COMMUNICATION D’ALBERT GANDONOU : LA BONNE NOUVELLE DE JESUS-CHRIST (2e volet)
Article mis en ligne le 17 juillet 2010
dernière modification le 26 juillet 2010

par L’administrateur
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L’Évangile : un message de justice sociale, d’amour et de paix, adressé à tout homme ce bonne volonté, pour son élévation en humanité, c’est-à-dire vers Dieu

2e volet : L’ÉVANGILE, UN MESSAGE DE JUSTICE SOCIALE, D’AMOUR ET DE PAIX

II. L’ÉVANGILE, UN MESSAGE DE JUSTICE SOCIALE, D’AMOUR ET DE PAIX

Jésus est venu proclamer la miséricorde de Dieu pour les exclus de la société, les malades, les pauvres, les pécheurs c’est-à-dire, en son temps, les prostituées, les collecteurs d’impôts (publicains), les voleurs, les bergers, les usuriers, ceux qui ne payaient pas la dîme aux prêtres, ceux qui négligeaient le repos du sabbat et les rites de purification. Pour faire vite et bien, je vais laisser la parole à Albert Nolan, un éminent dominicain d’Afrique du Sud, ancien aumônier des étudiant de l’ANC :

« Les gens vers lesquels Jésus s’est tourné, on les retrouve dans l’évangile sous une quantité de qualificatifs : les pauvres, les aveugles, les boiteux, les infirmes, les lépreux, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent, les pécheurs, les prostituées, les collecteurs d’impôt, les démoniaques (possédés par un esprit impur), les persécutés, les écrasés, les captifs, tous ceux qui peinent et ploient sous le fardeau, la racaille qui ne connaît rien à la loi, les foules, les petits, les moins que rien, les derniers, les petits enfants ou la brebis perdue de la maison d’Israël [1] . » [2]

« On a souvent dit que Jésus se faisait de Dieu une idée fondamentalement nouvelle, que le Dieu de Jésus est radicalement différent du Dieu de l’Ancien Testament [3] (et même en réalité du Dieu qu’adorent la plupart des chrétiens), que sa pratique, sa conception du royaume n’ont été possibles que grâce à cette nouvelle image de Dieu [4] . »

Jésus prêche un Dieu ému de compassion, un Dieu qui a changé son état d’esprit, un Dieu qui fait du neuf [5] ! Les dieux que nous savons nous donner à nous-mêmes sont généralement des garants de la loi, de l’ordre établi si profitable aux notables. Mais voici que Jésus prêche un Dieu de miséricorde et de toute bonté, dont nos sociétés ne savent que faire !

« Cette proximité de Jésus avec les pécheurs, au nom même de Dieu, sa conviction que ceux-là avaient reçu l’approbation de Dieu et non pas les autres, sont autant de violations de tout ce que signifiait la religion, la vertu, la justice, Dieu lui-même. Mais le projet de Jésus n’était pas celui d’une renaissance religieuse, c’était celui d’une révolution, révolution dans la religion, dans la politique, dans tous les domaines de la vie.
Il est impossible qu’à son époque on l’ait imaginé comme un homme éminemment religieux évoluant au-dessus des éclaboussures de la politique et de la révolution.
Il a dû passer pour un homme irréligieux jusqu’au blasphème qui, sous le manteau de la religion, sapait les valeurs sur lesquelles la religion, la politique, l’économie, la société étaient basées. C’était un homme dangereux, révolutionnaire subtilement subversif [6] . »

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Albert Gandonou, pendant sa communication

Il lui est arrivé ce qui arrive souvent, jusqu’à nos jours, aux révolutionnaires, aux subversifs, à ceux qui refusent de se résigner à l’ordre du monde et agissent pour le changer en fonction des valeurs dont ils sont habités. Comme Socrate, il fut condamné à mort et pendu à un arbre.

Comme l’a si bien souligné notre parrain, dans son discours d’ouverture hier matin, c’est dans la parabole du fils perdu que cette miséricorde, cette compassion infinie du Dieu de Jésus, (voir le logo du mouvement « Chrétiens pour changer le monde ») apparaît le plus clairement. « La première partie de cette parabole (Lc 15, 11 ; 20) cherche à montrer l’énormité du péché de ce fils, l’ampleur du tort qu’il cause à son père. Le retour à la maison prend alors une tournure tout à fait surprenante. D’abord à cause de ce que le Père ne fait pas : il ne rejette pas son fils, ne le désavoue pas, comme le fils lui-même s’y attendait (v. 19) et comme le père était en droit de le faire. Il ne lui demande pas de faire amende honorable ou de restituer ce qu’il a dilapidé en prenant un travail de serviteur dans la ferme, ce à quoi l’auditoire de Jésus devait s’attendre. Il ne le punit pas, en aucune façon, ce qui va à l’encontre de toute notion de justice. Il ne le réprimande même pas, il n’exige pas d’excuses. On n’entend pas, sur les lèvres du père, un mot de pardon condescendant. Tout ce qu’il fait, c’est de se réjouir, d’ordonner une fête, une célébration [7] . »

« Ce qui est particulièrement clair dans l’histoire de Jonas [auquel Jésus renvoie], c’est que Jonas, comme les pharisiens, était rempli de colère (4, 1) à l’idée que Dieu « se laissait fléchir et qu’il n’était plus disposé à infliger le désastre dont il avait menacé la ville de Ninive » (3, 10). Jonas déclare : « Je sais que tu es un Dieu de tendresse et de compassion, lent à la colère, riche en miséricorde, éloigné du mal » (4, 2). Mais Jonas, comme les pharisiens ne se fait pas à l’idée d’un Dieu qui prend les pécheurs en pitié (4, 1 ; 3). « As-tu quelque raison d’être en colère », lui demande Dieu, « N’ai-je pas raison de ressentir de la compassion pour Ninive... pour ces pauvres gens qui ne savent pas distinguer leur main droite de leur main gauche ? » (4, 11) [8] .

En définitive, être disciple de Jésus, ce n’est pas adhérer à une religion, à une doctrine, à une logique, à une théorie, à un logos (au sens de raison) quelconque. Mais suivre un Maître, un homme qui s’appelle Jésus. Les anciens grecs sont allés le plus loin possible qu’on puisse le faire avec la raison. « L’homme qui écoute la raison est perdu : la raison fait des esclaves de tous ceux qui ne sont pas assez forts pour la maîtriser. » (George Bernard Shaw). Être disciple de l’homme Jésus, ce n’est pas une affaire de Logos, de Raison ! C’est se mettre à la suite d’un homme qui a un parti pris pour la vie, contre la mort. Il veut que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance, à commencer par les plus défavorisés d’entre nous.

« La vie n’a pas de sens,

ni sens interdit ni sens obligatoire.

Et si elle n’a pas de sens,

c’est qu’elle va dans tous les sens

et déborde de sens, inonde tout.

Elle fait mal aussi longtemps

qu’on veut lui imposer un sens

la tordre dans une direction ou une autre.

Si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle est le sens. »

(Christiane Singer)

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Le public venu recevoir et surtout donner. On reconnaît, à l’avant-plan, de g. à dr., M. Vincent Foly, D. P. du quotidien "la Nouvelle Tribune" et M. Noël Koussey, ancien député.

C’est incroyable mais vrai : Jésus va avec nous dans tous les sens où nous mène la vie ! Vous en conviendrez, cela n’est pas transmissible ! La liberté fait peur. Difficile de faire confiance aux « énergies spirituelles qui nous habitent [9] » ! Et nous avons préféré tout rebalancer dans la Loi, la doctrine abstraite

Par ailleurs, Jésus n’était ni apolitique ni pacifiste. Son combat était à la fois politique et religieux. « Les Juifs ne faisaient aucune distinction entre le politique et le religieux [10] . » Ils attendaient un Messie : un roi qui devait les libérer de la domination étrangère. « Jésus a entrepris de combler cet espoir politico-religieux, mais pas à la manière des zélotes. Jésus a entrepris de libérer Israël en le persuadant de se changer lui-même. Sans un changement du cœur, à l’intérieur d’Israël lui-même, la libération quelle qu’elle soit resterait impossible. Cela avait été le message de tous les prophètes, y compris celui de Jean Baptiste. Jésus se situe dans la droite ligne du prophétisme, engagé dans les affaires politiques, exactement de la même façon que tous ses prédécesseurs [11] . » Le rapport de force n’était pas en faveur des juifs, face aux Romains, leurs oppresseurs. « La seule issue raisonnable qui leur restait était de se réconcilier avec eux (Lc 12, 58) [12] ». « Non pas qu’il [Jésus] recommandait de se résigner à l’oppression des Romains, ou d’essayer de les récupérer sournoisement par un excès de gentillesse ; mais il voulait atteindre le mal à sa racine, attaquer la cause de toute oppression et domination : l’absence de compassion de l’homme pour l’homme [13] . »

« Dans la société de cette époque, la religion était l’une des causes fondamentales de l’oppression, de la discrimination, de la souffrance - cette religion sans cœur des pharisiens, sadducéens, esséniens, zélotes. Et rien n’est plus imperméable au changement que le zèle religieux. La piété, les bonnes œuvres de l’homme de devoir, de l’homme religieux lui donnent l’impression que Dieu est de son côté. Il n’a besoin ni de la miséricorde de Dieu ni de son pardon. Ce sont les autres qui en ont besoin. A l’inverse, le pécheur est bien conscient de son besoin désespéré de pitié et de pardon (Lc 18, 13), de la nécessité de changer sa vie [14] . »
Sur la base de ce qui vient d’être dit, on peut affirmer que l’Évangile est bien un message de justice sociale, d’amour et de paix, qui permet à l’homme de s’élever, par l’amour, par la compassion, en humanité, c’est-à-dire vers Dieu. Ce message est adressé à tout homme quelles que soient sa culture, sa langue, sa religion, sa classe sociale, son incroyance ou même son athéisme. En effet, comme chez les philosophes dont nous venons de parler, il s’agit avant tout d’un art de vivre, d’une voie de bonheur qui s’expérimente dès ici-bas. Pour Marcel Légaut, Jésus, par sa vie, est venu nous donner l’exemple. A sa suite, chacun doit devenir soi, prendre progressivement conscience de la mission qui est la sienne et l’accomplir dans la fidélité à soi.

Notes :

[11 E.g. Mc 1, 23, 32-34, 40 ; 2 ; 3, 15, 17 ; 3, 1 ; 9, 17-18 ; 42 ; 12, 40-42. Lc 4, 18 ; 5, 27 ; 6, 20-21 ; 7, 34, 37,39 ; 10, 21 ; 11, 46 ; 14, 13, 21, 15, 1, 2 ; 18, 10, 13, 22 ; Mt 5, 10-12 ; 8, 28 ; 9, 10, 14 ; 10, 3, 15, 24,11, 28 ; 15, 24 ; 19, 30 ; 20, 16 ;21, 31-32 ; 25, 40, 45 ; Jn 7, 49 ; 9, 1-2.

[22 Albert Nolan, Jésus avant le christianisme, Paris, les Editions ouvrières, 1979, 37.

[33 Voir aussi René Luneau, Jésus, l’homme qui évangélisa Dieu, Paris, Seuil, 1999.

[44 Albert Nolan, Jésus avant le christianisme, Paris, les Editions ouvrières, 1979, 106.

[55 Albert Nolan, Op. cit., 106.

[66 Ibid., p. 132.

[77 Ibid., p. 107.

[88 Albert Nolan, Op. cit., 108.

[99 Alain Delaye, Sagesse de Bouddha Religion de Jésus. Bouddhisme et christianisme des origines à nos jours, Paris, Ed. Accarias / L’Originel, 2007, p. 97.

[1010 Albert Nolan, Op. cit., 124.

[1111 Ibid., p. 125.

[1212 Ibid., p. 126.

[1313 Ibid., p. 126.

[1414 Ibid., p. 130-131.

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