1er PANEL DE LA TABLE RONDE DE JUIN 2010 : TEXTE INTRODUTIF : La marche de l’humanité vers toujours plus d’humanité et de miséricorde
Article mis en ligne le 13 juillet 2010

par L’administrateur
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Cette communication a été préparée et présentée par Maxime Doha, Virgile Abbey du Bénin et Hamid Elabsoni du Maroc. La modération du débat a été assurée par Lambert Adanhounmè.

LA MARCHE DE L’HUMANITÉ VERS TOUJOURS PLUS D’HUMANITÉ ET DE MISÉRICORDE

Quoi qu’on dise, l’humanité est en progrès, évolue. Les mentalités changent. Aujourd’hui, Barack OBAMA, un métis africain américain est président des Etats-Unis. Qui l’eut crû, en 1968, quand Martin Luther King, un champion de la lutte anti-raciste, a été assassiné. Tout ce passe comme si l’humanité s’est engagée au long des siècles dans un certain nombre de combats qui commencent aujourd’hui à porter leurs fruits : combats pour l’égalité des races, des cultures, des langues, et même combat pour l’égalité des religions. L’objectif de ce premier panel est de regarder de près chacun de ces combats.

1) Le combat pour l’égalité des races

La race noire pendant longtemps et même jusqu’à nos jours, au 21e siècle, continue d’être traitée de race inférieure alors que le genre humain est en une seule espèce, l’homo sapiens, et que le racisme, selon le mot de Jennifer Alloo, n’est qu’une fiction sur la couleur de la peau. Pendant longtemps, tout a été mis en œuvre pour montrer ou pour démontrer l’infériorité de la race noire, l’inintelligence de l’homme noir. Des voix vont s’élever contre cette exclusion. Au 19e siècle, l’Haïtien Joseph Anténor Firmin publie, en 1885, De l’égalité des races humaines. Il s’agit d’une anthropologie positive, qui est une réhabilitation de la grandeur historique de la race noire depuis l’Egypte jusqu’à Haïti, en réaction à l’Essai sur l’inégalité des races humaines de Gobineau (1854). C’est aussi le cas, plus près de nous, du savant sénégalais, Cheikh Anta Diop, qui démontra dans sa thèse que la civilisation égyptienne appartient bel et bien au monde négro-africain. Lilian Kesteloot magnifie son livre, Nations nègres et culture, paru en 1954, et le qualifie d’ « étendard d’une révolution culturelle… ». A son tour, Aimé Césaire dira qu’il s’agit du livre le « plus audacieux qu’un nègre ait jusqu’ici écrit et qui comptera, à n’en pas douter, dans le réveil de l’Afrique » (Thuram, Lilian, 2010, Mes étoiles noires, Paris, Editions Philippe Rey, p. 23).

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Le panel 1 : de g. à dr., Virgile Abbey, Lambert Adanhounmè, Maxime Doha et Hamid Elabsoni

L’histoire nous donne raison car depuis Toussaint Louverture en Haïti jusqu’à Barak Obama aux Etats-Unis, tous descendants de noirs d’Afrique, de grandes personnalités ont marqué et continuent de marquer l’histoire de ce monde. Et comme l’a dit Lilian Thuram dans l’introduction de son livre, Mes étoiles noires : « Le jour où il y aura sur les affiches aux murs des écoles, et dans les livres, des scientifiques, des inventeurs,…de toutes les couleurs, le jour où l’histoire des grandes civilisations africaines, asiatiques ou amérindiennes, telles que celles du Mali, de l’Inde ou du Mexique sera enseignée, les mentalités évolueront ».

2) Le combat pour l’égalité des cultures

La culture, selon le dictionnaire le Petit Robert 1, est l’ « ensemble des aspects intellectuels d’une civilisation ». C’est aussi l’ « ensemble des formes acquises de comportement, dans les sociétés humaines ». On parle donc, toujours selon le même dictionnaire, de « culture gréco-latine, culture occidentale, orientale (...), culture française », comme on peut parler de culture fon, yoruba, nagot, baatonou, etc.

Selon cette définition, ne pas reconnaître la culture de l’autre, c’est dire qu’il n’a pas une civilisation fut-elle élémentaire. Une culture est appelée à évoluer, à s’enrichir et se transformer. Malheureusement, en Afrique, l’esclavagisme et la colonisation en nous inspirant du mépris pour nos valeurs culturelles ont engendré la perte d’une très grande partie de notre patrimoine culturel authentique, elles ont suscité le racisme continuel à l’égard de la race noire, mis en place le statut d’infériorité des noirs dans la société actuelle et, en général, tous les préjugés à l’encontre de l’homme noir. La religion, en l’occurrence le christianisme, a été utilisée comme un instrument pour mieux asservir les peuples africains conquis et leur faire perdre leur identité. Le christianisme, instrument aux mains du colonisateur n’est pas resté en marge de cette œuvre sordide. Selon Alphonse Quenum, dans L’inculturation : une chance ou un piège pour l’avenir ?, « Le continent africain est celui-là même auquel l’idéologie d’un européocentrisme civilisateur et chrétien a dénié toute culture. La mission a été trop perçue comme une courroie de transmission d’une civilisation ». Et pourtant, nos peuples ne sont pas restés passifs. Même si, par la suite, Mgr Parisot va se targuer d’un triomphe de la religion chrétienne au Dahomey, triomphe qui n’en pas un puisque c’est par le biais de la colonisation, il a eu le courage de témoigner que nos pays africains n’étaient pas une table rase au plan religieux ; pendant plus d’un quart de millénaire, nos peuples ont résisté au christianisme en tant que religion, produit d’une culture étrangère.

Mais « l’aveuglement des blancs, la force de leurs préjugés de couleur aideront l’esclave à se libérer », déclare Lilian Thuram dans son livre cité ci-dessus. En effet, ajoute-t-il plus loin, « Dans leur esprit, ils (esclaves) ne peuvent pas être porteurs d’idées ; aussi,… quand ils jouent du tam-tam et dansent, les blancs n’y voient que l’expression de leur nature sauvage et pensent qu’ils se défoulent » (PP 74-75). Ainsi se laisseront-ils surprendre par la victoire du soulèvement populaire des esclaves en Haïti !

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Photo de famille d’une partie des participants, à la fin de la table ronde. On le voit, les jeunes étaient les plus nombreux à cette rencontre

Aujourd’hui, il n’est plus question de démontrer l’intelligence de l’homme noir, tellement nous en rencontrons un peu partout dans le monde comme artistes, scientifiques, hommes d’État…etc. Les mentalités changent. Regardons de près ce qui se passe actuellement en Afrique du Sud, ce même pays où avait sévi l’apartheid mais qui abrite les matches de la prestigieuse coupe du monde de football. Au plan international, la diplomatie n’est pas restée passive. Pour preuve, le 21 mai de chaque année est institué journée mondiale de la diversité culturelle. La Bible non plus ne manque pas de faits qui justifient que chacun doit s’attacher à son patrimoine culturel. En effet, Jésus lui-même n’a- t-il pas été enterré selon les coutumes de son peuple (Jn 19, v. 40) ? Jésus a pleinement vécu sa culture et y est resté toute sa vie alors qu’il est fils de Dieu, envoyé de Dieu, Messie. Fort heureusement, nous vivons de nos jours en un temps où est de plus en plus reconnue l’universalité de l’esprit humain. C’est la même structuration qu’on observe dans les contes, les mythes les légendes, les religions, les langues (opposition consonne/voyelle, arbitraire du signe linguistique, etc.).

3) Le combat pour l’égalité des langues

L’oralité a été l’une des caractéristiques des langues africaines. Ces langues n’étaient pas considérées comme des langues à part entière, comme des moyens d’expression valables. C’étaient des dialectes ou encore des patois. Ce regard injuste, injustifiable et offensant a conduit à traiter ces langues de barbares, d’incapables de véhiculer le savoir scientifique et technique. Il fallait qu’une langue fût écrite pour être digne du nom de langue. Mais grâce à la linguistique, les préjugés sont tombés : toute langue est d’abord orale. Mieux, André Martinet dira : « Il n’y a pas de langue supérieure à d’autres ; toutes les langues ont en elles suffisamment de ressources qui les rendent aptes à véhiculer toutes les idées y compris celles de la modernité ». Claude Hagège, dans son ouvrage, Halte à la mort des langues, enfoncera le clou. En effet, pour ce grand linguiste, pour ce grand savant, « C’est une illusion de croire que le prestige d’une langue soit un attribut inhérent » (Hagège, Claude, 200, 2002, Paris, Odile Jacob, p. 145). Et plus loin, il note avec désolation que « … les usagers qu’une autre langue sollicite cessent de valoriser la leur, et même commencent à en avoir honte. (…) Ils se persuadent, notamment, qu’elle est inapte à l’expression de la modernité, et incapable d’exprimer les idées abstraites, sans savoir, évidemment, que n’importe quelle langue a ce pouvoir, dès lors qu’on prend la peine d’entreprendre une action néologique … » (Hagège, Claude, Ibid., Paris, Odile Jacob, p. 149).

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Maxime Doha, à dr., pendant sa communication

4) Le combat pour l’égalité des religions

Plusieurs foyers de tension en Afrique sont alimentés par des rivalités inter religieuses. La difficulté d’intégration des religions exogènes qui se prétendent seules vraies, chacune en ce qui la concerne, et le refus de reconnaître la religion endogène africaine seraient à la base des conflits en grande partie. La guerre pour l’hégémonie d’une religion pousse ses leaders à la conquête de fidèles, avançant comme argument la primauté de leur religion sur celles des autres. Toutes les religions réclament détenir la vérité. Chacune d’elles est « la vraie religion ». Les unes prétendent même être supérieures à d’autres non pas par la capacité de leurs fidèles à mettre en pratique mieux que d’autres les exigences morales découlant de la foi en Dieu, mais par leur ancienneté, leur taille ou l’éloquence de leur dirigeants. Le vodouisme, autrefois qualifié par les rationalistes occidentaux de « quelque chose de mystérieux, si ce n’est de sulfureux et même de satanique », est désormais pleinement reconnu comme une vraie religion. C’est ce que fait le Père Pierre Saulnier dans son livre, Vodun et destinée humaine : « On peut attribuer au vodun le statut de religion » (Saulnier, Pierre, 2009, Madrid, Société des Missions Africaines, p. 9). Ce qui confirme ce que disait le Père Francis Aupiais dès les années 1920, à savoir que le vodouisme est une religion du simple fait qu’on y trouve « des sacrifices et des sacrificateurs ». Or il suffit de s’en tenir fermement à ces faits observables par quiconque pour éviter les dérapages observés pour la cause de Dieu. Dieu accepte toutes les prières peu importe la manière, les pratiques et le lieu où elles lui sont adressées.

Les panélistes sont à la disposition des participants pour le débat.

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