COMPTE RENDU DU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 29 AVRIL 2016
Article mis en ligne le 13 mai 2016
dernière modification le 24 mai 2016

par L’administrateur
Imprimer logo imprimer

MESSAGE ANNONCE DU CAFÉ RENCONTRE DU 29 AVRIL 2016

Vendredi 29 avril 2016, c’est le dernier du mois . C’est le
jour de notre rendez-vous mensuel. Nous nous réunirons comme
d’habitude, de 16 h à 18 h, à l’Institut Universitaire du Bénin
(IUB), à Aïdjèdo, à Cotonou (Tél. +229 21 32 81 97 / 97 47 72 90).
Notre amie, Sylvie Crussard, nous a apporté un coffret de trois DVD
(Arte éditions) à l’occasion de notre colloque international de
janvier dernier. Les DVD porte sur le thème "Jésus et l’Islam". Ce
thème est développé en sept épisodes de 55 minutes chacun, par
d’éminents chercheurs et spécialistes venant de différentes régions du
monde : "La crucifixion selon le Coran", "Les gens du Livre", "Fils de
Marie", "L’exil du Prophète", "Mahomet et la Bible", "La religion
d’Abraham" et "Le livre de l’Islam". Il s’agit d’un véritable trésor,
que nous n’avons pas pu exploiter pendant le colloque, faute d’avoir
eu le temps de le découvrir. Vendredi prochain, nous écouterons
ensemble un épisode de notre choix, autour duquel nous organiserons le
débat. Cela pourra peut-être nous aider à comprendre pourquoi, à
Porto-Novo (au Bénin), les femmes musulmanes sont très assidues devant
Notre Dame de la lagune...

COMPTE RENDU DU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 29 AVRIL 2016

Notre rencontre mensuelle a été marquée à plusieurs niveaux par la proximité de nos amis de France et de Belgique. Le coffret de trois DVD d’où nous avons tiré l’épisode « les Gens du livre » nous a été apporté par Sylvie Crussard, mais c’est Martine Roger-Machart, de l’église saint Merri (Paris, 4e) qui nous l’a offert. Notre ami, Antoine Girin, de l’Association culturelle Marcel Légaut (ACML), ne manque pas de faire écho à nos activités dans les colonnes du bulletin « Quelques Nouvelles » qu’il anime : il était présent dans nos esprits à travers le dernier numéro de ce bulletin. Par Guy Leurquin, notre ami de Bruxelles, nous avons pu nous faire un nouvel ami : Dr. Chrysal Aguidoli KENOUKON. Ayant reçu comme à l’accoutumée notre message annonce, Guy qui est très proche d’une association soufie (mystique musulmane) en Belgique, nous a mis sur les traces de ce Béninois. Celui-ci a participé à deux ou trois réunions du Cercle des qualités et des vertus, créé par le Sheikh Ben TOUNES de la Confrérie ALAWIA (Algérie). « Je n’ai pas rencontré personnellement Chrysal, nous a écrit Guy, mais tout le monde était impressionné par sa rencontre et aussi par la qualité de ses mails. Et quand j’ai su qu’il était Béninois, j’ai pensé à toi ! » Prenant la parole au café rencontre du 29 avril, Chrysal nous a donné un vibrant témoignage de son expérience dans un cadre interreligieux, créé dans un monastère bénédictin, à Louvain. Il a largement confirmé ce que nous avait écrit Guy : « Quand se tient la rencontre de la confrérie soufie, nous formons un cercle et nous nous mettons ainsi tous à égalité, pour échanger sur des questions comme le sens de la VIE, dans le cadre d’une recherche spirituelle que je peux traduire par "prendre soin de l’Être". C’est la structure pyramidale, si ancrée dans nos habitudes, qui nous empêche de changer ce monde !  » Merci à Martine Roger-Machart, merci à Sylvie Crussard, merci à Antoine Girin, merci à Guy Leurquin et merci à Chrysal Kénoukon !!!

Nous étions quinze personnes à être présentes pour le café rencontre du 29 avril 2016. Nous avons visionné l’épisode "Les gens du livre" des DVD "Jésus et l’Islam" (Arte éditions). Au cours du débat nourri qui a suivi, nous avons réfléchi en particulier sur :

1) les enfants d’Abraham si nombreux conformément à la promesse (Gn 15, 5-6 ; Gn 16, 10-11). Les juifs, les chrétiens et les musulmans forment ensemble, de nos jours, bien plus de la moitié de l’humanité, soit plus de quatre milliards de personnes. Mais ils sont minés par des contradictions parfois futiles et meurtrières, qui les détournent de ce qui pourrait être leur mission au service de la construction de la fraternité universelle. Ce sont eux, les descendants d’Abraham, qui nous ont soumis, nous les Négro-africains, à la traite des Noirs, à l’esclavage [1] , à la colonisation, à la ségrégation raciale, à l’apartheid, et qui ont fait de nous la descendance d’un prétendu fils maudit de Cham (Canaan), méprisables, « spoliables » et exploitables à merci. Le tout pensé et organisé dans des documents ignobles : la bulle du pape Nicolas V qui autorisa l’esclavage (1454), le Code noir (1685), le code de l’indigénat (1881), etc. ! Que de crimes perpétrés jusqu’à nos jours au nom du dieu d’Abraham ! « Nous faisons porter à Dieu des habits trop petits », nous a fait remarquer Guy Leurquin, en 2007, au cours d’un colloque de CPCM et de Fondacio à Lomé. Et pourtant, c’est à la valeur de ses fruits qu’on juge un arbre, a dit Jésus : Mt 7, 16-19. Au demeurant, "on constate en particulier un lien étroit entre la sacralisation de la vérité et la légitimation de la violence" (Claude Gefré, Le christianisme comme religion de l’Évangile, Paris, Cerf, 2013, p. 35).

2) comment en passant de l’hébreu et de l’araméen au grec, "messie" (l’oint de Dieu à la suite de tant d’autres, dans la tradition biblique) est devenu "Christos" (l’Oint par excellence, l’Oint Unique, le Sauveur, voire Dieu lui-même). « On est passé en somme d’un nom commun à un nom propre, d’un sens banal à un sens fort », selon Dominique Cerbelaud (abbaye de Boscodon, France). Le messie attendu par les Juifs, si attachés à un monothéisme qu’on pourrait qualifier de strict, était un homme choisi, « chrismé » (oint, à l’instar des rois, des prêtres et parfois des prophètes) par Dieu, missionné par lui pour restaurer le Temple de Jérusalem, rétablir la royauté d’Israël et libérer les Juifs de la domination étrangère (romaine en l’occurrence). C’est ce que nous explique Patricia Crone (Institute of Advanced Study, Princeton). La première Église, celle de Jérusalem, celle de ceux qui ont vécu avec Jésus et que présidait Jacques, le frère de Jésus, restait fidèle au judaïsme tout en croyant que Jésus était ce messie-là. On les appelait des judéo-chrétiens, ils restaient nombreux en Arabie au temps du prophète Mahomet ; et dans le saint Coran on les appelait « nassârâ  » ou nazaréens. Ils font partie des « gens du livre », comme les juifs et les musulmans, au contraire des chrétiens trinitaires. Cela, nous a-t-il semblé, mérite réflexion et méditation. Son Excellence Mgr ADJOULOUVI Comlan, évêque de la Très Sainte Église de Jésus-Christ (Cité de la Cour Céleste, Banamè), était avec nous. Pour cette Église en plein essor, Daagbo, alias dame Parfaite, est l’incarnation du Saint Esprit. Et c’est avec grand respect (voire une certaine timidité) que nous avons osé nous demander si la création de cette Église au Bénin il y a quelque cinq années n’était pas une conséquence lointaine de ce précédent créé par les chrétiens qui ont divinisé Jésus. En tout cas rien, en principe, n’empêchera cette Église de prospérer avec le temps, comme les autres religions du monde. Enfin nous avons retenu de ce film que les musulmans avaient trois manières différentes de nommer Jésus : le fils de Maryam (Marie), Issa et messie. Ils ont une grande vénération pour Marie (Maryam) à laquelle toute une sourate (la sourate 19) est consacrée dans le Coran. Issa serait un équivalent de Jésus et messie est employé au sens sémitique du terme (de l’hébreu : מָשִׁיחַ - mashia’h, de l’araméen meshi’ha משיחא, de l’arabe Al-Masih), c’est-à-dire consacré par le rite de l’onction. A propos de Jésus, il y a ce verset dans le Coran : « Quand le fils de Maryam a été donné pour exemple, ton peuple s’écarte de lui. » (S. 43 Les ornements, v. 57). Il s’agit d’un verset que nous connaissons bien à CPCM : il nous a souvent fait réfléchir. Aujourd’hui encore, ne refusons-nous pas de suivre la voie et la vie d’homme proposées par Jésus ?

3) la nécessité pour nous, négro-africains, de promouvoir la fierté africaine par l’appropriation de notre culture, de ses richesses et de ses insuffisances, afin d’apporter au monde notre contribution spécifique. C’est ce que notre ami, le Professeur Raymond Assogba, appelle la « contracculturation ». Il était là pour nous le réexpliquer [2] . "Pour liquider les peuples, on commence par leur enlever leur mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Puis quelqu’un d’autre écrit d’autres livres, leur donne une autre culture, leur invente une autre histoire. Ensuite, le peuple commence lentement à oublier ce qu’il est, et ce qu’il était. Et le monde autour de lui l’oublie encore plus vite" (Milan Hubl). Hérodote, que Cicéron appelle le père de l’histoire, soutenait dans l’Antiquité grecque que les Égyptiens (qui "ont la peau noire et les cheveux crépus" Livre II) étaient non seulement les plus anciens (Livre II, 2) mais aussi "les plus scrupuleusement religieux (théosévées perissôs) de tous les hommes" (Livre II, 37) !

Notes :

[1Le 10 mai est, depuis quinze ans en France, la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Cette date a été choisie en référence au 10 mai 2001, jour de l’adoption en dernière lecture par le Sénat de la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité (loi n° 2001-434 du 21 mai 2001).

[2« Raymond Assogba définit (…) la contracculturation comme une idéologie des « sociétés dominées africaines » visant à prévenir la destruction et la déstructuration de leur logique et de leur dynamique » sans se couper du marché de l’acculturation. » (cité par Albert Gandonou, Comment je suis redevenu Africain Second manifeste de « Chrétiens pour changer le monde », Cotonou, Édit. de l’Étincelle, 2014, p. 43.

Forum
Répondre à cet article
COMPTE RENDU DU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 29 AVRIL 2016
Christelle Djato - le 7 juin 2016

Merci pour votre compte rendu. Je prie le Seigneur qu’il ouvre nos entendements spirituels et non charnels, pour qu’on puisse mieux comprendre sa parole.

Nous Africains, nous noirs, ne devons pas écouter ceux qui nous traitent de descendants de Cham, car ils parlent selon la chair. Aime celui qui te hait, bénis celui qui te maudit et fais du bien à celui qui te fait du mal.

Nous ne devons pas considérer l’ethnie ou nationalité de Jésus car lui-même déclare : je ne suis pas venu pour un peuple ou une nation mais pour le monde entier.

J’aimerais qu’on m’explique ce qu’on appelle culture africaine.

Les gens croient aux personnes qui se disent esprit de Dieu sur terre...et oublient ce que les saintes écritures nous disent.

Et enfin pour clôturer, j’aimerais avoir le livre de Mr Albert GANDONOU : Comment je suis redevenu Africain.
Christelle.

COMPTE RENDU DU CAFÉ RENCONTRE DU VENDREDI 29 AVRIL 2016
L’administrateur - le 7 juin 2016

Merci de l’intérêt que vous portez au site de CPCM. Votre réponse est pour nous un grand encouragement. Nous verrons avec vous comment vous faire parvenir Comment je suis redevenu Africain, le second manifeste de CPCM dont le rédacteur est bien Albert Gandonou.
Le mot culture a plusieurs définitions. Nous l’employons souvent à CPCM dans l’acception ci-après que nous empruntons à l’UNESCO : "l’ensemble des traits distinctifs, spirituels , matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social". La culture englobe "(...) les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances".
Il y a donc bien une culture Kabyè, une culture goun, une culture juive, une culture bantou, une culture occidentale, une culture africaine, etc. En sociologie, la culture est définie de façon plus étroite comme "ce qui est commun à un groupe d’individus" et comme "ce qui le soude", c’est-à-dire ce qui est appris, transmis, produit et créé.



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.15