par contre, les langues écrites peuvent à tout moment être ressuscitées à l’instar de l’hébreu conservé dans la littérature ou dans les bibliothèques. Battons-nous donc en Afrique pour que nos langues soient écrites, produisent des littératures et soient supports d’enseignement dans nos écoles. Car, comme le dit le grand linguiste français, Claude Hagège, « Il convient de reconnaître qu’en réalité la perte d’une langue est celle de l’instrument même par lequel une culture s’exprime le plus directement. C’est une perte grave pour le maintien d’une identité et pour la force symbolique que l’usage de la langue confère à cette dernière » (Halte à la mort des langues, p. 206). C’est pour cette raison que nous devons crier avec lui, quelque désespéré que soit ce cri déjà pour la langue française si menacée par l’anglais, nous devons crier avec lui : « Halte à la mort des langues » (titre d’un de ses ouvrages, Paris, Odile Jacob, 2002). Finissons ce premier point avec cette citation de De Gaulle rapportée par Max Gallo dans son ouvrage « De Gaulle » (éditions Robert Laffont) : « Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l’Europe dans la mesure même où ils étaient éminemment italien, allemand et français. Ils n’auraient pas beaucoup servi à l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelque espéranto ou volapuk ». Méditons cela, nous pour qui la francophonie signifie trop souvent laisser écraser, oublier, nos langues, les mépriser et nous laisser enferrés dans la langue française et au service de sa survie, aux dépens de notre identité à nous, de notre développement culturel et scientifique à nous. Méditons cela, nous pour qui les religions étrangères semblent être l’avenir et notre unique destinée.

2) Du bon usage des religions. Il faut connaître les religions pour prétendre en faire un bon usage. C’est à quoi sert le développement qui précède. Et il peut être utile pour l’Africain, à qui tout a été indûment dénié, ce rétablissement de la vérité selon laquelle il est le fils aîné de Dieu et que c’est par lui que tout a été fait et transmis, en matière de langues et de religions. Il doit donc apprendre à relativiser, à se méfier de tout ce qu’on lui vend de nos jours comme vraies religions ou religions du salut qui se créent à profusion. C’est ce qui s’est passé pour les langues : vraies langues par ici, grandes langues internationales par là, langues vernaculaires, dialectes et patois par là-bas chez les sous-hommes avec plein d’onomatopées,… Il a fallu, au 20e siècle, la science linguistique pour nous délivrer de toutes ces fadaises au moyen d’une définition objective et scientifique de ce que c’est qu’une langue et pour qu’on s’aperçoive soudain que toutes les langues sont équivalentes et peuvent toutes nos seulement s’écrire mais porter la science au dernier cri. Cheikh Anta Diop, d’illustre mémoire, a passé sa vie de savant à essayer d’en convaincre le monde entier et a dû en payer le prix (Lire à ce sujet Nations nègres et culture). Il suffit qu’on s’y mette comme on l’a fait presque sous nos yeux avec le latin vulgaire qui est devenu le français d’aujourd’hui, qui a fini par supplanter le latin et que beaucoup d’entre nous admirent.

Mais au-delà de cela, il convient de bien se pénétrer de la fonction des religions depuis la nuit des temps. L’homme a inventé la religion pour prier, - c’est-à-dire présenter des demandes aux divinités -, et rendre grâce pour les bienfaits reçus. De là vient que certains hommes se passent de toute religion parce que, se disent-ils, ils n’ont pas besoin du surnaturel pour chercher et trouver par eux-mêmes des satisfactions à leurs besoins. Il faut savoir également que toutes les religions ont leurs histoires. Sorties du même esprit humain qui est universel, elles ont presque toutes connu les mêmes moments (étapes) : le temps du matriarcat et des déesses puissantes (Isis chez les anciens Egyptiens, Artémis chez les anciens grecs : celle d’Ephèse était particulièrement connue, sa statue y était si belle et si impressionnante qu’elle était classée quatrième parmi les sept merveilles du monde antique), le temps du patriarcat et le passage progressif aux dieux masculins et même au monothéisme. Celui-ci est d’apparition récente et instable. Les dieux avaient leurs parèdres et formaient ainsi des couples. On connaît au sud du Bénin le couple célèbre Lissa et son parèdre Mawu, avec cette particularité intéressante que ce qui prévaut, c’est l’élément féminin (Mawu : qui a partagé son corps) et non l’élément masculin (Lissa). Chez nous, le Dieu suprême serait-il plus mère que père, à l’image du Dieu que Jésus est venu nous révéler ? Ne serait-ce pas là une question à méditer avec plus de sérieux ? Chez les juifs, Yahvé formait aussi un couple avec un élément féminin, Ashéra, qui était son parèdre. Ashéra avait pour titre Elat qui voulait dire : la Déesse-Mère. Ashéra a progressivement laissé la place au seul Yahvé qui a pris les traits d’El son père. A propos du monothéisme, il faut se souvenir qu’au 4e siècle saint Augustin avait un ami du nom de Maxime Madaure (tous d’eux d’Afrique du nord) qui lui écrit dans une lettre, conservée dans ses écrits par saint Augustin, ce qui suit et qui montre à souhait que personne n’a à rougir du polythéisme de ses ancêtres : « Qu’il n’existe qu’un Dieu unique et suprême, sans commencement et sans descendance, quel homme est assez grossier, assez stupide pour en douter ? C’est lui dont nous invoquons, sous des vocables divers, les énergies répandues dans le monde, car nous ignorons son nom véritable, et en adressant nos supplications séparément à ses divers membres, nous entendons l’honorer tout entier. [...] Grâce à l’intermédiaire des dieux subalternes, ce Père commun et d’eux-mêmes et de tous les mortels est honoré de mille manières par les humains, qui restent d’accord dans leur désaccord. » (SAINT AUGUSTIN, Epîtres, XVI). Jusqu’à nos jours, c’est l’approche que les Africains ont gardé pour penser Dieu. Les croyances sont restées pratiques (comme écrit Henri ATLAN dans Croyances. Comment expliquer le monde, Paris, Édit. Autrement, 2014), sans trop de dogmes ni de théologies doctrinales et abstraites. Vous voulez ceci, il faut faire cela ; et c’est l’oracle consulté qui vous prescrit ce que vous avez à faire, comme chez la plupart des autres peuples sous des formes variées (l’oracle de Delphes en Grèce, l’aruspice chez les étrusques et les latins, etc.).

Au demeurant, il est bien de rappeler aux disciples de Jésus, aux chrétiens donc (?), que leur maître a changé aussi la face de l’idolâtrie. Pour lui, la seule idolâtrie à combattre en soi-même, c’est le culte de l’avoir, l’attachement maladif à l’argent et aux biens matériels placés au-dessus de tout, notamment au-dessus du souci de son prochain. Pour notre Seigneur et Maître Jésus, le principal, ce ne sont pas les religions. Il nous a beaucoup appris à les relativiser, tout en nous laissant nous en servir si nous ne pouvons pas nous passer de ces béquilles-là. L’essentiel c’est de rester connectés à notre Père qui est aux cieux et de chercher à faire sa volonté, c’est-à-dire à apprendre à vivre en frères, à construire ici-bas une fraternité agissante, un monde d’amour, de justice et de paix. Il nous a mis en garde contre ceux qui veulent s’ériger en intermédiaires indispensables entre Dieu, notre propre Père, et nous. Ce qu’il nous recommande, c’est de développer la confiance en nous-mêmes pour éviter de nous jeter entre les mains de gourous sans scrupules. Nous devons apprendre à faire comme lui, à nous retirer pour prier : dans le secret de notre chambre ou de notre cœur, dans la montagne ou la grande nature. Dieu est là, il nous attend. Nous sommes, nous-mêmes, un temple vivant de Dieu. Plotin, le philosophe gréco-romain de l’Antiquité tardive (205 - 270 apr. J.-C.), savait aussi cela, lui qui, contrairement à son disciple Amélius, ne courait pas les temples : « C’est, disait-il, aux dieux de venir à moi ».

Albert GANDONOU

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