Compte rendu du café rencontre du samedi 24 avril 10
Article mis en ligne le 15 mai 2010

par L’administrateur
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Le café rencontre a eu pour ordre du jour les points suivants :

1) Revenir sur la conférence que nous a donnée le P. Pierre Saulnier à la fin du mois de janvier dernier autour de son livre Vodun et destinée humaine où nous avons pu lire à la page 16 ces lignes qui nous ont fait penser à ce que disait déjà le P. Francis Aupiais dès les années 1920 : « On peut attribuer au Vodun le statut de religion ». Comment sortir de l’exclusion en matière de religion ? Comment accepter l’égalité des religions ? Comment trouver dans le christianisme autre chose que la religion qu’on en a fait et qui a passé le temps à prétendre qu’elle était la seule vraie ? Comment comprendre que l’Evangile est d’abord une éthique à laquelle tout homme est appelé pour devenir toujours plus humain, quelles que soient sa religion, sa culture, son origine régionale ou ethnique ?

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Maryvonne Jeannès, en visite au Bénin, se fait dédicacer l’ouvrage du P. Saulnier

2) Les religions traditionnelles africaines, comment les mettre à contribution pour aider l’humanité, en mondialisation, à relever les grands défis de notre temps : réchauffement climatique, problèmes de pauvreté et de justice sociale, prédation des biens publics, conflits interreligieux… ?

3) Avancer dans les préparatifs du colloque de juin 2010

1) Le premier point a été introduit par Albert :

"Le P. Pierre SAULNIER, est, à notre connaissance, le second prêtre catholique des Missions Africaines à développer cette démarche de remise en cause d’une certaine attitude de l’Eglise qui consistait à exclure et à diaboliser la religion traditionnelle africaine. Le premier, c’est le P. Francis AUPIAIS dont nous avons commémoré en grande pompe le soixantième anniversaire de sa mort en décembre 2005. Mais reconnaître qu’« On peut attribuer au Vodun le statut de religion » n’est qu’une réparation de la part de ceux qui ont le plus attenté à notre identité d’êtres humains, nés quelque part sur cette commune planète. Et on peut déplorer que beaucoup parmi nous-mêmes, les Africains, aient eu à attendre que cette réparation vienne des pères blancs avant de se réveiller enfin. Mais cette reconnaissance, que nous avons volontiers faite nôtre à CPCM dès le commencement, est aussi un devoir de miséricorde et de repentance.

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Armand

Devoir de repentance, parce que les saccages de temples de païens, les destructions de religions autochtones, ça nous connaît, nous les chrétiens depuis le 4e siècle, depuis qu’avec Constantin le christianisme est devenu la religion d’Etat de l’empire romain. C’est cette pratique de non-respect du prochain qui a continué pendant des siècles et est arrivée jusqu’à nous, en Afrique. Nous avons le devoir de nous en repentir. Au-delà de cela, la reconnaissance de la religion traditionnelle africaine répond aussi de la part des disciples de Jésus à un devoir de miséricorde et d’amour. Ceux vers qui nous refusions d’aller, ce sont nos prochains. Nous devons changer notre regard sur eux. Il s’agit de croyants, de religieux, de gens qui cherchent Dieu à leur façon, selon leur culture, avec les moyens dont ils disposaient quand personne ne leur avait encore parlé du Dieu des juifs. Ce qui doit compter, c’est de savoir ce qui nous différencie. Est-ce qu’au niveau du comportement nous sommes plus humains qu’eux ? Sommes-nous meilleurs qu’eux ? Est-ce qu’à leur niveau il n’existe pas des gens honnêtes et des crapules, comme partout ? C’est l’occasion de nous reposer la question de notre colloque de Lomé en février 2007 : « Peut-on être chrétien sans se couper de ses racines et de sa culture ? » Sans racines, comment se construire une identité ? La religion, n’est-elle pas souvent le produit d’une culture ? C’est le lieu de nous rappeler qu’à l’origine, ce qui est devenu le christianisme n’était qu’une petite secte du judaïsme.

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Immaculée et Albert, tout concentrés sur leur sujet

A ce titre, il a été dénigré, calomnié, persécuté. Souvenons-nous du Contre les chrétiens de Celse au 2e siècle. Nous en avons partagé le contenu ici même, il n’y a pas si longtemps. On disait des chrétiens ce qu’on dit jusqu’à nos jours de groupes dont on ne veut pas ou auxquels on n’a pas accès. Nous souvenir de cela doit nous amener à ne pas donner dans certains panneaux. Et, dans cette optique, la question du pluralisme religieux doit se poser à nous en ce début du 21e siècle. Si nous acceptons le pluralisme religieux, si nous considérons que les religions se valent, que toutes les religions sont des religions, qu’elles sont toutes respectables, est-ce que cela n’a pas de conséquence pour nous, chrétiens ? Il faut penser que oui. Surtout en ces temps où la diversité culturelle et le pluralisme religieux sont de plus en plus reconnus. Pendant longtemps, on a évangélisé ou christianisé en pensant qu’avec le temps une seule religion allait finir par prendre la place de toutes les autres. On sait aujourd’hui que c’est une chimère que de penser cela : la chose n’est même pas souhaitable ! Reconnaître la valeur des autres religions doit nous amener à nous demander si l’Evangile, ce n’est pas prioritairement autre chose qu’une religion comme les autres. En effet, sans qu’il soit question que le christianisme cesse d’être porté par la religion, n’y a-t-il pas lieu de nous demander s’il n’est pas prioritairement autre chose ? Nous poser sincèrement cette question pourrait avoir pour effet de permettre qu’il y ait de plus en plus de chrétiens sur le plan comportemental, éthique. C’est trop facile qu’on soit chrétien du simple fait qu’on va à la messe le dimanche ou qu’on a changé de religion, qu’on a quitté la religion de ses ancêtres pour adopter une religion étrangère. Se contenter de cela, c’est proprement n’avoir rien fait. Jésus n’est pas sorti de la religion de ses ancêtres, de son peuple. C’est à l’intérieur de cette religion qu’il a combattu pour l’Homme. Il n’a pas abrogé la loi ni la religion, mais chaque fois qu’il y avait quelque chose à faire pour l’homme il l’a fait. Chaque fois qu’il y avait quelque chose à faire en faveur des droits de l’homme, en faveur des droits de la femme, en faveur des droits de l’enfant, en faveur de la vie, il l’a fait. Chaque fois qu’il y avait quelque chose à faire en faveur des exclus, il l’a fait à ses risques et périls. Il s’est fait l’ami de tous les exclus de son temps : publicains, prostituées, malades, lépreux, samaritains et samaritaines, pécheurs,… Voilà la voie qu’il nous a montrée, le chemin dont il nous a dit qu’il mène au Père."

Suivra un tour de table :

Lambert : "Au Proche-Orient, s’il y a conflit, c’est que chacune des trois religions du Livre considère que c’est elle qui a la vérité et que les autres doivent lui donner raison et venir vers elle. Tant qu’on pense qu’on a la vérité absolue, on ne peut que s’exclure, se combattre, vivre dans l’affrontement les uns avec les autres. Or Dieu nous a créés pluriels. On ne peut pas, par exemple, demander à tout le monde d’être végétarien. Dieu nous a créés pluriels même sur le plan des religions. Notre devoir, ce n’est pas seulement de nous tolérer, mais de nous accepter différents pour pouvoir vivre ensemble, vivre sans conflit meurtrier."

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De g. à dr., Mireille, Lambert et Moïse

Raymond : "Dieu nous a créés effectivement pluriels. Comme on le dit dans le Coran, si Dieu l’avait voulu, il n’y aurait qu’une seule religion. S’il a voulu qu’il y ait plusieurs religions, c’est pour que nous ayons des efforts à faire pour nous supporter les uns les autres, pour nous aimer les uns les autres. Au Proche-Orient, c’est le même peuple : il n’y a que les religions qui les séparent. C’est dans le pluralisme que nous devons apprendre à être des êtres humains."

Serge : "La question posée par Albert est fondamentale. L’Evangile ne serait-il pas autre chose qu’une religion ? Parce que coller l’Evangile juste à une seule religion est un handicap pour l’humanité, c’est l’empêcher d’accéder au vrai mode de vie. Mais considérer Jésus comme quelqu’un qui vient apporter une révolution dans notre manière d’être et qu’il nous ouvre le chemin vers Dieu, je pense que c’est plus sain. On aura d’ailleurs plus de chrétiens en procédant ainsi. Quand on dit qu’il suffit d’avoir la foi pour être sauvé, je pense que ça sous-entend d’autres choses qui doivent être nécessairement liées au comportement. Mettre seulement l’accent sur la grâce de Dieu en se disant qu’on est avec le Christ n’est pas suffisant. Il va falloir retourner à cette dimension pratique de l’Evangile qui peut amener tout homme à Dieu. C’est cela réellement le sens que Jésus vient apporter à notre vie."

Moïse : "La religion, c’est comme le nationalisme. Elle va de pair avec la passion. Elle conduit à la guerre. C’est quand on a fait du christianisme une religion, qu’on a dépouillé le message du Jésus de tout l’intérêt qu’il devrait avoir pour l’homme. La bonne nouvelle a un sens différent pour chacun, en fonction de sa situation concrète du moment. C’est ce que Jésus peut faire pour moi ici et maintenant. Pour le malade, c’est la guérison ; pour le pauvre, c’est la richesse ; pour le chômeur, c’est le travail ; pour le persécuté, c’est la paix,… Celui qui apporte un tel message, on est toujours disposé à l’accueillir.

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Moïse, évangélique, membre du groupe "Intercession pour l’Afrique"

Et tel a été le cas pour Jésus pendant sa mission sur la terre. Il résolvait les problèmes de tous ceux qu’il rencontrait sur son chemin. Si aujourd’hui quelqu’un agit comme lui, il aura beaucoup de monde derrière lui. Et à travers lui, les gens ne verront pas d’abord une religion, mais un homme qui résout leurs problèmes. C’est la conception que les évangéliques ont de l’Evangile."

2) C’est Armand qui a introduit le second point à l’ordre du jour :

"Quel sens profond donner à l’invitation que l’Eglise catholique nous adresse de plus en plus souvent depuis 2007 ? C’est une question qui ne cesse de hanter mon esprit. Mais la réponse, je l’ai trouvée à Agoué dans l’homélie du 149e anniversaire de la mission au Bénin. Dans cette homélie, il a été dit que l’Eglise catholique africaine doit se construire dans sa culture. La pression exercée par CPCM est en train de porter ses fruits. Il est possible que nous ayons notre petit impact à force d’être persévérants, à force de prendre du temps pour réfléchir par nous-mêmes."

Un autre tour de table s’en suivra :

Albert : "Il y a une autre raison à ces invitations qui nous sont adressées depuis un certain temps par l’Eglise catholique sous le régime de Boni YAYI. C’est qu’il existe une guerre sous-terraine entre les Evangéliques et les Eglises traditionnelles (catholique, protestante méthodiste,…), et que depuis 2006 l’Eglise catholique s’est placée dans l’opposition pour diverses raisons liées à cette rivalité avec les fondamentalistes évangéliques qui occupent aujourd’hui le sommet de l’Etat. Mais passons. Le second point à l’ordre du jour, c’est : Que faire pour mettre les religions traditionnelles africaines à contribution pour le progrès de l’humanité et le relèvement des grands défis de notre temps ? A mon avis, il faut cesser de les mépriser, il faut prendre exemple sur leur ouverture aux autres, leur convivialité, leur hospitalité pour leurs prochains. Il faut aussi apporter à ceux de leurs adeptes qui sont analphabètes en français, et c’est le plus grand nombre d’entre eux, l’information qui leur manque sur les grands défis de notre temps : réchauffement climatique, problèmes de pauvreté et de justice sociale, prédation des biens publics, conflits interreligieux… Et pour que nous puissions les informer, il nous faudrait aller nous-mêmes chercher la bonne information, au-delà des manipulations."

Moïse : "L’écologie est prise en compte par la religion traditionnelle ; la biodiversité est conservée par l’institution des rivières sacrées, des forêts sacrées, parfois de la zoolâtrie... Et les interdits étaient respectés. Mais quel est le pouvoir de la loi aujourd’hui au Bénin ? Comment se fait-il qu’on respecte les interdits traditionnels et religieux, et qu’on bafoue la loi républicaine et moderne ? De ce point de vue, on peut constater que notre tissu social est en train d’être déstructuré par des facteurs exogènes incontrôlés. De nombreux scientifiques mettent en cause bien des affirmations alarmistes des mouvements écologiques ou même des climatologues réputés. La science écologique est trop jeune, elle a vingt ans à peine, et n’est pas habilitée à se prononcer sur une nature qui a plusieurs millions d’années. On ne nous apprend pas à produire mais on vient développer une soi-disant stratégie pour réduire la pauvreté. Dans nos villages, on ne laissait pas les gens mourir de faim, la solidarité était une réalité et le reste encore dans une large mesure. Le lévirat avait pour fonction de ne pas livrer les orphelins à eux-mêmes, sans protection sociale. Aujourd’hui, c’est bien de supprimer le lévirat ; mais quid des orphelins ? Même l’éducation des enfants était la chose de tous. Notre approche de la nature et de la société n’est pas la même que celle de l’Occident. Nos religions traditionnelles africaines assurent plus efficacement la sécurité dans nos villages que la gendarmerie avec tout son arsenal répressif moderne. Il suffit d’implanter un vodun dans un champ pour que vous soyez assuré qu’aucun voleur n’en approchera. La justice autrefois était mieux rendue, sans donner lieu à toutes les dépravations et autres dérives que cause l’argent aujourd’hui dans nos commissariats de police, brigades de gendarmerie et autres tribunaux modernes. Aujourd’hui on a tort mais on gagne son procès parce qu’on a un avocat qui est un bon procédurier."

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De g. à dr., Maxime, Raymond et Serge

Raymond : "Mais qu’est-ce qui nous empêche de retourner à nos racines pour nous reconstruire sur une base nouvelle ? Il y a trop de secrets, de cachotterie, de fermetures, de torts causés à son prochain avec la connaissance qu’on détient. Les chinois ont développé leur médecine traditionnelle grâce à leur ouverture. A côté d’un tradi-praticien, on trouve là-bas un laboratoire moderne. Ici, c’est le secret, et des incantations à prononcer à n’en plus finir. Pour guérir quelqu’un de la diarrhée, on vient mettre une poudre sur ses excréments et il guérit. Mais est-ce exportable, une telle façon de guérir les gens ?"

Albert : "Ce n’est peut-être pas exportable. Mais ce n’est pas forcément idiot. La physique quantique a prouvé que deux particules qui ont été en contact continuent, même séparées, à interagir…"

Lambert : "On trouve de plus en plus de guérisseurs qui ont des pratiques honnêtes, prennent leur distance avec la vénalité ambiante et renouent avec les règles qui prévalaient dans ce domaine. Notre société dite moderne devrait prendre en compte cette médecine, lui donner un statut officiel pour mieux la promouvoir, la débarrasser de ses tares."

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Immaculée, sceptique et méfiante envers la religion et la médecine traditionnelles africaines

Maxime : "Nous n’avons pas d’avenir si nous n’en finissons pas avec le mépris de nos valeurs endogènes, si nous n’acceptons pas de partir simplement de nos racines, de ce que nous sommes, si nous ne trouvons pas, dans l’indépendance, le moyen de renouer avec le génie de nos peuples trop longtemps bafoués."

Armand : "Les incantations ont leur rôle. Certains mots prononcés produisent des vibrations qui peuvent agir sur les molécules de la plante et les transformer afin de les rendre plus efficaces. Ça, c’est de la micro-science, la science de l’infiniment petit. Il y a beaucoup de choses que nous ne mettons pas en valeur parce que l’Etat n’est pas notre Etat. La Bible même dit que la parole est une puissance. Réfléchissons-y."

Serge : On pratique aujourd’hui la médecine quantique. On peut vous faire une analyse à distance à partir de votre salive. Vous tenez une pièce d’argent au Bénin, le docteur situé, par exemple, aux USA, tient une même pièce d’argent et peut parfaitement vous examiner à distance. Les 8 et 9 avril courant, on a lancé un projet naturo-promo ici. Je n’étais pas présent sinon la veille je vous aurais averti. Et un docteur japonais a démontré comment les molécules de l’eau se modifient à partir de nos pensées."

3) Mise en place d’un comité préparatoire du colloque international des 26 et 27 juin 2010 :

Victoire, Armand, Lambert, Immaculée, Maxime et Albert ont été chargés de se mettre au travail pour mener au mieux les tâches concrètes et pratiques, liées à la préparation de la grande rencontre prévue en fin juin pour clôturer les activités de CPCM, au compte de cette année 2009-2010.

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