Le dialogue interreligieux est, à ma connaissance, un sujet de prédilection du mouvement « Chrétiens pour changer le monde », depuis sa création le 1er mars 1997. Mais, c’est de nos jours un thème de la plus haute importance et de la plus brûlante actualité sur le plan international.
Les conflits interreligieux sont devenus malheureusement monnaie courante, en particulier depuis l’attentat perpétré, le 11 septembre 2001, par les membres du réseau djihadiste islamiste Al-Qaïda, notamment contre les tours jumelles du World Trade Center à Manhattan, à New York. Depuis, la communauté internationale s’est saisie de la question religieuse et œuvre à la prévention des conflits dans ce domaine sensible et délicat qui touche à la croyance des gens.
Le Bénin a abrité, en août 2007, un colloque sur le dialogue interreligieux organisé par l’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture. Et dès juin 2008, « Chrétiens pour changer le monde » a organisé, en partenariat avec l’Institut Universitaire du Bénin, une rencontre importante sur le thème du dialogue interreligieux au Chant d’Oiseau, l’Institut des Artisans de Justice et Paix, à Cotonou. J’avais parrainé et présidé cette rencontre dont le sous-thème avait alors retenu mon attention : « En finir avec toutes les formes d’exclusion », entre membres de différentes religions. C’est tout un programme et un engagement de croyants en Dieu.
En effet, depuis que je vous fréquente, votre appellation ne cesse de m’interpeller : Mouvement « Chrétiens pour changer le monde ». Mais, tenez-vous tranquilles, c’est pour des raisons de grammaire que votre appellation me donne à penser. Les guillemets qui encadrent généralement l’expression « Chrétiens pour change le monde » empêchent d’accorder le mot chrétiens avec mouvement. Bien souvent même, vous préférez vous faire appeler directement « Chrétiens pour changer le monde ». C’est dire que le mot mouvement n’a pas grande importance pour vous. Alors l’attention vient s’arrêter sur « chrétiens » au pluriel.

A force d’y réfléchir et de vous observer, je crois comprendre l’importance de ce pluriel pour vous. Votre explication habituelle, c’est qu’on n’est pas chrétien tout seul. Au-delà de cette explication qui témoigne de votre souci constant de ne pas vous séparer des autres chrétiens, j’en aperçois personnellement deux autres quand j’en juge par votre comportement et par vos actes. En premier lieu, il existe plusieurs sortes de chrétiens, à CPCM, vous les accueillez tous, au même titre, sans discrimination. En second lieu, votre accueil va beaucoup plus loin et révèle, à qui veut bien y réfléchir, que votre vraie devise est la suivante : « Tout homme : mon frère ». En cela, vous vous montrez des disciples de Jésus, dont je porte le nom (Issa, en arabe) et qui a fait d’un païen (je veux nommer le bon samaritain), le modèle universel du prochain au grand dam de ses frères juifs, ses coreligionnaires.
Le musulman pratiquant que je suis s’est toujours senti à sa place au milieu de vous. Selon les mots de Marcel Légaut, un grand spirituel du siècle dernier, « La prière et la recherche sont, les deux compagnes obligatoires, inséparables de la vie de foi ; elles la soutiennent et l’aident à grandir. » Vous êtes des Africains exigeants et sans complexe, qui refusez de vous en laisser conter en matière de foi. A nouveaux frais, vous osez tout questionner, vous osez chercher par vous-mêmes la vérité de l’Évangile au service d’une Afrique que vous désirez voir grandir et prospérer. Je me réjouis de faire route avec vous.
Enfin un mot sur votre logo : le retour du fils prodigue, symbole de votre devise qui est la miséricorde. Cet enfant que le Père accueille s’est montré un vrai délinquant. Mais il a un père qui sait pratiquer l’oubli de soi, le renoncement à une certaine raison, à une certaine logique, tout humaine, qui commande qu’il laisse ce mauvais garçon avoir le châtiment qu’il mérite. Le père s’est refusé à le voir autrement que son fils et lui a gardé ses bras ouverts quelle que soit la gravité de sa faute envers lui.
Si j’ai accepté une fois de plus d’être votre parrain, c’est tout simplement parce que je pense sincèrement que l’existence d’une présence comme celle du mouvement « Chrétiens pour changer le monde » est essentielle pour notre pays et pour l’Afrique où des tensions ne manquent pas entre les fidèles des différentes religions.
Sur ces mots, je déclare ouverts les travaux de la table ronde internationale que le mouvement "Chrétiens pour changer le monde" organise en partenariat avec l’Institut Universitaire du Bénin.
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