Participation de CPCM au débat organisé par le CREC, autour de l’Audace d’espérer de Barack Obama, le mercredi 20 janvier 2010.
Article mis en ligne le 24 janvier 2010
dernière modification le 31 janvier 2010

par L’administrateur
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A l’occasion du lancement de ses activités sur la préparation citoyenne pour les échéances électorales de 2011 au Bénin, le Centre de Recherche, d’Etudes et de Créativité (CREC) a organisé le mercredi 20 janvier 2010, à la Résidence des Pères jésuites sise à Godomey, un débat autour du livre "L’audace d’espérer" du président Barack Obama des Etats-Unis d’Amérique. Voici la retranscription de l’intervention d’Albert Gandonou dans ce débat où on s’est beaucoup préoccupé, entre autres sujets, de la collusion entre politique et religion qui est une des marques du "changement" au Bénin.

Un grand merci à Roger Gbégnonvi qui a réussi à partager avec nous sa lecture de l’Audace d’espérer de Barack Obama. Ce qu’il faut retenir de ce livre, c’est ce qu’a dit Mgr l’Archevêque : « Barack Obama est habité de la passion de l’homme ». Ce livre doit être pour nous comme un miroir dans lequel nous devons nous regarder nous-mêmes en face : « Qu’est-ce qui nous habite, nous ? Le souci de soi jusqu’à la mort des autres (on s’en fiche) ? Ou bien le souci des autres, comme nous le demande Jésus surtout du haut de sa croix, c’est-à-dire jusqu’au sacrifice de soi si nécessaire ? » Dans la Cité de Dieu, saint Augustin parle de ces deux amours qui s’opposent, en des termes un peu vieillis : « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu (…) ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi … » En Afrique, des gens ont changé de religion, sont devenus fidèles de l’Eglise, mais ne se sont pas convertis : ils restent attachés à leur Ego : « Moi, moi… tout pour moi seul ! » et ne comprennent pas qu’être chrétien, c’est être disciple de Jésus, c’est essayer tous les jours, à sa suite, de choisir l’amour des autres (« Dieu, personne ne l’a jamais vu ») jusqu’au sacrifice de soi si nécessaire.

Mais à dire le vrai, la faute en incombe, au premier chef, aux religions qui se disent chrétiennes. Nous avons enseigné la religion et non pas l’éthique. Or avec Jésus, c’est l’éthique qui prend le pas sur la religion. En Afrique, les religions chrétiennes n’ont pas beaucoup aidé les gens à développer leur intériorité. A force d’insister sur la divinité de Jésus, pour le pouvoir et l’argent que le sacré donne aux pasteurs et à la hiérarchie cléricale, on n’a pas appris aux gens à réfléchir par eux-mêmes comme fait Obama. On ne leur a pas appris à opérer des choix éthiques qui les élèvent en humanité. C’est une vraie catastrophe dont le spectacle devient de plus en plus affligeant ! Surtout ici au Bénin ! La collusion entre religion et politique a toujours existé. Mais les évangélistes rendent aujourd’hui chez nous la chose plus hideuse encore. Ils ouvrent les yeux de tous sur cette catastrophe par une ignominie jamais atteinte jusqu’à présent. Des gens peu recommandables, avides de pouvoir et d’argent, parlent au nom de Dieu et croient qu’ils peuvent le manipuler. Ils font accroire n’importe quoi aux populations, à la jeunesse et aux femmes : « Tel est l’élu de Dieu, l’homme providentiel : soutenez-le ! Nous avons le pouvoir d’accomplir une montagne de miracles : venez à nous !... » Toutes les religions chrétiennes, à commencer par la nôtre, par l’Eglise catholique, sont, devant l’histoire, comptables de cette catastrophe et doivent se remettre en question face à la misère morale généralisée, qui nous préoccupe aujourd’hui à juste raison. Depuis sa création en 1997, le mouvement « Chrétiens pour changer le monde » ne vise qu’un seul objectif : faire en sorte que cette remise en question ne soit pas impossible.

Les hommes ont de la religion une pratique multimillénaire. Ils l’ont inventée bien avant l’ère chrétienne. Aucune religion, fût-elle baptisée « chrétienne » ou présentée comme venant de Jésus, ne saurait pour les hommes constituer une nouveauté. La pratique ancienne que les hommes ont de la religion est avant tout au service de leur Ego : « Plus d’argent pour moi, plus de pouvoir pour moi, plus de santé pour moi, de protection pour moi, etc. ». Cette pratique ancienne qu’ils ont de la religion ne les prépare pas à entendre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ surtout quand on lui donne la forme d’une religion. L’Evangile est un appel adressé aux hommes à aller toujours plus loin, plus haut, dans leur humanité. Voilà pourquoi il s’agit avant tout d’une démarche éthique. La conversion qui est chrétienne est celle qui vous constitue en disciple de Jésus, en suiveur de Jésus-Christ, et qui vous amène à changer de comportement (métanoïa) et non pas d’abord de religion. Surtout que la religion a souvent une dimension culturelle têtue, qu’il ne sert à rien d’éluder. On ne saurait rêver ni d’une religion universelle ni d’une langue universelle genre « espéranto » et que sais-je encore ! C’est la Voie que propose Jésus dans son Evangile qui est universelle !

Quand Barack Obama dit « religion » dans son livre, il faut entendre « éthique », une éthique référencée à l’homme du Sermon sur la montagne, Jésus, dont il se veut le disciple. C’est l’éthique qui tient compte des faits pour opérer des choix sur la base de valeurs qu’on s’est librement données. Exemple : Jésus a réagi sur une base éthique devant la femme accusée d’adultère, qu’on veut lapider conformément à la loi. C’est vrai que l’éthique doit être scrupuleusement distinguée de l’idéologie qui ignore systématiquement les faits qui contredisent sa thèse ! Avec Jésus, nous voyons que la religion est un cadre, comme un parti politique par exemple. A l’intérieur de ce cadre, nous devons rester libres pour opérer des choix éthiques. Un disciple de Jésus est tout le contraire d’un béni-oui-oui.

Albert Gandonou

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