Du 3 au 8 août 2009, Fondacio a organisé au Centre Charles Lwanga à Porto-Novo au Bénin un "forum jeunes" sur le thème "Deviens qui tu es". Il a été demandé à Albert Gandonou de se charger du thème général et de superviser l’ensemble des communications de la semaine. Ce qui suit est un résumé de sa contribution. Le texte intégral peut en être envoyé par email à qui le demande.
DEVIENS QUI TU ES
Héritages culturels et éducationnels des jeunes chrétiens d’Afrique d’une part et leurs stratégies face à la problématique de la foi et de l’engagement social d’autre part
(Par Albert Gandonou, fondateur du mouvement « Chrétiens pour changer le monde »)
La communication se structure autour des axes suivants :
1) Jésus n’a rien contre nos cultures et nos religions vernaculaires d’Afrique. Lui-même est resté fidèle toute sa vie à sa culture et à la religion de ses ancêtres. « Comment peux-tu forcer des non-juifs à vivre comme des juifs ? » (Paul, Lettre aux Galates). « Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires » (Paul VI à Kampala en 1969).
2) L’Esprit de Dieu est à l’œuvre depuis toujours à l’intérieur de chacune de nos cultures. A nous de chercher et de trouver comment. Notre culture vernaculaire est notre ancien testament : nous avons le devoir de la connaître, comme Jésus connaissait la sienne, mais aussi de la passer au crible de la Bonne Nouvelle d’amour et de miséricorde, comme Jésus a fait de la sienne.
3) Dans toutes les religions du monde, on trouve des croyants, des adorateurs de Dieu ( ?) au nom varié (diversité culturelle et religieuse oblige). Ce qui manque, ce sont des disciples de l’homme Jésus : « Soyez mes témoins », « Faites des disciples » (Mt 28, v. 19), « Je vous ai donné un exemple pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous » (Jn 13, v.15). Beaucoup sont croyants pour s’éviter d’être humains !
4) Il importe de bien distinguer religion et foi en Jésus-Christ, religion et spiritualité. La religion est un besoin de l’homme. De tout temps l’homme a su se donner des religions et n’a pas eu besoin de Jésus pour le faire. Jésus lui-même a eu recours à la religion, celle de ses parents, celle de ses ancêtres : le judaïsme. Souvent il s’est retiré pour prier. C’est lui qui nous a enseigné le Notre Père. La foi en Jésus-Christ est d’un autre ordre. Il s’agit de croire à la « voie », paradoxale et déroutante à première vue, qu’il nous propose pour notre bonheur et de choisir d’entrer effectivement dans cette voie, celle de l’Evangile. « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens… Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent… Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même ? » (Mat. 5, v. 21-48). C’est une voie qui nous porte au-delà des lois de nos sociétés et de leurs religions. Mais on n’y voit pas clair tant qu’on n’admet pas l’universalité de l’esprit humain. C’est en reconnaissant, à travers la diversité des cultures et des religions aussi archaïques soient-elles, l’universalité de l’ancien testament ainsi que ses limites, que nous pouvons ensemble nous ouvrir à l’universalité du nouveau testament ainsi qu’à ses incommensurables exigences d’amour.
5) Le maître-mot de l’Evangile, c’est la miséricorde : nous laisser toucher jusqu’aux entrailles par le malheur d’autrui et agir en sa faveur. Mettre cela en pratique nous conduit au pardon et au partage. Nous devons chercher à comprendre comment la miséricorde ainsi vécue sauve effectivement notre monde. L’appel que nous adresse Jésus par son Evangile fait de nous des gens qui pensent par eux-mêmes, qui savent discerner les vérités de leur société et de leur temps pour les dire ; qui savent discerner les injustices de leur milieu et de leur temps pour les traquer ; qui apprennent au quotidien à se donner pour devise : « Tout homme, mon frère », en s’essayant dans la vie profane à la miséricorde, comme Dieu lui-même avec les gens de Ninive, comme le père du fils prodigue,

comme Jésus avec la femme adultère, comme le bon samaritain ! A la suite de l’homme parfait, Jésus, il s’agit pour nous de devenir toujours plus humains en étant toujours plus fraternels les uns envers les autres.
6) La clé de tout, c’est le détachement, la pauvreté en esprit. Maître Eckart le place au-dessus de l’amour même !
7) En ce monde, devenir disciple de l’homme Jésus, nous mettre en marche pour le suivre (« En marche, les humiliés du souffle ! » : voir le sermon sur la montagne traduit par André Chouraqui), nous mettre en marche pour le suivre, en servant comme lui la vérité, la justice et la miséricorde, nous singularise et nous met en butte à la persécution en tout temps et en tout lieu : « Ils vous haïront, ils vous persécuteront : le disciple n’est pas au-dessus de son maître ».