Le manifeste du mouvement "Chrétiens pour changer le monde" par Albert GANDONOU [Bulletin CPCM n° 18 du 11 décembre 2003 ISSN : 1659-5114-03-01-2001]
Article mis en ligne le 6 novembre 2009
dernière modification le 8 novembre 2009

par L’administrateur
Imprimer logo imprimer

LA BONNE NOUVELLE DE LA LIBÉRATION DES HOMMES
PAR JÉSUS-CHRIST

« Je n’ai qu’une chose à dire : c’est que le christianisme détient les clefs de la liberté et qu’on ne s’en aperçoit pas assez. » (Jean Sulivan, Le plus petit abîme, Paris, Gallimard, 1965, p.228).

« Je ne suis pas ici pour vous infliger mes idées. Je vous apporte mon expérience sur un sujet que je connais un peu. Je veux que vous soyez de très mauvais auditeurs, en contradiction avec tout ce que je dis parce qu’alors il y aura une réaction personnelle et une possibilité d’avancement. » Marcel Jousse, Conclusion de son 1er cours en Sorbonne, 5 mars 1931.

INTRODUCTION

Le Dieu auquel je crois, comme chrétien, est une personne transcendante, mais une personne vivante qui ne m’a pas livré une fois pour toutes à des lois immuables : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d’adultère ; si tu tues, on te tue ; si tu commets un péché mortel, tu finiras en enfer, tu récolteras ce que tu auras semé....

C’est une personne qui tient grand compte des circonstances, qui change d’avis, change son état d’esprit, qui sait faire du neuf. Jésus nous a appris à l’appeler « Abba », papa, parce qu’il est plein de miséricorde, se laisse touché par la pitié et la compassion pour renoncer au châtiment, se repentir d’un ancien projet en faveur d’un nouveau.

Je pense, disant cela, au sacrifice d’Abraham : devant la soumission d’Abraham, Dieu change d’avis et décide de sauver Isaac.

Je pense à l’exode : tu ne tueras pas ; mais devant l’entêtement de pharaon et dans sa propre détermination à libérer les juifs de l’esclavage, Dieu fait tuer les premiers nés des Égyptiens et engloutit pharaon et son armée dans la Mer rouge.

Je pense à l’un des deux malfaiteurs mis en croix en même temps que Jésus. C’est un bandit, c’est entendu, il doit aller en enfer, n’est-ce pas ? Mais voilà que juste avant de mourir, il montre la conscience qu’il a de son indignité, en grondant son compère le moqueur, et demande à Jésus de le prendre en pitié. La réponse de Jésus est exactement à l’image de l’accueil que le père de la parabole réserve à son fils prodigue, revenu à la maison : « Je te le déclare, c’est la vérité : aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » (Lc 23 : 43). Il lui pardonne sans condition.

Je pense au livre de Jonas : « Dieu vit comment les Ninivites réagissaient, il constata qu’ils renonçaient à leurs mauvaises actions. Il revint sur sa décision et ne les livra pas au malheur dont il les avait menacés. » (Jon, 3 : 10). Tout le monde connaît la colère de Jonas à l’idée que Dieu « se laissait fléchir » : « Je savais que tu es un Dieu bienveillant et compatissant, patient et d’une immense bonté, toujours prêt à renoncer à tes menaces. » (Jon 4 : 2). Jonas, comme les pharisiens, ne se fait pas à l’idée d’un Dieu qui prend les pécheurs en pitié. Mais Dieu se charge lui-même d’expliquer sa conduite : « N’ai-je pas raison de ressentir de la compassion pour Ninive, (...) pour ces pauvres gens qui ne savent pas distinguer entre leur droite et leur gauche... ? » (Jon 4 : 11).

Oui, notre Dieu sait se repentir d’un ancien projet en faveur d’un nouveau. Il me paraît important d’insister un peu plus sur cette question. Pour cela, permettez-moi de laisser la parole à Maurice Clavel.

« Je crois lire parfois que Dieu hésite, improvise, change. (…)

Et Jésus-Christ (…) ne dit-il pas aux juifs de Jérusalem : « J’ai longtemps cru que je vous rassemblerais sous mon aile » ?

On pense qu’ici, en lui, l’homme parle. Et si c’était Dieu ? Christ a visiblement changé d’idée en plein milieu de sa vie publique. Il semble qu’il ait voulu d’abord convertir Israël et le monde par Israël, peut-être sans sacrifice de soi. Ses premières consignes sont limitées. Il paraît avoir premièrement réservé le salut aux juifs. Et c’est devant leur refus qu’il se ravise, casse tout, sauve tout, comme nous allons voir, dans un effrayant quitte ou double…

Oui, le Christ, qu’a-t-il fait ? Qu’était-il venu faire ? La seconde question est fausse et donne des antinomies théologiques : pour certains, non des moindres, il serait venu même sans le péché originel [1] ; selon d’autres, il serait venu pour effacer ce péché, restaurer la création, sauver les hommes. Étrange, puisque depuis près de vingt siècles le monde n’a visiblement rien de sauvé, rien de racheté, encore moins d’innocent, presque au contraire. Au vrai, nous ne pouvons pas savoir ce qu’il est venu faire avant de savoir ce qu’il a fait. Lisons donc du dehors, écartant la lecture du dedans parce que nul ne peut se flatter d’y être.

D’un mot, il est venu - ou il en est venu à - casser Israël pour se propager à tout homme. Casser Israël ? Oui, les exemples abondent. La parole adressée au centurion casse Israël et le dépossède. La première révélation de la divinité du Christ est faite à une Samaritaine, race maudite entre toutes par les juifs. L’exemple qu’il invoque pour l’amour du prochain, c’est encore un Samaritain, et les deux juifs qui sont passés sans secourir le blessé sont prêtre et lévite ! Et deux autres défis absolus aux juifs utilisent aussi les Samaritains. Et c’est enfin le rappel dans la synagogue de Nazareth : il y avait beaucoup de veuves en Israël du temps d’Elie, et c’est une veuve syriaque à laquelle il rend son mari. C’est là qu’on emmène Jésus à la falaise, pour l’en précipiter. Il y a de quoi. Ses provocations sont inouïes. Nous y sommes trop habitués pour en comprendre le choc, l’explosion. Le doux Jésus est terrible, dit Chesterton. C’est la fin du Sabbat, de l’Alliance, de l’Héritage. Les scribes et les pharisiens, de l’aveu de tous, ne méritaient pas ces malédictions suprêmes. Les Prophètes ne s’étaient pas privés d’insulter le peuple, mais au nom de la Loi, au plus pour sa purification. Ici, la Loi et les Prophètes, le destin même d’Israël, volent en éclats.

Israël n’est pas exclu par décret a priori. Il est même écrit dans les textes que tout aurait pu se faire avec son consentement. Mais cela ne s’est pas fait ainsi. Alors cela se fait autrement. En guise de « plan », j’ose discerner de fortes chances que même la Résurrection et la Croix soient improvisées. Et même réussies d’extrême justesse, dans leur enjeu doublé, porté à l’infini…

J’en tremble… [2]

(…) Les apôtres, malgré Pierre et la Transfiguration, n’ont rien compris. Ils ont suivi Jésus sans savoir pourquoi, et se disputent des préséances autour du trône d’Israël, ou du Ciel, ils ne savent trop… La Croix est un échec absolu : deuil, prostration. La Résurrection, les apparitions du ressuscité et la consigne : « Allez enseigner les nations », réparent-elles l’échec ? Pas encore. Cinquante jours après ils sont toujours là, inertes. La Pentecôte suffit-elle ? Oui et non. Oui, car ils sont projetés dans la rue cosmopolite. Non, car ils sont toujours, au plus, une secte juive. Il ne faut rien de moins qu’envoyer un ange à Pierre pour qu’il se décide enfin à baptiser un centurion ! On dirait alors que Dieu s’impatiente, s’exaspère, et dit de ses apôtres et disciples : « Ils sont trop bêtes ! » Alors il va chercher un intellectuel passionné, avec tous les ennuis qui résultent toujours de cette espèce. Il est juif de foi, un peu cosmopolite de naissance, citoyen romain. C’est Paul. C’est le chemin de Damas - un viol, notons-le… »

Il ne faudrait pas cependant conclure de ce qui précède que nous avons affaire à un Dieu versatile, avec qui nous ne pouvons savoir à quoi nous en tenir ! Pour cela, il convient que nous commencions par le commencement.

Notes :

[1Teilhard de Chardin va même plus loin : il ne croit pas au péché originel. Voir Pierrard (Pierre) et Pigasse (Nicolas), Ces croyants qui ont fait le siècle, Paris, Bayard Editions, 1999, p.63. « En moi, conscience religieuse et goût de la science croissent simultanément », écrit-il déjà à dix-huit ans. Formé chez les jésuites, et ordonné prêtre en 1911, ce scientifique croyant fait scandale en 1926 en remettant en cause dans une note de sept pages le dogme du péché originel. Dès lors, ce prophète est mis au ban de l’Eglise. Sur ce point et sur quelques autres encore, je ne suis pas loin, pour ma part, d’être disciple du Père Teilhard de Chardin.

[2Maurice Clavel , Ce que je crois, Paris, Grasset, 1975, pp.281-283.

Forum
Répondre à cet article


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.15