Compte rendu du café rencontre du samedi 28 novembre 2009 [ISSN : 1659-5114]
Article mis en ligne le 8 décembre 2009

par L’administrateur
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Comme annoncé, voici le compte rendu du café rencontre du samedi 28 novembre 2009.

Rappel du thème général de l’année 2009-2010 : "Dialogue interreligieux : préserver la paix sociale envers et contre tout".

Sous-thème retenu pour la rencontre : "Nécessité pour les Africains de garder la mémoire de leur passé, d’en approfondir la connaissance"

Compte rendu du café rencontre du samedi 28 novembre 2009


Le café rencontre du samedi 28 novembre 2009 s’est réuni à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB) de 10h à 13h.

I. L’introduction au débat présenté par Albert. Voir le texte sur le site de CPCM, à l’adresse ci-après : http://cpcm-benin.org/spip.php?article42

II. Le débat proprement dit.

Le débat s’est focalisé sur les points ci-après.

1) La nécessité pour les Africains de garder la mémoire de leur passé, d’en approfondir la connaissance, a été soulignée par plusieurs des onze participants venus de Cotonou et de Porto-Novo. La culture occidentale est un vernis sur l’homme africain auquel il n’aurait pas apporté grand-chose, sinon d’être un « singeur » et un copieur des autres qui gardent l’initiative des paradigmes dans lesquels il évolue : l’enfant-roi qu’on ne sait plus éduquer, le vrai Dieu, la vraie religion, la vraie vie, la vraie culture, la vraie humanité,…. Théophile Azonnoudou, un jeune professeur de lettres, a témoigné du choc que lui a causé la table ronde internationale organisée par « Chrétiens pour changer le monde » en juin 2008, quand il a vu des prêtres et des fidèles de différentes religions prier ensemble, parler les uns aux autres de leur fois et de leurs croyances. Depuis, son regard a changé. Il a compris qu’il se laissait mener sans réagir dans la voie de l’exclusion de son prochain, adepte d’une autre religion que la sienne. Jésus l’appelle à regarder tout homme comme son frère. L’homme doit donc accepter les différences et ne plus en faire des murs qui l’empêchent de vivre en frère avec ses semblables.

2) Mais est-ce encore possible de renouer avec notre propre culture ?

3) En cherchant à répondre à cette question, l’accord s’est vite réalisé sur certaines évidences. Les temps changent, les temps évoluent, le passé est passé. Il ne saurait être question pour nous d’idéaliser le passé, d’en nourrir la nostalgie. Notre devoir est de faire en sorte que le présent soit pour nous porteur du passé et de l’avenir. Nous avons, comme l’a dit Simone Weil, à aimer notre passé, à en garder la mémoire, à en approfondir la connaissance. Certaines pratiques de notre passé, dira Victoire Elègbè, sont devenues caduques, mais elles avaient une fonction sociale, elles portaient une valeur humaine que nous devons rechercher, préserver. L’excision, par exemple, dans certaines communautés africaines, visait la fidélité. Comment supprimer l’excision et trouver le moyen de vivre la fidélité autrement ? Le lévirat, par exemple, qui est loin d’être une spécificité africaine (Lambert Adanhounmè fait remarquer que le dictionnaire Le Robert le donne comme une réalité juive et biblique !) visait en Afrique la sécurité matérielle de la veuve et des orphelins. Comment en finir avec le lévirat, sans abandonner les orphelins à la rue ou condamner les veuves à l’extrême dénuement ? Il nous faut des repères, cultiver une identité, et ce n’est que la fidélité à notre passé qui pourra nous y aider. C’est ce qu’a compris André Comte-Sponville, c’est ce qu’il entend par la fidélité qui reste nécessaire même quand on n’a plus la foi. D’autres pratiques sont à conserver telles quelles : les enfants qui mettent les genoux à terre pour saluer les personnes âgées, les funérailles telles qu’elles se pratiquent chez nous, de même que les baptêmes, les mariages, … Il ne doit pas être question pour nous de conformer telle ou telle pratique qui n’a rien de mauvais en soi à des normes qui nous seraient imposées de l’extérieur. Au Japon, on se prosterne pour saluer l’empereur : Barack Obama a dû le faire au grand dam des conservateurs américains qui ne rêvent que de puissance et de domination du monde !

4) Point n’est besoin de changer de religion pour s’ouvrir aux valeurs christiques. C’est la grande mission de « Chrétiens pour changer le monde » de l’annoncer dans une Afrique où, sous prétexte de religions chrétiennes, l’aliénation culturelle atteint des proportions de plus en plus insupportables. Victoire Elègbè, Lambert Adanhounmè, Théophile Azonnoudou, Armand Elisha et Albert Gandonou insisteront particulièrement sur ce point.

III. Les résolutions prises

1) Nous devons contribuer à une prise de conscience individuelle et collective. Le niveau de conscience collective doit être élevé : en trouver le moyen par les grands rassemblements que nous organisons et médiatisons.

2) Les valeurs chrétiennes (ou christiques) qui nous sont si chères sont d’abord des valeurs d’humanité. Nous devons avoir à cœur de les vivre, de les pratiquer et non d’en parler seulement comme tout le monde. Nadine Sossouhounto des Focolari et Abiola Gandonou ont beaucoup mis l’accent sur ce point. Abiola, avec beaucoup d’à propos, nous a rappelé une des citations d’Epictète proposées dans l’introduction au débat : « Pourquoi fais-tu le stoïcien ? Prends donc le nom que tes actions demandent, et ne t’orne point d’un nom qui ne te convient point et que tu ne fais que déshonorer. »

3) Enfin nous devons travailler à connaître d’où nous venons, où nous sommes et ce qui nous reste à faire, dans la fidélité à nous-mêmes, pour devenir toujours plus humain, à l’exemple du juif Jésus. Nos Hounnon (prêtres du culte Vodun) Armand Elisha, Hinhami G. HOUNKPATIN, et notre ami, Maurice Anagonou, chercheur en tradition africaine, nous aideront à mieux connaître notre ancien testament à nous, la culture et la religion traditionnelle africaines. Ce sera au café rencontre du 26 décembre 09. En fin janvier le P. Pierre Saulnier nous apportera des compléments à ce qu’ils auront dit. Son voyage au Bénin est confirmé. Il animera deux conférences sur son livre « Le Vodun et la destinée humaine ». La première, ce sera au CED à Akpakpa le vendredi 29 janvier 2010, de 19h à 21h. La deuxième, ce sera à notre café rencontre du samedi 30 janvier 2010, à partir de 10h à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB). Tous nos amis sont cordialement invités à ces rencontres, en particulier nos amis de Fondacio du Bénin et du Togo, les étudiants et autres usagers de l’IUB et tous ceux qui se préoccupent avec nous du devenir de l’Afrique et de la spiritualité chrétienne en Afrique et dans notre monde aujourd’hui.

IV. Divers

1) Albert est invité comme personne ressource à participer au symposium de l’Institut des Artisans de Justice et Paix (IAJP) sur le thème : « Valeurs humaines et éducation par les pairs ». C’est du 28 au 29 novembre au « Chant d’Oiseau » à Cotonou. Il y était donc ce samedi matin dès 8H30 avant de venir au café rencontre et il y retournera juste après. Il est pressenti pour être le modérateur de la 2e journée. Les liens de « Chrétiens pour changer le monde » se renforcent donc avec cette structure de l’Église catholique.

2) Suite à la rencontre interreligieuse de janvier 2009 au CCAF (Centre Chrétien d’Accueil et de Formation) sis dans l’enceinte de l’Université Protestante de l’Afrique de l’Ouest (UPAO) à Porto-Novo, Albert va participer du 14 au 16 décembre 2009 à une consultation sur le dialogue interreligieux à Cartigny (près de Genève) en Suisse. Cette consultation est organisée par la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme. C’est l’initiateur de la rencontre de Porto-Novo, le Pasteur Jean-Claude Basset, qui a fait inviter Albert à cette consultation en Suisse.

3) Décès de notre ami, Guy Pognon, ancien et premier directeur national (pour le Bénin) de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), et surtout fidèle de nos cafés rencontres jusqu’à ce qu’il soit aux prises avec la maladie. Il a préféré « Chrétiens pour changer le monde » au mouvement des cadres et hommes politiques catholiques créé par la hiérarchie de l’Église avec un aumônier à la clé ! Une messe sera demandée à son intention à l’Église saint Michel et à la chapelle de frères de saint Dominique non loin de son domicile.

4) François Hodonou a envoyé un message à CPCM dont la substance a été présentée aux participants.

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