Forum spécial sur la situation en Côte d’Ivoire (suite 2) : deux textes reçus de l’écrivain béninois Olympe Bhêly-Quenum
Article mis en ligne le 7 janvier 2011

par L’administrateur
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Nous partageons avec vous deux textes reçus de l’écrivain béninois, Olympe Bhêly Quenum. Le premier est signé de Gary Bush, journaliste américain, qui donne son point de vue sur la marche dite pacifique du jeudi 16 décembre 2010, commanditée par les anciens premiers ministres ivoiriens, Soro et Ouattara, retranchés à l’hôtel du Golf à Abidjan. Le second est du professeur français, Albert Bourgi, qui donne son point de vue sur les tenants et les aboutissants de la crise post-électorale qui sévit en ce moment en Côte d’Ivoire.

Côte d’Ivoire : Gary Bush un journaliste américain dit tout sur la guerre au golf et à Tiébissou

Par Garry Bush (journaliste américain)

Lundi 20 décembre 2010

Ceux que vous voyez ci-dessus sont des rebelles de Ouattara, quittant son siège de campagne, l’hôtel du golf, dans leur tentative de prendre par les armes la RTI,la télévision nationale le jeudi afin de la remettre à Ouattara. Ils ont été confrontés à un feu intense et décimés. Ils ont perdu un de leurs dirigeants, probablement Idrissa Ouattara dit Wattao.

Toutes leurs armes leur ont été fournies à l’hôtel du Golf par la France et l’ONU qui agissent comme ignorantes de tous ces faits. Certains des rebelles portaient des uniformes de l’ONU. Aujourd’hui, l’armée ivoirienne a détaillé, à la télévision tous ces faits. Certains groupes civils de droits de l’homme demandent au président Gbagbo de suspendre les relations diplomatiques avec la France et de demander à tous les soldats français de quitter la côte d’Ivoire. Gbagbo agira t-il ? La question, comme toujours, demeure.

Ces « soldats » rebelles sont ce que AP, Reuters, et d’autres appellent « civils ». Le jeudi, 10 soldats de l’armée de Côte d’Ivoire ont été tués sur plusieurs fronts. À l’Hôtel du Golf seul, 38 des rebelles de Ouattara ont été envoyés en enfer. Ni Reuters, ni AFP ni AP n’en parle. Mais lorsque vous entendez les rebelles, ils ne peuvent s’empêcher d’en parler.

Soro Guillaume a promis de passer à l’attaque une fois encore ce vendredi. Mais aucun de ses « soldats » ne s’est présenté. Peut-être que l’ONU et la France étaient en train de les réarmer après les lourdes pertes qu’ils ont subies. Ce sont ces mêmes rebelles qui occupent le nord de la Côte d’Ivoire depuis 2002. A 40 km au nord de Yamoussoukro, un autre groupe de rebelles de Ouattara venant de Bouaké a tenté de faire main basse sur Tiébissou. Mais l’armée de côte d’Ivoire les y attendait. Encore une fois, ils ont subi de lourdes pertes. La France et les rebelles de Ouattara n’ont jamais désarmé. Ils sont encore dans le nord où le viol et le meurtre sont leur jeu favori. Néanmoins vous n’entendrez rien à ce sujet. Aujourd’hui, la représentante de l’Amérique à l’ONU, *Susan Rice, lors d’une conférence de presse, a parlé des évènements d’Abidjan. Lorsqu’elle a été interrogée sur les rebelles attaquant Tiebissou, elle a tenté d’éviter la question, avant de répondre que ce n’était pas important en termes d’attaque. Ah Oui ! Pas important, lorsqu’une bande de rebelles lourdement armés s’attaquent à une ville. Merci Susan ! Ouattara n’a plus d’options militaires à Abidjan, à moins que la France, comme en 2004, attaque Abidjan.

Et je ne pense pas que la France s’y essayera à nouveau La seule véritable option qui reste à Sarkozy c’est de faire du bruit avec ses alliés européens qui ne savent rien de la crise. Sarkozy ment au monde entier. Et tout le monde écoute, parce qu’il a un gros microphone. Mais nous sommes là en grand nombre pour informer tous les africains. Même s’il est vrai que nos voix sont submergées dans la propagande française. Gbagbo doit gagner pour que la démocratie l’emporte. Un politicien qui envahit un pays avec des assassins sans cœur ne devrait jamais être autorisé à devenir président, même avec l’aide de l’ensemble de l’Organisation des Nations Unies et 95 % des élections truquées.
L’indépendance de la France n’est pas gratuite. Ne laissons pas Sarkozy installer une autre marionnette française en Afrique. Du moins, pas en Côte d’Ivoire.

Gary Bush, 17 décembre 2010

Une traduction de Laurent I-Best

Tribune. Côte d’Ivoire : interventionnisme sous couvert de communauté internationale.

Par Albert Bourgi Professeur | 28/12/2010 | 12H12. Partager :

Jamais dans l’histoire des relations franco africaines, une crise n’aura soulevé autant de parti pris mediatico-politique en France que celle que vit la Côte d’Ivoire depuis bientôt une dizaine d’années.

Aujourd’hui, comme hier en septembre 2002, lors du déclenchement d’une rébellion militaire ouvertement soutenue, voire totalement planifiée par un Chef d’État voisin, Blaise Compaoré, et fait inédit en Afrique subsaharienne, coupant le pays en deux, l’opinion publique africaine et internationale s’est vue servir une interprétation unilatérale, voire tronquée, des événements.

Et pour couronner le tout, voire pour conforter le courant d’opinion, la position officielle française s’est réduite à accabler le Chef de l’État ivoirien, Laurent Gbagbo, à voir en lui le seul responsable de la rébellion qui a provoqué la partition du pays, et aujourd’hui, de la crise post électorale.

Or dans l’un et l’autre cas, hier avec Jacques Chirac, aujourd’hui avec Nicolas Sarkozy, selon des méthodes différentes, l’objectif est le même : évincer coûte que coûte Laurent Gbagbo du pouvoir, et préserver la cohésion du pré carré français en Afrique.

En 2002, en 2004, après le bombardement de Bouaké et l’intervention directe des troupes françaises dans Abidjan, comme en 2005, 2006, à travers la tentative de mise sous tutelle de la Côte d’Ivoire, et bien entendu aujourd’hui, par le biais d’un processus électoral totalement dévoyé, il ne s’agit de rien d’autre que de se débarrasser d’un homme qui aux yeux de l’ancienne Puissance coloniale, remettait en question son emprise politique en Afrique.

C’est de ce registre international qui s’est grossi de « groupes internationaux de contact » que le pouvoir français est parvenu à faire avaliser les coups d’État perpétrés en Mauritanie en 2008, et à Madagascar, et mieux encore à faire élire, avec le soutien de la prétendue communauté internationale, le général mauritanien, Mohamed Abdel Aziz.

Cette nouvelle forme d’intervention sous couvert de la légalité internationale et d’actions concertées entre les différentes institutions internationales, a incontestablement atteint sa maturation en Côte d’Ivoire, du coup d’État manqué du 19 septembre 2002 et de ses suites diplomatiques (la Conférence de Kléber en janvier 2003) à ce qu’il faut bien appeler un coup de force électoral de décembre 2010, orchestré par le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU.

Le passage en force de ce dernier, entouré pour l’occasion des ambassadeurs français et américain en poste à Abidjan, pour entériner définitivement les résultats « provisoires » proclamés par le Président de la Commission électorale, au siège du candidat déclaré « élu », et cela au titre d’un pouvoir de « certification » dont il disposerait, renvoie à une pratique totalement inédite dans l’histoire des Nations Unies.

Jamais l’ONU n’a outrepassé de telle manière son mandat, y compris au Timor oriental, au Kosovo, en République démocratique du Congo, pour ne citer que ces exemples. Faisant fi des institutions d’un pays souverain, membre des Nations Unies depuis cinquante ans, et ne se donnant pas le temps de permettre à la Commission électorale de débattre des contestations soulevées au cours des délibérations, Monsieur Choi a incontestablement cédé aux pressions de certains pays, dont et surtout la France représentée en Côte d’Ivoire par un ambassadeur dont le parcours professionnel est un parfait condensé de la Françafrique.

En brandissant l’argument de la communauté internationale, et en se prévalant d’un processus électoral sur lequel pèse des suspicions très lourdes et à terme graves de conséquences pour la stabilité de la Côte d’Ivoire, Nicolas Sarkozy s’inscrit dans la droite ligne d’une politique néocoloniale de la France, dont les métastases se trouvaient déjà dans le discours raciste qu’il a prononcé à Dakar en juillet 2007.

A chacune des étapes de cet interventionnisme français, le mode opératoire est identique : mettre en avant les organisations régionales africaines au sein desquelles siègent les Chefs d’État adoubés par la France et dont la traduction la plus parfaite est incarnée par d’anciens auteurs de coups d’État reconvertis à la pseudo démocratie, à l’image d’un Blaise Compaoré ou d’un Faure Gnassingbé Eyadéma, et user de son influence aux Nations Unies, particulièrement au Conseil de sécurité.

La crise post électorale en Côte d’Ivoire illustre à l’évidence la perpétuation de la politique d’ingérence de la France en Afrique, qui tout en ne prenant plus les formes caricaturales d’actions militaires directes destinées à maintenir l’ordre intérieur au profit de « présidents amis », n’en aboutit pas moins aux mêmes résultats que naguère.

Quelle communauté internationale ? Cette politique interventionniste de la France s’adosse désormais à la notion ambiguë de communauté internationale, pour instrumentaliser les dispositifs internationaux de règlement des conflits que ce soit à l’ONU, à l’Union Européenne, à l’Union Africaine ou à la CEDEAO, au sein desquels elle dispose d’importants réseaux d’influence, ce qui lui permet de faire passer « ses solutions politiques »

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