COMPTE RENDU DU CAFE RENCONTRE DU VENDREDI 30 JUIN 2017
Article mis en ligne le 6 juillet 2017

par L’administrateur
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ASSOCIATION « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM)
COMPTE RENDU DU CAFE RENCONTRE DU VENDREDI 30 JUIN 2017

Pour clôturer l’année académique 2016-2017 qui a pour thème général : « Promouvoir la fierté africaine », nous avons tenu le dernier café rencontre, le vendredi 30 juin 2017, dans les meilleures conditions de participation.

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Le café rencontre du 30 juin 2017_vue partielle

1) Sur la base d’un texte d’Albert Gandonou, nous avons cherché des réponses à la question : « QUEL ENGAGEMENT POLITIQUE POUR LE DISCIPLE DE JÉSUS ? ». On croit souvent à certaines antinomies : le religieux ne fait pas la politique ; un catholique ne se mêle pas de politique : il est par définition conservateur ; un chrétien n’a rien à voir avec le communisme qui prône la lutte des classes et l’insurrection populaire ; « la violence et Jésus ne dorment pas dans le même lit », Jésus est un pacifiste bêlant : la paix, la paix ! Même si le peuple est accablé par une dictature qui dure et commet des dégâts sur le plan social et économique au détriment des pauvres et des petits, et au profit d’un clan, d’une oligarchie, Jésus c’est toujours : la paix, la paix !

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Le café rencontre du 30 juin 2017_vue partielle des participants

Le texte de base qui est une conférence donnée par Albert GANDONOU, le 10 mars 2012 à Lomé, au Centre Christ Rédempteur, a permis de dépasser toutes ces fausses oppositions, et a remis certaines idées en perspective. Le christianisme est à la fois religion et spiritualité. Comme religion, il ne se distingue guère des autres religions, dont la fonction est d’aider le peuple à supporter ses misères et à se consoler par de vains espoirs. La religion ainsi entendue, c’est le fameux « opium du peuple », désormais bien connu de tous en Afrique noire avec la prolifération des églises et des temples. Mais le christianisme est aussi spiritualité. C’est la voie qu’essayent de suivre les disciples de l’homme Jésus : ce dernier a habité parmi nous pour nous donner l’exemple. Cette voie est celle de l’Exode, celle tracée par le Dieu libérateur des esclaves, c’est le service des plus pauvres, le souci des autres, le rejet de toute exploitation et de toute tyrannie, c’est ce que naguère l’Eglise de la théologie de la libération a nommé en Amérique latine : « l’option préférentielle pour les pauvres ». Cette voie, c’est le service de la vie, c’est le rejet de tout ce qui nuit à l’épanouissement de la personne humaine.

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Le café rencontre du 30 juin 2017_vue partielle

En son temps comme aujourd’hui, il y avait l’oppression religieuse. Eh bien, Jésus a combattu l’oppression religieuse. La religion, c’est trop de prescriptions édictées soi-disant au nom de Dieu et, bien souvent, elle est au service de l’ordre réactionnaire et idéaliste établi. Jésus, c’est la religion « en esprit et en vérité », c’est la spiritualité. En un sens, - osons le dire -, Jésus n’était pas loin d’être regardé en son temps comme un antireligieux et un anticlérical ! Et comme en son temps il n’y avait pas de séparation des pouvoirs laïque et religieux (les deux étaient en collusion théocratique), combattre la religion, c’était donc aussi combattre le pouvoir laïque. C’est pourquoi on ne peut dire qui des grands prêtres et des Romains l’ont mis en croix. Satan a tout fait, mais en vain, pour le détourner de sa mission et de cette ignoble mort. Il a été victime de ce que Mgr Dom Helder Camara appelle « la violence mère », celle de l’ordre établi, qui de tout temps s’abat sur ceux qui osent le déranger par la parole et par l’action.

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Le café rencontre du 30 juin 2017_Albert Gandonou au 1er plan

Le texte d’Albert Gandonou est tout en nuances, selon l’avis des participants. Il mérite d’être lu. On peut le lire en ligne sur le site de CPCM, à l’adresse suivante : http://cpcm-benin.org/spip.php?article169&lang=fr Ce texte est révélateur d’une pratique constante chez Albert Gandonou : partager sans complexe son expérience d’un christianisme militant et souvent dans un environnement pas toujours acquis d’avance, comme au centre Christ Rédempteur à Lomé ou à Justice et Paix à Cotonou, sans se soucier du quand dira-t-on. C’est sa manière d’inviter chacun à sortir des sentiers battus pour se trouver son propre chemin à la suite le Jésus. Jacques comme Jésus est resté un adepte du judaïsme jusqu’à la fin de sa vie : il croyait seulement que son Maître était le Messie, l’envoyé promis par Dieu pour libérer son peuple. Jésus, qu’on s’en souvienne, « a été enterré selon la coutume des juifs » (Jn 19, v. 40). De l’enseignement reçu de son Maître, Jacques, le frère de Jésus, chef de la première Église (la communauté de Jérusalem), a retenu que l’essentiel n’est pas de changer de religion mais de comportement social.

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Professeur Raymond Assogba en bleu

Un participant à la réunion, le socio-anthropologue Raymond Assogba, professeur à l’université d’Abomey-Calavi (UAC), a suggéré que des Mélanges soient offerts à Albert Gandonou de son vivant pour la liberté de penser, l’engagement sociopolitique et le courage dont il fait preuve depuis près de cinquante ans. Un autre professeur de l’UAC, présent à la réunion, l’archéologue Alexis Adandé a apporté avec enthousiasme son appui à cette idée de son collègue. A cet effet, l’embryon d’un comité scientifique a été mis en place avec à sa tête le professeur Raymond Assogba.

2) Dieu est au-delà de Dieu pourrait être l’intitulé du deuxième point à l’ordre du jour. C’est le titre d’un livre de notre ami, l’écrivain français Jean Sulivan. Dieu est au-delà de tout ce que nous pouvons en dire, en imaginer. CPCM milite pour que les croyants cessent de s’affronter, aussi inutilement que dangereusement, à coup de professions de foi : Dieu est ceci, Dieu est cela. Nous voulons ramener les réflexions et les méditations sur la personne de l’homme Jésus, sur son enseignement et sa vie exemplaire (paradigmatique) au milieu de nous. Pendant son séjour sur la terre, Jésus a mis à distance les professions de foi abstraites pour mettre l’accent sur les pratiques et les comportements. "J’avais faim et tu m’as donné à manger". « Tu ne m’as pas fermé la porte au nez en me criant : « Dis : Seigneur, Seigneur ! et tu seras sauvé », « Proclame l’Unicité absolue de Dieu ! et tu seras rassasié », « Reconnais que Dieu est en trois personnes et tout ira bien pour toi », etc. La lettre de Jacques nous le rappelle bien (2, v. 14-20).

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Mgr Dom Helder Camara donnant de l’eau à boire

Henri Atlan, à travers son excellent ouvrage Croyances : Comment expliquer le monde ? , nous a montré qu’en matière de religion, ce qui est universel, fondamental, premier, ce sont les « croyances pratiques » (les cultes originels, souvent dits traditionnels et répandus partout y compris en Israël jusqu’au temps de Jésus et bien après, les rites sacrificiels de toutes sortes, etc.). Les professions de foi ne sont venues que bien plus tard. Les chrétiens sont les premiers, avec le credo, à l’exiger au IVe siècle comme condition d’entrée. Les musulmans suivront au 7e siècle avec l’institution de la shehada qui proclame l’unicité absolue de Dieu : « il n’est de Dieu que Dieu et Mahomet est son messager ». Ce n’est qu’au moyen âge que les juifs (ou du moins une partie d’entre eux) feront de même avec une profession de foi à eux : « Écoute Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Un. » qui est une citation du Deutéronome (6:4). Mais assez vite la profession de foi (ce qui s’est ajouté après coup) est devenue le principal, le fondamental. Les « néo-croyants » ont causé trop de dégâts sur cette terre par leur prédilection pour les professions de foi.

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Mgr Dom Helder Camara_portrait

Pour CPCM il est temps que nous en revenions à l’essentiel, qui est d’essayer au quotidien d’être des suiveurs de l’homme Jésus, le chemin vers le Père. Les proclamations sont faites pour nous empêcher de nous entendre et de vivre en frères, en fils d’un même Père. Pour conclure ce deuxième point, il a été retenu qu’en matière de christianisme en Afrique, nous devons nous préoccuper davantage de spiritualité et de transformation du monde présent, où nous vivons. Il urge ici plus qu’ailleurs que nous nous mettions ensemble, à la suite de l’homme Jésus, pour rendre ce monde plus solidaire, plus fraternel et plus empathique. En mettant ainsi à distance les professions de foi pour mettre l’accent sur la pratique sociale et les comportements des hommes les uns envers les autres, bien d’entre nous alors se sont aperçus de l’inanité de certains distinguos : tel est croyant, tel ne l’est pas ; tel est juif, tel est protestant ; tel est hindou, tel est eckiste ; tel est noir, tel est blanc ; tel est vodunsi (adepte du vodun), tel est catholique, etc. Nous sommes des êtres humains avant tout. Un vodunsi peut se révéler plus humain qu’un chrétien. Et nous sommes tous appelés à nous montrer toujours plus humains les uns envers les autres : « C’est à ce signe qu’on vous reconnaîtra comme mes disciples, à l’amour que vous avez les uns pour les autres. » (Jn 13, v. 35). C’est avec deux textes que nous avons clôturé ce deuxième point de l’ordre du jour. Le premier est de Lénine : Les trois sources et les trois parties constitutives du marxisme où nous avons glané, avec délectation, quelques citations lumineuses : Les hommes ont toujours été et seront toujours en politique les dupes naïves des autres et d’eux-mêmes, tant qu’ils n’auront pas appris, derrière les phrases, les déclarations et les promesses morales, religieuses, politiques et sociales, à discerner les intérêts de telles ou telles classes. ; Aussi les ennemis de la démocratie s’appliquèrent-ils de toutes leurs forces à "réfuter" le matérialisme, à le discréditer, à le calomnier ; ils défendaient les diverses formes de l’idéalisme philosophique qui de toute façon se réduit toujours à la défense ou au soutien de la religion. ; La principale de ces acquisitions [du marxisme] est la dialectique, c’est-à-dire la théorie de l’évolution, dans son aspect le plus complet, le plus profond et le plus exempt d’étroitesse, théorie de la relativité des connaissances humaines qui nous donnent l’image de la matière en perpétuel développement. : Henri Atlan nous avait appris cela au café de janvier 2017 : toutes nos « croyances » sont provisoires. Le second texte est de mère Teresa « Fais-le quand même » :
« Si vous êtes bienveillant, on vous accusera peut-être d’avoir des arrière-pensées !
-  Soyez bon quand même !
Si vous réussissez, vous gagnerez peut-être de faux amis,
et quelques vrais ennemis,
-  réussissez quand même !
Si vous êtes honnête et sincère,
on vous trahira peut-être,
-  soyez quand même honnête et sincère.
Si vous êtes heureux,
on sera peut-être jaloux de vous et envieux.
-  soyez heureux quand même.
Le bien que vous faites aujourd’hui,
Sera souvent oublié demain.
-  Faites-le quand même.
En fin de compte, c’est entre vous et Dieu
Ça n’a jamais été entre eux et vous de toutes façons. »

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Mère Teresa de Calcutta_sainte catholique

Jésus nous l’avait bien dit : Vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde. Rien ne vous sera donc facile. Mais persévérez et vous porterez du fruit ! Telle est la voie qu’il nous propose et qui parfois nous expose à la persécution.

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Les femmes du marché Dantokpa se sont invitées dans la marche

3) Le troisième et dernier point de l’ordre du jour a été un compte rendu de la participation d’une délégation de CPCM à la marche organisée à Cotonou au Bénin par le « Front pour le Sursaut Patriotique » (FSP), le jeudi 22 juin 2017, pour :

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La délégation de CPCM à la marche du 22 juin 2017

« - Exiger la démission immédiate de Toboula, le préfet de Cotonou. Le "désaveu" de son chef, Patrice Talon, ne suffit pas, ni n’efface la violation flagrante des libertés. Ce violateur constant et impénitent des libertés est indigne d’être Préfet de la République et doit être relevé de ses fonctions.
- Exiger du Président Patrice Talon, l’arrêt des privatisations sauvages et la nécessité de rapporter les décrets de privatisations déjà pris afin de réintégrer les entreprises publiques concernées dans le patrimoine public national. »

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La marche du 22 juin 2017_vue partielle

CPCM est membre fondateur du FSP. A l’exemple du Christ Jésus, qui est pacifique et non pacifiste, nous avons fait le choix de nous tenir, quoi qu’il nous en coûte, aux côtés de ceux qui souffrent et se plaignent, de ceux qui sont écrasés par les puissants, de ceux qui sont réduits au chômage et à la misère par l’avidité d’une poignée de ploutocrates qui s’accaparent sans état d’âme de biens communs qu’ils sont, en principe, chargés de gérer au service de tous.

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La marche_vue partielle

Le jeudi 22 juin 2017, nous avons marché, au milieu de nombreux autres, en chantant le Magnificat  : « Étendant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, il renvoie les riches les mains vides…  ».

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COMPTE RENDU DU CAFE RENCONTRE DU VENDREDI 30 JUIN 2017
Léon Sewatche - le 22 juillet 2017

Les réflexions sont pertinence, mais alors très pertinentes !
En fait, nous l’avons déjà dit ailleurs : l’homme Jésus n’est jamais enseigné. Ceux qui tentent de le faire en voulant toujours resté respectueux de quelque idéologie conforme à telle ou telle église, rendent presque toujours leur tablier... Et le "superflu" règne en maître, ils se trouvent dans des contradictions qu’ils essaient rapidement de corriger. Eux, les devanciers seuls savent ce qu’ils font ; les "sujets" sont presque identiques aux moutons de Parnuge...
Pourtant Jésus a été clair : les pratiques, l’amour, l’oubli de soi, le souci permanent de sauver les autres en se battant pour leur liberté. c’est ce que prône Jésus. Mais , l’essentiel des enseignements de Jésus est bafoué, semble ne même jamais existé.... il faut "aller à l’église " pour être vu véritable chrétien ; il faut maitriser les versets bibliques rigoureusement et bien les organiser, c’est à cela que se résume le christianisme tel enseigné...
Il faut un véritable travail de "depollution" des esprits, redonner à la parole biblique, aux enseignements de Jésus, leur vrais sens caché depuis toujours !



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