PARTICIPATION DE CPCM A LA MARCHE DU REPENTIR A OUIDAH CE DIMANCHE 17 JANVIER 2010
Article mis en ligne le 24 janvier 2010
dernière modification le 31 janvier 2010

par L’administrateur
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Comme il s’y est engagé lors de son 10e anniversaire en février 2007, le mouvement "Chrétiens pour changer le monde" était à Ouidah, aux côtés du Professeur Honorat Aguessy et de centaines d’autres participants, à la marche annuelle du repentir qui a lieu le troisième dimanche du mois de janvier. Voici le message improvisé par Albert Gandonou.

MESSAGE DE M. ALBERT GANDONOU PRESIDENT DU MOUVEMENT CHRETIENS POUR CHANGER LE MONDE

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La tribune d’honneur

Ma santé n’est pas très bonne. Mais j’ai tenu à venir participer à cet événement et je n’ai donc pas pu faire la marche et puis j’ai négocié avec le Professeur Honorat AGUESSY l’autorisation de me retirer assez tôt. Il n’a pas voulu que je le fasse avant de parler. Habituellement, je rédige un papier mais aujourd’hui je n’ai pas pu le faire. Je suis venu avec trois livres pour ne pas oublier ce que j’ai quand même envie de vous dire si d’aventure j’avais à le faire.

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Albert Gandonou, président de CPCM

La première chose, c’est que je suis là au nom d’un mouvement qui existe depuis 1997 et qui s’appelle « Chrétiens pour changer le monde ». Et à ce niveau-là je voudrais dire que ce qui nous intéresse avant tout c’est vraiment de nous reconstituer comme des disciples de l’homme Jésus. Nous les chrétiens, j’ose le dire au nom de tous, nous n’avons pas été très sérieux avec l’Evangile de Jésus-Christ. Si nous l’avions été, nous ne serions pas comptables de l’esclavagisme et du trafic des Noirs aujourd’hui. Et ce n’est pas là le seul crime dont nous sommes comptables. En fait aujourd’hui, si nous sommes conscients de notre situation, nous devrions avoir honte de quantité de choses.

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La délégation de CPCM (vue partielle)

Alors ce que j’ai à vous annoncer à ce niveau comme bonne nouvelle, c’est que « Chrétiens pour changer le monde » n’est plus le seul aujourd’hui, parmi les chrétiens, à reconnaître que tel que nous avons marché jusque là ce n’est pas bien et qu’il faudra que nous fassions notre autocritique surtout quand nous sommes devant les autres, surtout quand nous sommes devant les religions traditionnelles africaines. Ainsi, parmi les livres que j’ai entre les mains il y a Confession d’un cardinal d’Olivier Le Gendre. Dans ce livre, c’est un cardinal en fin de carrière qui remet en cause non seulement son propre parcours mais aussi celui de l’Église depuis le début et surtout depuis qu’avec l’empereur romain Constantin, au quatrième siècle, nous sommes passé du côté du pouvoir et... de l’argent.

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Vue partielle de l’assistance

J’ai un deuxième livre sur ce même registre, c’est Le Christ philosophe de Frédéric Lenoir, publié comme le précédent en 2007. Pour ma part, je pense sincèrement que ce que nous avons perdu de vue, c’est l’homme Jésus. C’est lui qui doit nous préoccuper, c’est lui qui est à notre portée. Dieu personne ne l’a jamais vu, mais nous passons le temps à affirmer ceci et son contraire à son sujet, à nous entredéchirer pour de simples vues de notre petit esprit. Jésus est venu au milieu de nous pour nous prêcher par l’exemple. Il nous a indiqué une voie qui devrait nous conduire vers l’élargissement de la fraternité, vers le partage, vers le pardon, vers le sens de l’homme. Lui qui a pratiqué la religion de ses ancêtres toute sa vie, il ne demande à personne de changer de religion mais à chacun de changer de comportement, de devenir plus toujours plus humain. Le livre de Frédéric Lenoir remet cela sur le tapis et montre que finalement l’échec de l’Église qui se constate en Europe et beaucoup moins chez nous est quelque chose de bénéfique pour les chrétiens là-bas parce que, pour rester chrétiens, ils sont obligés de retourner aux sources du christianisme. C’est en tout cas ce que « Chrétiens pour changer le monde » essaie de faire en Afrique, avec courage, avec détermination, avec conviction : retourner à l’homme Jésus, retourner aux sources du christianisme. Alors, sur cette base, je voudrais dire que le sens de ma présence ici, c’est d’abord de vous dire cela. Ensuite, c’est de dire à tous les représentants de la religion traditionnelle africaine que nous leur demandons pardon, que nous les regardons comme une religion aussi valable que n’importe quelle religion dans le monde.

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Daah Aligbonon toujours vivant et présent

Et à ce sujet je rappellerai simplement ce que le P. Aupiais a dit dans les années 1920, à savoir que le Vodun est une vraie religion. Quand ses pairs, les autres missionnaires qui voyaient le diable partout chez nous, lui demandaient pourquoi il disait cela, eh bien il leur répondait que c’est parce qu’il y a dans le Vodun « des sacrifices et des sacrificateurs ». Je pense qu’il nous a donné là une base scientifique pour regarder ce que c’est qu’une religion à travers le monde. Partout, nous verrons l’importance des sacrifices et des sacrificateurs.

Enfin, j’ai un dernier livre dans les mains. Ce livre est de Kangni Alem, un écrivain togolais assez connu, et est intitulé Esclaves.

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Le Pr. Honorat AGUESSY

Dans ce livre il se passe quelque chose d’important et qui annonce les temps qui viennent. J’étais le mois dernier au Quai Branly, à Paris, au Musée des arts premiers où il y avait une exposition sur l’ancien royaume d’Abomey. Là j’ai pu voir qu’Adandozan est rétabli dans la succession royale. Et ce n’est que justice. Adandozan a régné à Abomey pendant vingt et un an, de 1797 à 1818. On ne peut le rayer ainsi d’un coup de crayon ! C’est un roi aboméen qui était antiesclavagiste ! Le roi Adandozan était antiesclavagiste ! Il était aussi contre les sacrifices humains. Voilà ce qu’on ne lui a pas pardonné. Et il a été destitué. Et c’était des chrétiens nommés Francisco, Félix et Albert qui ont comploté avec d’autres cette destitution et y ont prêté main-forte. Ils ont aidé à hisser Gankpé à sa place pour continuer illégalement le trafic lucratif des esclaves que les révolutionnaires en France venaient d’abolir.

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L’arbre "Pini" portant le deuil pour Haïti

C’est la glorieuse mémoire du roi Adandozan que Kangni Alem évoque dans ce roman, c’est à lui et à l’un de ses prêtres réduit en esclavage qu’il rend justice dans ce roman. C’est bien qu’au niveau des chrétiens nous nous remettions en cause. Mais c’est bien qu’au niveau de nos traditions ancestrales aussi nous nous remettions en cause. C’est dans ce sens qu’est allée tout à l’heure l’intervention du vizir Olofindji.

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Le vizir Akandé Olofindji

Nous avons le devoir de requestionner toute l’histoire et, tous ensemble, nous devons faire face à l’avenir après ce requestionnement. Face à l’avenir, nous devons nous mettre ensemble pour construire un monde différent, un monde fraternel, un monde où on renoue enfin avec le sens du partage. Négus et le Professeur Gaglozoun l’ont dit tout à l’heure. En fait depuis cinq cents ans nous étions déjà en pleine mondialisation et nous avons travaillé comme esclaves, comme vendeurs et acheteurs d’esclaves, comme patrons, comme ouvriers, comme chercheurs, comme combattants des guerres mondiales, comme immigrés, comme paysans,... Nous avons travaillé pour construire l’abondance qui règne aujourd’hui dans le monde. Nous sommes aujourd’hui dans un monde d’abondance, dans un monde où il est intolérable qu’il y ait un milliard de gens qui meurent encore de faim. Eh bien, l’avenir que nous avons à construire ensemble, c’est un avenir où on retrouve le sens de ce partage, du partage de ce que nous avons ensemble construit, ensemble réalisé. Voilà ce que j’avais à vous dire et je vais devoir repartir parce que ça ne va pas très fort. Je vous remercie beaucoup.

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