Message reçu de Bernice Dédé FOLI le 21 novembre 2009 [ISSN : 1659-5177]
Article mis en ligne le 2 décembre 2009
dernière modification le 3 décembre 2009

par L’administrateur
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Bernice réagit au compte rendu du café rencontre du samedi 31 octobre 2009, le premier de cette année académique 2009-2010. Ce compte rendu est disponible sur le site de CPCM à l’adresse ci-après :
http://cpcm-benin.org/spip.php?article14

Merci, Albert, pour ce compte rendu clair et riche, - et même illustré avec photos- du premier café rencontre de l’année 2009 - 2010 ; cela permet à nous autres absents de vivre un peu ce qui s’est passé. Merci beaucoup. Mais je ne t’ai pas vu sur les photos…

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Albert, le jour de la Tabaski, le 8 décembre 2008

J’avoue que le rapport est fait avec assez de détails et de pédagogie pour nous permettre de nous y retrouver, et je t’en félicite, mon cher.

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Bernice Dédé FOLI au café rencontre de mai 2008

1- Une citation a retenu mon attention : « La fidélité, c’est ce qui reste de la foi quand on l’a perdue. » Quand on a perdu quelque chose, en reste-il quelque chose ? sinon que des souvenirs ? merci pour ton éclairage.

2- Qu’est ce qui motive ta décision de restaurer le temple du culte domestique de la religion de tes ancêtres ?

3- Tu aimes beaucoup cette citation : - « Quand le fils de Mariam est donné pour exemple, ton peuple s’écarte de lui » (Coran, s. 43, v. 57). – et tu l’as souvent proposée. Mais moi je ne suis pas sûre de la comprendre. Tu voudras bien me donner un coup de lumière dans ce sens.

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Bernice Dédé FOLI

4- Que chacun de nous, à son niveau, prenne l’engagement sincère de contribuer à l’édification d’une société où règne la vraie paix positive. Répétons à chaque instant, consciemment ou inconsciemment, « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix » et le monde sera meilleur et plus humain chaque jour un peu plus.

Merci

P.S. :

REPONSE donnée, ce 2 décembre 2009, par Albert GANDONOU

Merci de ces félicitations qui sont reçues comme des encouragements à toujours mieux faire pour donner pleine satisfaction aux amis de CPCM. Difficile d’être sur les photos quand on est soi-même le photographe.

1. Je n’ai plus la foi des mes ancêtres à Ogu, Hêviosso, Doudoua, Dan, Dangbé, Sakpata,… Mais pour autant ai-je le droit de tourner le dos aux valeurs qu’ils ont créées sur la base de ces croyances, de mépriser l’univers culturel et religieux dans lequel ils ont baigné et qui reste le mien que je le veuille ou non ? N’ai-je pas un devoir de fidélité envers eux, comme Jésus envers ses pères, comme Jésus qui avait une connaissance approfondie de sa culture et de sa religion ? Jésus a été inhumé « comme les juifs ont coutume de le faire quand ils enterrent quelqu’un » (Jn 19, v. 40). N’est-ce pas du particulier qu’on accède à l’universel ? Si je renie mon propre passé, où seront mes racines ? Chez les autres ? Dans la culture des autres ? Oui, c’est bien de cela qu’il s’agit : le souvenir. Nous n’avons pas le droit de perdre le souvenir de notre passé. Tu as dû faire attention à cette réflexion de Simone Weil citée par André Comte-Sponville : « D’où nous viendra la renaissance ? Du passé, si nous l’aimons ». C’est une réflexion qui doit prendre du sens pour nous autres, intellectuels africains souvent par trop extravertis.

2. Ce qui t’est répondu au point 1 est aussi une réponse à la question que tu poses ici. C’est par fidélité à mes ancêtres, par respect aussi pour eux que j’ai restauré ce temple. Par ce geste, je manifeste ma reconnaissance de la valeur de leur religion, de leurs croyances. Je reconnais par là qu’une religion est avant tout un fait de culture et que leur culture est aussi la mienne, que je le veuille ou non ? D’où me viendrait d’ailleurs l’idée de ne pas le vouloir ? De la vaine assimilation ? De la déculturation qui m’a été imposée ? N’est-ce pas plus que temps que je réagisse contre tout cela ? N’ai-je pas enfin compris que les religions sont comme les langues ? Elles ont un même fond anthropologique, l’unité et l’universalité de l’esprit humain s’y manifestent avec éclat ! La religion de mes ancêtres comporte des sacrifices et des sacrificateurs, comme toutes les religions du monde. Au Bénin, le P. Francis Aupiais est un des tout premiers missionnaires à s’en apercevoir dans les années 1920 ! J’ai du respect pour toutes les religions comme pour toutes les langues, mais j’ai le devoir de commencer par les miennes, celles qu’a créées la culture de mes ancêtres. La restauration de ce modeste temple est une manière concrète de témoigner de ce respect. Au demeurant, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ n’est pas d’abord une affaire de religion. "Jésus n’a rien contre nos cultures et nos religions vernaculaires d’Afrique. Lui-même est resté fidèle toute sa vie à sa culture et à la religion de ses ancêtres. « Comment peux-tu forcer des non-juifs à vivre comme des juifs ? » (Paul, Lettre aux Galates)." C’est le premier point de ma communication au forum jeunes de Fondacio en août 2009, à Porto-Novo. L’Evangile de Miséricorde de Jésus (pardon, partage, service) est un appel qui s’adresse à tout homme quelles que soient sa culture et sa religion. Un appel à changer de comportement et non de religion. Voilà pourquoi le vendredi, 27 novembre dernier, jour de la Tabaski, jour de l’Aïd el Kébir, jour de la fête du sacrifice, je n’ai pas hésité à accompagner Sita, ma femme musulmane, à la prière sur la place « Idi » de mon village, comme je l’ai déjà fait l’an dernier, le 8 décembre 2008.

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Sita et le mouton du sacrifice, le jour de la Tabaski, le 8 décembre 2008

Je suis resté à l’écart, dans le recueillement. Je ne sais pas prier comme les musulmans, je n’appartiens pas à leur communauté. Mais je tenais à rester tout près d’elle, pour lui montrer que sa fête ne me laissait pas indifférent, d’autant plus que de son côté elle s’est toujours fait un devoir de se tenir à mes côtés lors des grandes célébrations catholiques auxquelles je décide d’assister.

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Sita à son retour de la prière, le jour de la Tabaski

Je sais d’ores et déjà que ces actes que je pose dans le petit cadre de mon village sont un témoignage d’ouverture aux autres religions qui fait réfléchir plus d’une personne. Nous devons tous travailler à enlever aux religions le pouvoir qu’elles ont de nous diviser, de nous séparer les uns d’avec les autres, de nous porter à l’exclusion de notre prochain, de notre semblable, de notre frère.

3. Mohamed, dans le saint Coran, reconnaît Jésus, Marie, et l’ensemble des prophètes d’Israël. Mais il voit Jésus non pas comme un dieu ni comme le fils de Dieu, mais comme un envoyé. Jésus est envoyé de Dieu pour nous montrer comment vivre pour être heureux, pour nous donner l’exemple de la vie qui plaît à Dieu, de la vie que Dieu, notre Créateur, veut nous voir vivre pour être dignes de lui. Jésus, dit le saint Coran, est "le Sceau de Sainteté". Mais quand Jésus (le fils de Marie) est venu habiter parmi nous pour donner cet exemple, son peuple (Israël) n’a pas voulu le suivre, n’a pas voulu de cet exemple et s’est écarté de lui. Et, pour ma part, je pense qu’il ne s’agit pas seulement d’Israël. Il s’agit aussi de tous ceux qui se disent chrétiens mais ne vivent pas à l’exemple de Jésus, de tous ceux qui se sont empressés de faire de Jésus un dieu pour se dispenser de suivre son exemple et l’adorer seulement, l’implorer seulement. Au lieu du service des autres, dans le détachement, auquel il nous appelle instamment, nous passons le temps à l’invoquer afin d’être mieux servis nous-mêmes, afin de le mettre au service de l’hypertrophie de notre Moi.

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