COMMUNICATION D’ALBERT GANDONOU : LA BONNE NOUVELLE DE JESUS-CHRIST (3e volet)
Article mis en ligne le 17 juillet 2010

par L’administrateur
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L’Évangile : un message de justice sociale, d’amour et de paix, adressé à tout homme ce bonne volonté, pour son élévation en humanité, c’est-à-dire vers Dieu

3e volet : L’ÉVANGILE, UN MESSAGE ADRESSE A TOUT HOMME DE BONNE VOLONTÉ

III. L’ÉVANGILE, UN MESSAGE ADRESSE A TOUT HOMME DE BONNE VOLONTÉ

Pour faire très court ici où il y a pourtant beaucoup à dire, je vais évoquer quelques faits :

1) Le « païen », Plotin, est reconnu comme un grand mystique. Il a fait plus d’une fois l’expérience de l’union mystique avec Dieu, de la contemplation de Dieu dans l’extase. Dans votre dossier, il y a un document sur la diversité des religions et des croyances : lisez « Regard athée », un texte d’André Comte-Sponville. Tout athée qu’il est, ce philosophe français contemporain est connu pour son attachement et sa fidélité aux valeurs chrétiennes qui sont partie intégrante de la tradition de son pays, et au-delà de celle de l’Europe ! Il nous faut définitivement croire que l’Esprit est à l’œuvre partout, chez les « païens » comme chez les athées. Il y a eu, par exemple, de grands mystiques musulmans dont on ne parle pas assez, de grands soufis dont ne dit rien dans le monde chrétien : Hasan Basri (mort en 772) ; Ragi’a al-‘Adawiyya (VIIIe siècle, morte en 801), la chantre de l’amour pur ; Abu Mansur Ibn Husayn al-Hallaj (v. 858-922) ; Ibn Arabi (1165-1240) dont « la doctrine est centrée sur la théorie du Logos [1] ». La vie spirituelle n’est pas d’abord une affaire de religion. C’est le propre de tout homme.

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Albert Gandonou, pendant sa communication

2) « Ne mettez aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs, à moins qu’elles ne soient évidemment contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi qui ne repousse ni ne blesse les rites et les usages d’aucun peuple, pourvu qu’ils ne soient pas détestables, mais bien au contraire veut qu’on les garde et les protège [2] . » C’est le pape Alexandre VII qui tient ces propos en 1659, en s’adressant aux premiers vicaires nommés par le Saint-Siège. Mais alors, que s’est-il passé par la suite pour que nous ayons été tant agressés dans nos cultures, dans nos religions, dans ce que nous avons de plus profond et de plus cher, dans ce que nous sommes ? C’est l’ Évangile seul qu’on devrait nous proposer, en nous laissant libres de l’accueillir comme nous l’entendons, à l’instar de Zachée à qui Jésus n’a rien prescrit. Et non pas son emballage dans une culture particulière. Le jésuite indien, Michael Amaladoss voit bien le problème qui se pose à nous autres, peuples non européens. L’Église, dit-il, renvoie « en partie à l’institution faite par Jésus et en partie à une culture composite dont les racines se situent dans les cultures bibliques, gréco-latine et européenne [3] . » Et d’ajouter : « le discours chrétien sur l’inculturation évoque l’image de l’Évangile sortant dans le monde pour conquérir les cultures, s’exprimer en elles, les intégrer et ainsi les enrichir. C’est une image de domination et de conquête. (…) La seule option pour nous qui sommes dans cette situation n’est pas l’incarnation mais le dialogue qui nous prépare à recevoir aussi bien qu’à donner. Ce qui signifie que l’incarnation n’est donc peut-être pas le paradigme qu’il faut utiliser pour comprendre le processus de la rencontre entre Évangile et culture [4] . » Et enfin, Michael Amaladoss de conclure : « Je pense que ce dont nous avons besoin, c’est d’un changement de paradigme pour penser l’inculturation : il ne faut pas partir avec tout un appareil institutionnel que nous essaierons d’inculturer, mais plutôt avec une communauté que nous engageons à répondre à l’Évangile dans sa situation sociale et culturelle et que nous laisserions libre d’exprimer et de célébrer sa réponse [5] . »

3) « Chacun d’eux entendait les croyants parler dans sa propre langue » (Act. 2 v 6), « dans sa langue maternelle » (Act. 2 v 8). → Respect des cultures. Cf. l’ « eunuque éthiopien…, la reine d’ Éthiopie » et Philippe (Act. 8 v 27). L’Afrique est présente dès l’origine du christianisme. L’Eglise copte d’Éthiopie et d’Égypte compte parmi les plus vieilles Églises chrétiennes de la terre. « A l’aube du IIIe siècle, le christianisme a véritablement changé de visage. De secte marginale du judaïsme, il s’est affirmé en religion à part entière, laquelle devient même majoritaire en Asie Mineure, au nord de l’Égypte et dans la région de Carthage [6] . » La région de Carthage, c’est le pays natal de saint Augustin. L’Afrique était engagée dans l’aventure chrétienne dès les tout premiers temps. « Tu sais parler grec ? » (Act. 21 v37). Le grec : la langue véhiculaire dans le pourtour méditerranéen et la langue la plus prestigieuse du temps. Les aristocrates romains, les Cicéron, parlaient grec de préférence à leur propre latin. Les aristocrates gaulois parlaient latin de préférence au gaulois. Ils étaient comme nous sommes aujourd’hui devant le français : fascinés, subjugués, méprisant nos langues maternelles. Mais contrairement à nous, Paul ne méprise pas sa langue maternelle : « Paul leur adressa la parole en araméen [7] » (Act. 21 v40). C’est aussi dans cette langue véhiculaire et populaire d’Israël que Jésus lui a parlé sur la route de Damas (Act.26 v14). Le chrétien, disons-le au passage, est radicalement différent en cela du musulman : il n’a pas de langue sacrée, ou plutôt sa langue maternelle est sa langue sacrée ! C’est à l’intérieur de chacune de nos cultures et de nos langues que Dieu s’adresse à nous. « Comment, demande Paul à Pierre, peux-tu vouloir forcer les non-juifs à vivre comme des juifs ? » (Gal. 2, v. 14). « La langue est un des principaux véhicules d’une culture [8] . » « La langue est (…) l’un des éléments de base de la culture. Elle forme la manière dont les gens regardent leur monde et se regardent eux-mêmes. Toutes les langues sont symboliques [9] . » .

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Albert Gandonou, M. Dodji Amouzouvi, sociologue, spécialiste des religions, et Victoire Elègbè, modératrice générale de la table ronde

4) « Jésus était un homme dont Dieu vous a montré l’autorité » par toutes sortes de miracles. (Act. 2 v 22). « C’est lui que Dieu a fait Seigneur et Messie ! » (Act. 2 v 36). Messie, de l’hébreu Machia : titre attribué aux rois d’Israël et aux grands prêtres pour signifier qu’ils avaient été consacrés, c’est-à-dire choisis par Dieu pour une fonction ou une mission particulière. Grec : christos. Voir Actes 17 v 3 « C’est lui le Messie. », 18 v 28… Pourquoi donc ne nous sommes-nous pas contentés de le reconnaître comme le Messie ? C’est pourtant déjà beaucoup qu’il soit pour nous un envoyé de Dieu dont la vie nous est un exemple à suivre, un modèle dont nous devons nous inspirer. En quoi cela nous a-t-il tellement servi d’avoir fait de lui un Dieu ? Sinon qu’à « faire porter à Dieu des vêtements trop petits [10] » et à nous détourner de la Voie qu’il est venu nous proposer ? « Quand le fils de Mariam, constate le prophète Mohamed dès le 7e siècle, a été proposé pour exemple, ton peuple s’écarte de lui [11] . » Souvenons-nous, Jésus était juif et son crédo était le Shema Israël : « Ecoute Israël, notre Dieu éternel, notre Dieu un ».

5) Comme les philosophes grecs et romains (Act. 17, v18), Rabbi Iéshoua était aussi un maître. Son école était, du moins d’un certain point de vue, comparable aux écoles philosophiques de son temps [12] . La philosophie était, alors et avant tout, choix d’un mode de vie, changement de comportement. « Dans l’Antiquité, philosophia désigne non pas une théorie ou une manière de connaître mais une sagesse vécue, une manière de vivre selon la raison », c’est-à-dire selon le Logos. » [13] . C’était un certain discours lié à un mode de vie et un mode de vie lié à un certain discours. Cela, on ne le sait pas assez. Mais l’enseignement de Jésus, est-ce de la philosophie grecque ? A vrai dire, je pense que non. Ni pythagorisme, ni « héraclitisme », ni épicurisme, ni stoïcisme, ni platonisme, ni aristotélisme, ni gnose, ni religions à mystères. Il ne s’agit pas de vivre selon la raison, le Logos. Athènes n’est pas à confondre avec Jérusalem [14] . Avec Jésus, il s’agit de faire confiance à un homme qui nous propose d’entrer dans une Voie qui présente toutes les apparences de la folie : le détachement, la miséricorde. Si Jésus n’a pas aboli la loi, c’est parce que sans elle, sans règlement ni punitions, il n’y a pas de société possible, de vivre-ensemble qui tienne. De ce point de vue, Benoît XVI fait bien de livrer les prêtres pédophiles à la justice civile. Mais l’amour que Jésus nous enseigne nous invite à ne pas nous contenter de la loi, à ne pas nous limiter à la logique et à la rationalité de la loi, à apprendre, pour notre plus grand bonheur, à aller au-delà de la loi par la compassion et la miséricorde.

Notes :

[11 Anawati (G.-C.) et Gardet (Louis), La mystique musulmane, Paris, Librairie philo. J. Vrin, 1961, p. 58.

[22 Pape Alexandre VII s’adressant en 1659 aux premiers vicaires créés par le Saint Siège, cité dans le n° 21 de CPCM , Cotonou, octobre 2005, p. 2.

[33 Michael Amaladoss, A la rencontre des cultures, Paris, Edit. de l’Atelier / Edit. Ouvrières, 1997, p.98.

[44 Ibid., p. 29.

[55 Michael Amaladoss, Op. cit, p.159.

[66 Frédéric Lenoir, Comment Jésus est devenu Dieu, Paris, Fayard, 2010, p. 191.

[77 L’araméen : ensemble des parlers sémitiques répandus en Syrie, Judée, Egypte, surtout du 9e siècle av. J-C au 7e siècle apr. J-C. (Le Petit Robert).

[88 Michael Amaladoss, Op. cit., p.22.

[99 Michael Amaladoss, Op. cit., p.112.

[1010 Ces mots sont de Guy Leurquin, un ami de « Chrétiens pour changer le monde ». Il les a prononcés à Lomé, à un colloque organisé au Centre Christ Rédempteur, à l’occasion du 10e anniversaire du mouvement en 2007.

[1111 Coran, S. 48, v. 57.

[1212 Pierre Hadot, Qu’est-ce que la philosophie antique ? , Paris, Gallimard, 1995.

[1313 Idem, p. 360. Une citation de Dom Jean Leclercq, pour l’essentiel.

[1414 Chestov (Léon), Athènes et Jérusalem, Paris, Flammarion, 1967.

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