Le manifeste de CPCM (suite)
Article mis en ligne le 6 novembre 2009

par L’administrateur
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LA BONNE NOUVELLE DE LA LIBÉRATION DES HOMMES PAR JÉSUS-CHRIST

« Je n’ai qu’une chose à dire : c’est que le christianisme détient les clefs de la liberté et qu’on ne s’en aperçoit pas assez. » (Jean Sulivan, Le plus petit abîme, Paris, Gallimard, 1965, p.228).

« Je ne suis pas ici pour vous infliger mes idées. Je vous apporte mon expérience sur un sujet que je connais un peu. Je veux que vous soyez de très mauvais auditeurs, en contradiction avec tout ce que je dis parce qu’alors il y aura une réaction personnelle et une possibilité d’avancement. » Marcel Jousse, Conclusion de son 1er cours en Sorbonne, 5 mars 1931.

II. JESUS EST VENU MANIFESTER LA MISERICORDE DE DIEU A CEUX QU’ON DIT PECHEURS, A CEUX QUI VIOLENT LA LOI ET LES REGLES ETABLIES.

Notre monde va droit à la catastrophe, si rien d’énergique n’est fait pour arrêter le cours naturel des choses.

Nous avons bâti, affirme Nolan, un système économique et politique fermé sur lui-même (...). A présent nous commençons à réaliser que ce système non seulement a échoué au niveau productif, mais qu’il nous a menés au bord du désastre. Il est devenu notre maître. Plus personne ne semble capable de le contrôler. C’est bien la plus terrible des découvertes : il n’y a personne au gouvernail, cette machine impersonnelle que nous avons élaboré avec tant de soin nous entraîne inexorablement vers notre destruction. Le système n’a pas été prévu pour faire face, par exemple, à l’explosion démographique.(...)

Il (le système) peut produire de plus en plus de richesses, mais demeure incapable d’assurer la distribution des éléments indispensables à la vie. Cela parce qu’il est organisé pour le profit au lieu d’être pour le peuple. Les gens n’y sont pris en considération que dans la mesure où leur bien-être est source de plus grand profit. Le système est un monstre qui dévore le peuple pour la cause du profit.

La violence institutionnalisée appelle la violence révolutionnaire. P.20

Cette situation, nous pouvons la gérer de deux manières différentes. Nous pouvons l’aborder, au plan religieux, dans la perspective de Jean-Baptiste, celle d’un châtiment imminent, ou bien dans la perspective de Jésus, celle de l’imminence du salut de Dieu. Pour ma part, je choisis de l’aborder dans la perspective de Jésus. Le temps de Jésus est semblable à notre temps : c’est un temps de crise, où la vie d’une multitude de pauvres gens, innocents comme les victimes des événements tragiques du 11 septembre 2001, est gravement menacée. Au temps de Jésus, Dieu, de nouveau, comme au temps de Jonas, était saisi de pitié pour les petites gens. Dieu avait changé et c’est pourquoi les temps avaient changé. C’était (...) le temps du royaume des pauvres et des opprimés. Quiconque s’essaye à lire les signes de notre époque actuelle est amené à y reconnaître quelques similitudes frappantes. Nous vivons un temps nouveau, un temps qui qualitativement, n’est pas tellement éloigné de celui de Jésus. (P.108).

C’est un temps qui exige de chacun qu’il laisse de côté les petites histoires et que, pour le salut du monde, il s’unisse à d’autres qui sont conscients du danger : « Là où deux ou trois d’entre vous sont réunis en mon nom [pour continuer mon action], je suis au milieu d’eux. » Ca n’a plus d’importance nos petites histoires, nos petites intransigeances envers notre prochain (car ce n’est jamais envers nous-mêmes que nous sommes intransigeant : voir la Besace de La Fontaine). Nous sommes instamment appelés à mettre fin à nos petites médisances, nos petites calomnies, à nos petites querelles à propos des violations de la loi : « Tel est un pécheur impénitent, un vicieux. Tel a trois femmes. Tel fait partout le mari modèle, alors qu’il a une maîtresse et s’en cache. Il commet l’adultère à répétition. Tel autre est prêtre et a une femme et des enfants. Les curés sont trop pourris : il faut détruire tous les temples et flétrir l’Eglise même. Mon voisin est percepteur d’impôts ou douanier, et s’en met un peu de côté sur le dos de l’Etat et des contribuables. Rogatien est politicien et détourne des fonds publics pour garnir son compte numéroté dans je ne sais quel paradis fiscal : c’est un chrétien du dimanche. Mon autre voisin est de mauvaises mœurs, il est atteint du sida : c’est une punition divine pour ses péchés ; il est foutu ! Tel autre enfin est aveugle né ou paralytique : c’est une vermine, il ne compte pas dans la société. Il paie sans doute pour les péchés de ses pères... » Jésus nous dit : « Ne perdez plus votre temps à de telles considérations, qu’elles soient fondées ou non : il y a plus grave, plus sérieux. Et avec moi, on n’est jamais foutu, on peut toujours se racheter. »

Jésus dit à chacun de nous : « Ne regarde pas tes péchés. Dieu ne les regarde pas. Malgré tes péchés, qui sont nombreux, tes violations de la loi, tu es un type qui compte pour Dieu, un type bien. Le paradis est plein de pécheurs, de gens qui ont violé la loi . » Jésus dit à cette femme qui a mauvaise conscience, qui est accablée par le sentiment de son indignité, qui est exclue et mal vue de la société : « Toi, la Samaritaine, qui as eu cinq maris et vit maintenant avec un autre homme qui n’est pas ton mari, tu es une femme fréquentable. Vois, je m’assois pour causer avec toi. Donne-moi à boire ! Sois libérée de ton fardeau qui, par ces temps qui courent, est sans importance devant Dieu et moi-même. Aide-moi, tu peux m’aider, à sauver ce monde, à annoncer aux hommes la bonne nouvelle du royaume, pour conjurer la catastrophe qui nous menace. Si ensemble nous ne faisons rien, le pays sera détruit, sous peu il ne restera pas ici pierre sur pierre ! » Cette femme, en répondant à l’appel de Jésus, a vu sa vie se transformer comme celle de Penda, la prostituée des Bouts de bois de Dieu de Ousmane Sembène. Jésus fait de même pour la femme adultère : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » (Jn 8 : 7). Notre Seigneur agit de même pour Marie-Madeleine, pour le collecteur d’impôts si méprisé des juifs, pour l’aveugle né, pour ceux qui ne payaient pas la dîme aux prêtres, pour ceux qui négligeaient le repos du sabbat et les rites de purifications... A chacun, il dit : « Ne vous méprenez pas sur moi. Je ne suis pas venu vous condamner (Jn 3 : 17) mais pour vous manifester la miséricorde de Dieu, sa grande compassion pour vous. Vous êtes trop durs les uns pour les autres. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. Vous avez vous-même une poutre dans l’œil, oubliez la paille qui est dans celui de votre voisin. Flétrir l’Eglise ? Que veut dire, si flétrissable soit-elle, sinon exiger qu’elle soit sainte (…) ? Et [j’ai] pris soin [moi-même] que le premier pape fût renégat, trois fois ! (…) [Et puis l’Eglise] est sainte par ce qu’elle a [savoir ma bonne nouvelle], non par ce qu’elle est. Mais qui [d’entre vous] est saint par ce qu’il est ? Qui oserait le dire ? [1] A la fin, rien ne m’empêchait de destituer Pierre et de placer Jean à la tête de mon Eglise. Vous auriez agi ainsi à ma place ! Apprenez enfin la compassion et la miséricorde infinies de Dieu. Prenez exemple sur Dieu : pardonnez-vous vos petites histoires et rendez-vous disponibles au combat pour l’avènement du royaume de Dieu, c’est-à-dire la libération et le bonheur des pauvres et des opprimés... »

Jean Baptiste appelait les pécheurs à la conversion. Hamina Ben Dosa les exorcisait. Jésus lui, s’est identifié à eux. Il a quitté son rang social pour se mêler aux mendiants, aux collecteurs d’impôts et aux prostituées.. (P.55). Jésus n’avait aucun scrupule à se mêler à des prostituées (Lc 7, 36 ; 50 ; comparer Mt 11, 19 avec 21, 31 ; 32 ) ou à des femmes légères (Jn 4, 7 ; 27, 8, 10 ; 11). Une personne est une personne, c’était ce qui importait ! ... (P.82.) Le scandale que Jésus a dû causer dans ce type de société en vivant avec les pécheurs, peut difficilement être imaginé par nos contemporains...
A coup sûr, ce ne sont pas les communautés croyantes, autrement « respectables », qui ont pu inventer après coup une pratique aussi scandaleuse.
(P.55).

A coup sûr, la chose la plus surprenante des évangiles est cette attitude de Jésus prêchant un royaume politico-religieux dont les hommes de religion (zélotes, esséniens, pharisiens, sadducéens) se trouvent exclus, ou plutôt dont ils se sont eux-mêmes exclus. (P.131).

Ce qui le préoccupe, c’est la dignité humaine et non le prestige, le rang social.

Cette proximité de Jésus avec les pécheurs, au nom même de Dieu, sa conviction que ceux-là avaient reçu l’approbation de Dieu et non pas les autres, sont autant de violations de tout ce que signifiait la religion, la vertu, la justice, Dieu lui-même. Mais le projet de Jésus n’était pas celui d’une renaissance religieuse, c’était celui d’une révolution, révolution dans la religion, dans la politique, dans tous les domaines de la vie, en chacun de nous. « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le feu,... mais le combat,... mais la division. » (Lc.12 : 49-53. Mat.10 : 14-16).

Il est impossible qu’à son époque on l’ait imaginé comme un homme éminemment religieux évoluant au-dessus des éclaboussures de la politique et de la révolution.
Il a dû passer pour un homme irréligieux jusqu’au blasphème qui, sous le manteau de la religion, sapait les valeurs sur lesquelles la religion, la politique, l’économie, la société étaient basées. C’était un homme dangereux, révolutionnaire subtilement subversif.
P.132.

Pour ma part, je crois comprendre parfaitement pourquoi « notre mère, la Sainte Eglise » a mis tant de siècles pour se décider - je crois depuis Vatican II - à nous laisser lire directement l’Evangile, à nous laisser accéder directement à la bonne Nouvelle de Jésus-Christ ! Mais pour vous dire le fond de ma pensée, sans la bonne nouvelle de Jésus-Christ la religion, la révolution, Dieu lui-même, que personne n’a jamais vu, resteraient pour moi sans intérêt. Et religion pour religion, si d’aventure je ne pouvais me passer de religion, je me contenterais bien volontiers de celle de mes ancêtres, comme Jésus lui-même s’est contenté de celle de ses pères.

Notes :

[1Maurice Clavel, Ce que je crois, Paris, Grasset, 1975, p.292. Les crochets sont ajoutés par nous.

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