POUR UNE NOUVELLE EVANGELISATION VOLET 3 : ANNEXES 4e partie "QUEL ENGAGEMENT POLITIQUE POUR LE DISCIPLE DE JESUS-CHRIST AUJOURD’HUI EN AFRIQUE ?"
Article mis en ligne le 21 novembre 2012

par L’administrateur
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Le texte proposé ici est celui de la conférence donnée par Albert Gandonou, le 10 mars 2012, au Centre Christ Rédempteur à Lomé (Togo), dans le cadre des conférences mensuelles organisées par "Lumière du monde et Sel de la terre" de l’Institut de Formation de Fondacio Afrique (IFF-A). Cette conférence a été pour Albert l’occasion d’un témoignage assez personnel portant sur son engagement politique.

QUEL ENGAGEMENT POLITIQUE POUR LE DISCIPLE DE JESUS-CHRIST AUJOURD’HUI EN AFRIQUE ? par le Professeur Albert GANDONOU (Bénin)

I. Qui est Albert GANDONOU ?

1) Un Africain coupé de ses racines dès sa naissance et par son éducation

- Fils de catéchiste

- Eglise catholique

- Ecole occidentale : docteur en grammaire et en stylistique françaises (UFR de langue française, Université Paris IV Sorbonne). Un Africain qui, comme beaucoup dans cette salle, a reçu un christianisme sociologique fortement extraverti, puissamment marqué par la culture occidentale et donc aliénant (chrétienté).

2) Un Africain qui, sur le tard, essaie de renouer cahin-caha avec sa culture et ses racines, en proie à mille questions, au doute :

- Le christianisme est-ce d’abord et vraiment une religion ? « Le temps vient et c’est maintenant où les vrais adorateurs adoreront en esprit et en vérité » (Jn 4, 21-24)

- Suivre Jésus, et si c’était non seulement rester fidèle à sa culture mais en approfondir la connaissance ? Et si la religion était partie intégrante de la culture ? Quand Jésus est à la synagogue, quand il est au Temple à Jérusalem, quand il chante les cantiques avec ses disciples (Mt. 26, 30), il est dans sa religion, il est dans le judaïsme, une religion qui existe jusqu’à nos jours, il est dans sa culture. V. A la mort de Jésus, « Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c’est la coutume d’ensevelir chez les Juifs. » (Jn 19, 40). Cf. la lettre de Paul aux Galates : « Comment peux-tu vouloir forcer des non-juifs à vivre comme des juifs ? » (Gal. 2, 14). « … le relatif des religions ne mérite de faire peur à personne, ni d’affaiblir les convictions intimes. » (Lysidas, Ibid., p. 31). Ce n’est pas intellectuellement, par raisonnement qu’on choisit une religion, parce qu’elle serait, par exemple, la meilleure ou la plus vraie. On est le plus souvent dans la religion de sa famille, de ses ancêtres, de ses pères, de sa culture, de sa société. C’est ainsi que je suis catholique et que je manque de repères dans les autres religions, y compris dans celle de mon arrière grand-père Gandonou.

- La Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, et si c’était, avant tout, une philosophie au sens antique du terme ? Cf. saint Justin le martyr ou saint Justin le philosophe (2e siècle : v. 100-165). Et si c’était avant tout une voie qui est proposée par le Maître Jésus à tout homme, c’est-à-dire une manière de penser et une manière de se comporter, une éthique plutôt qu’une religion ? « Le christianisme institué par notre Seigneur Jésus-Christ, Rédempteur du monde, assoit ses croyances sur l’Evangile » (Jacques Maurit, Avé Maria, Nantes, 2011, p. 42.)

3) Un homme marié à une musulmane et père de quatre enfants. J’ai soixante et un an. Ma femme, Sita, et moi avons choisi de rester chacun dans sa religion. Il nous a paru inutile d’imposer à l’un de nous de renoncer à sa religion pour celle de l’autre. Il nous a donc fallu une autorisation de disparité de culte, délivrée par l’archevêque de Cotonou, Mgr Isidore DE SOUZA, à l’époque.

3) Un fils de pauvres. Père catéchiste. Mère, petite revendeuse. « Quand on ne sait pas où on va, il faut garder la mémoire d’où on vient. » V. Dassi Jacques Mawutin (alias Albert Gandonou), Marx, Lénine… et pourquoi pas Jésus ?, Paris, Silex, 1983, p.8.

II. « Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
(Mt 16, 15)
Qui est Jésus pour Albert GANDONOU ?

1) D’abord le Messie, le Rédempteur, c’est-à-dire le Libérateur de notre monde : il est venu de la part de Dieu libérer les hommes et les femmes de tous les freins (y compris la religion) qui font obstacle à leur plein épanouissement, à la pleine réalisation du potentiel que Dieu a mis en eux et que le mal ou la souffrance les empêche de réaliser. V. « Les Béatitudes ont essentiellement une portée terrestre. (…) Comprendre la chose comme une rétribution ultérieure, ce serait imaginer une société marchande sacralisée. » (Lysidas, Et c’est l’Eglise qui… Pour un changement qui vaille la peine, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 5). Pour les juifs, le Messie, c’est un être humain, élu et oint de Dieu pour être prêtre, prophète ou surtout roi. Mais il y a aussi cette authentique parole de Jésus qui me plonge dans une méditation sans fin : « Il y a ici plus que Salomon. (…) Il y a ici plus que Jonas. » (Lc 11, 29-32). Si Jésus est plus qu’un envoyé de Dieu, - ce qui pour moi est déjà immense -, qui est-il donc ? Je suis laissé devant un mystère qui me confronte à la transcendance de l’homme Jésus-Christ.

2) Son Dieu n’est pas d’abord le Tout Puissant, Créateur du ciel et de la terre, au pouvoir discrétionnaire, tel qu’ordinairement exposé dans l’Ancien Testament. Cela, mon peuple, comme beaucoup d’autres, l’a trouvé tout seul : Mawu Gbεɖotɔ (cf. le crédo qui, selon moi, a tort de ne pas en dire plus.) Non plus son Dieu n’est pas d’abord le Dieu des « Dix commandements ». Les Africains, depuis la nuit des temps, ont trouvé tout seuls les commandements de Dieu. La Bonne Nouvelle, pour le moins, se doit d’être une nouveauté !

3) Son Dieu est le Dieu de la Pâque des Juifs. « Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. » (Luc 2, 41). La Pâque est l’événement fondateur de toute l’histoire du peuple hébreu. Le Dieu de Jésus, c’est le Dieu qui a pris parti pour des esclaves, pour des exploités et des opprimés, contre Pharaon, et s’est engagé à leurs côtés jusqu’à leur totale libération de la servitude. Pour moi, le peuple élu n’est pas élu pour son sémitisme ou sa judéité, mais pour son état d’esclave. Il s’agit donc d’une métonymie qui renvoie à tous les peuples exploités et opprimés de la terre. Dieu s’est fait le prochain de ce peuple esclave, comme le bon Samaritain s’est fait celui de la victime des bandits de grand chemin. N.B. Le prochain, dans cette parabole, n’est pas le bénéficiaire et c’est le bon samaritain qui est l’important. Cf. les nègres en Amérique et leurs « negro spirituals » :

When Israel was in Egypt land

Let my people go !

Oppressed so hard they could not stand

Let my people go !

So the Lord said : “Go down, Moses !

Way down in Egypt land

Tell old Pharaoh

to Let my people go !

4) Son Dieu est le Dieu de toute Bonté et de toute Miséricorde. Jésus nous demande de l’appeler « Abba » : il est Père et surtout Mère à la fois. V. Thérèse de Lisieux. Dans la parabole du fils prodigue, Jésus « déplace la question de la justice vers la bonté ». V. le logo de CPCM. Ca, c’est le pardon qu’il faut toujours savoir accorder : 77 fois 7 fois. « S’il se repent, pardonne-lui » (Lc. 17, 3). Mais la miséricorde, c’est aussi le partage dont un exemple aussi lumineux que fondateur nous est fourni dans les Actes des apôtres : « On donnait à chacun selon ses besoins » (Actes 4, 32-37). Partager, comme pardonner, est chose plus facile à dire qu’à faire. Cf. l’épisode d’Ananias et de Saphira. L’hypocrisie est fustigée dès l’origine du christianisme. Se tromper sur ce qu’on est soi-même. Se faire passer pour un héros, un superman ou une superwoman, alors qu’on ne l’est pas. Cf. Jésus et la femme adultère, Jésus et Zachée, Jésus et Matthieu, Jésus et Marie-Madeleine, Jésus et la Samaritaine… V. René Luneau, Jésus, l’homme qui évangélisa Dieu, Paris, Seuil, 1999, rééd. Poche, Albin Michel, 2009. « Évangéliser, c’est annoncer quelque chose de nouveau qui est un bonheur pour les hommes » (Joseph Comblin).

III. « Quel engagement politique pour le disciple de Jésus-Christ aujourd’hui en Afrique ? »

1) S’engager au service de l’homme, pour ce que le P. Louis Joseph Lebret appelle la montée humaine, c’est-à-dire agir pour l’épanouissement de « l’homme et de tout l’homme », avant toute chose, où qu’on soit : dans l’opposition ou au pouvoir. Avec Jésus « l’engagement au service de l’homme est indissociable du service de Dieu » (Georges Wierusz Kowalski). Cf. Le P. Joseph Moingt.

2) « Etre chrétien, c’est être atteint par la contagion de ce qu’a été Jésus sur la terre » (Lysidas, p. 18) Cf. Marcel Légaut : « Nul ne saura dire combien une affirmation trop rapide, trop superficielle, trop construite, de la divinité de Jésus, a pu nuire au cours des siècles à l’intelligence de son humanité et de sa mission ! » (Introduction à l’intelligence du passé et de l’avenir du christianisme, ACML, 1997, p. 248). En politique, le chrétien ne se définit pas par son appartenance à un parti politique. Surtout pas à un parti soi-disant chrétien démocrate. Le chrétien est appelé à être plein de bonté comme le Père céleste est plein de bonté (Lc 6, 36). Cf. le savoureux livre de Jonas auquel Jésus nous renvoie souvent !

3) Alors, voici que je suis communiste, membre du parti communiste du Bénin (PCB) depuis sa création en 1977 (sans compter l’année de l’UCD : 1976-1977). Est-ce donc là que Jésus-Christ nous appelle ? Point du tout ! Cela ne veut absolument rien dire ! En vérité, moi, au Bénin, je ne sais où aller d’autre. Je me suis trouvé là, à la faveur de circonstances particulières, conduit comme les mages par l’étoile de « l’option préférentielle pour les pauvres ». Notez bien cette expression : « l’option préférentielle pour les pauvres ». Comme c’est écrit dans l’Exode, comme c’est écrit dans la Loi et les prophètes, comme c’est écrit dans l’enseignement et la vie de Jésus, comme c’est présent dans la pensée pastorale de l’Eglise catholique depuis la conférence convoquée par Paul VI à Medellin en 1968…

- Hier comme aujourd’hui, le chrétien, où qu’il soit, se définit par son engagement en faveur des pauvres.

- Hier comme aujourd’hui, le chrétien, où qu’il soit, se définit par son engagement en faveur de la vérité et de la justice

- Hier comme aujourd’hui, le chrétien, où qu’il soit, se définit par son engagement en faveur de la miséricorde.

- Et pour cela, hier comme aujourd’hui, le chrétien, où qu’il soit, est en butte à la persécution. « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, à cause de cela le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » (Jn 15, 18-20). V. Dassi Jacques Mawutin (alias Albert Gandonou), ibid., p.41. Cf. A. Gandonou, Fous d’Afrique, Paris, Silex, 1985. Cf. Albert Gandonou, Lettre de prison, Cotonou, Editions de l’Etincelle, 2011. Cf. le Notre Père : « Que ton règne vienne ». Rien de facile donc ! Il faut prier pour obtenir la grâce de persévérer afin de porter du fruit, à l’exemple du Maître Jésus lui-même.

4) C’est une révolution qu’il faut aujourd’hui en Afrique pour que les pauvres y trouvent leur compte. Il n’est point besoin d’être communiste pour la faire et c’est la pure orthodoxie marxiste qui soutient cela.

Le café rencontre de CPCM le 25 février dernier (2012) avait pour thème : « Nature et objectifs de la révolution africaine ». Voici les réponses apportées à cette occasion :

a- Nature de la révolution africaine : c’est une révolution nationale (ni socialiste, ni communiste encore moins) qui vise à réaliser, pour chacun de nos pays, l’indépendance véritable, la fin de toute domination étrangère afin de construire l’abondance, le développement. Aucun pays ne se développe sous les bottes d’un autre. Les ordres ésotériques et soi-disant mystiques évoqués rapidement dans cette même salle le 4 février 2012, je n’ai rien contre eux tant qu’ils se livrent à des pratiques spirituelles et religieuses, remèdes à l’angoisse humaine. Mais je les trouve franchement nuisibles quand ils sont chez nous des instruments de domination étrangère et d’aliénation culturelle, quand ils sont au service d’intérêts de clans occultes et mafieux au détriment de la communauté. Cf. La Françafrique.

b- Objectifs de la révolution africaine : en Afrique francophone, « lever les obstacles au développement accéléré du capitalisme dans nos pays » (PCB) et pour ce faire :

- libérer la production : investir dans la production de biens à partir de ce que nous avons et en relation avec nos besoins librement identifiés. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt. 14, 16). « En définitive, Jésus nous incite à vouloir être intelligents, (…) En quoi cela est-il moral ou chrétien, dira-t-on ? Jésus nous y incite, et c’est lui qui est le christianisme. » (Lysidas, Id., p. 61). Cf. Averroès (1126-1198, philosophe, théologien, juriste, mathématicien et médecin musulman andalou du 12e siècle : « J’en ai assez de vos questions : d’abord je ne suis pas Maitre ; Dieu Seul est Maître, et puis, l’enseignement le plus fréquent de Son Coran c’est de faire l’effort pour réfléchir par soi-même. Vous entendez ? Par soi-même. » Cf. la parabole de l’intendant dynamique. Cf. Albert Gandonou, La basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussokro, un article publié en 1993.

- libérer la monnaie, le franc CFA, prisonnier au trésor français ; pourquoi le franc quand la France est passée à l’euro ?

- libérer nos langues africaines et nos nationalités : source de patriotisme et de progrès. « Quand on a des racines, on a des ailes » (Abdou Diouf).
En principe, cette révolution doit être conduite par la bourgeoisie nationale et permettre son émergence. C’est quand et seulement quand l’abondance est réalisée que la révolution socialiste vient à l’ordre du jour, comme par exemple aujourd’hui en Occident. Cf. Liliane Bettencourt !

Conclusion

1) Et vous, qui dites-vous que moi, Albert, je suis ?

- « Un homme qui a lu l’Evangile de travers et qui emmerde le monde depuis tant d’années avec une vue de l’esprit que personne ne partage. Ce n’est pas ça le christianisme ! »

Quand bien même vous auriez raison, cela ne peut rien changer à ma vie, parce que c’est ma vie, et ce n’était que d’elle qu’il s’agissait. C’est la voie que j’ai dû prendre, c’est moi, c’est mon chemin, c’est ma mission ! Croyez-moi, j’ai déjà tenté à plusieurs reprises de changer de vie. Cf. les tentations de Jésus au désert. Mais à chaque fois, c’était la mort, la dépression, l’envie de me suicider que j’ai trouvée au rendez-vous. En fait, chaque disciple doit trouver sa mission, inventer sa voie, à l’écoute de notre Seigneur et Maître Jésus, sous la guidance de son Esprit qui parle à nos cœurs.

2) Et la divinité de Jésus dans tout ça ?
- Permettez-moi de vous décevoir. Je m’estime trop petit pour en répondre, pour en savoir quoi que ce soit en profondeur. J’y crois ! Et je ne connais rien de plus humble que la foi, de plus fragile, de plus menacé, de plus incertain… Alors je commence modestement par ce qui est à la portée de mon expérience. Je trouve à la fois grandiose, authentique et fascinante la vie terrestre de Jésus. C’est pour cette raison que je me suis mis à sa suite. Ce qu’il me dit sur moi-même est si éclairant pour moi, me paraît si véridique que je crois qu’il est « une personne humaine en qui Dieu est pleinement présent et agissant » (Jacques Dupuis, Homme de Dieu Dieu des hommes Introduction à la christologie, P., Cerf, p. 165). « Jésus est ce qui arrive quand Dieu parle sans obstacle dans un homme » (Jean Sulivan, Matinales 1. Itinéraire spirituel, Paris, Gallimard, 1976, p.146). Ce qu’il m’enseigne sur le bonheur de l’homme, je le trouve, par ma propre expérience, parfois paradoxal mais toujours juste et véridique. Je crois en la présence de Jésus au milieu de ses disciples, tous les jours jusqu’à la fin des temps, lorsque deux ou trois se réunissent en son nom. « Tu m’as fait connaître les sentiers de la vie. Tu me rempliras de joie par ta présence. » (Actes 2, 28). Notez au passage qu’on n’est pas chrétien tout seul. Je crois à l’action de l’Esprit Saint qui œuvre à l’humanisation progressive des êtres humains à travers les âges, avec ou sans l’Eglise institutionnalisée qui n’a pas toujours eu les moyens d’être partout et qui souvent n’est pas à la hauteur de sa mission en raison de ses pesanteurs institutionnelles. Cf. « Nos griefs, les voici : la prééminence des concepts doctrinaux, la discipline moralisante, la compétition religieuse, la gestion réactionnaire des problèmes structurels de l’institution, le patrimoine et la souveraineté. » (Lysidas, Ibid., p. 35).

3) Un mot à propos de la règle d’or : « Tout ce que vous voudriez qu’on vous fît à vous, faites-le vous-mêmes à autrui. » (Mt 7, 12). C’est la sagesse des nations : une sentence, somme toute, assez banale donc. Mais à cela notre Seigneur et Maître Jésus-Christ ajoute dans le même verset : « C’est la Loi et les Prophètes ». Son originalité en la matière consiste dans l’affirmation qu’elle constitue le fondement de toute la Loi, laquelle est confirmée par ailleurs. Voilà pour l’enseignement. Passons à son application concrète. « … j’aimerais bien qu’on souffre et meure à ma place. Or, il se trouve que seule la plus sublime sainteté réalisera cette chose-là. Lui, Jésus d’abord, Maximilien Kolbe, Aristides de Sousa Mendès… En premier lieu, donc, nous découvrons que, bien qu’elle soit en or, la règle est appliquée peu systématiquement, (…). » (Lysidas, Id., p. 11). La vie enseignante de Jésus-Christ culmine au Golgotha sur la croix et dans l’institution de l’Eucharistie, le partage du pain et du vin entre disciples en mémoire du don suprême de lui-même par amour pour nous. « Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. » (Jn 18, 8). « Un repas d’amitié » (Joseph Moingt). Son Esprit est à l’œuvre pour aider ses fidèles de plus en plus nombreux à devenir véritablement ses disciples. Son Esprit est à l’œuvre pour les amener à comprendre enfin que le temps est déjà là où c’est en esprit et en vérité qu’il faut adorer Dieu, que l’idolâtrie a changé de nature. L’idolâtrie, depuis l’avènement du christianisme, c’est le culte de Mammon, de soi-même, de la propriété privée jusqu’à la destruction des autres s’il le faut. V. Dictionnaire Larousse des noms propres en couleurs (1988) : « Mammon, mot araméen qui, dans la littérature judéo-chrétienne, personnifie les biens matériels dont l’homme se fait l’esclave. » L’adoration de Dieu, c’est le service des autres jusqu’au sacrifice de soi si nécessaire. Cf. Actes 4, 32-37. Cf. le symbole foudroyant du lavement des pieds. Soit dit en passant, la possession de biens en soi n’est pas un problème pour l’Evangile. Tout le mal, c’est quand elle devient la valeur des valeurs, l’idole à laquelle ont voue un véritable culte qui nous ferme à la miséricorde, nous enlève le courage d’agir pour notre prochain, d’agir pour changer le monde. C’est un enseignement qui va tellement à contre courant de notre manière habituelle d’être et de penser que nous n’avons pas à être surpris que cela tarde à être mis en application. Cf. « Les publicains n’agissent-ils pas de même ? (…) Les païens aussi n’agissent-ils pas de même ? » (Mt. 5, 43-48). Jésus est venu habiter parmi nous pour qu’en politique ceci ne demeure pas éternellement un slogan vain et creux : « Se servir, non ! Servir le peuple oui ! ». Désormais la conversion ne consiste plus à changer de religion mais à changer de comportement. Cf. en goungbe, l’expression « Gbεtɔ wε » pour qualifier quelqu’un qui se soucie de son prochain, lui fait du bien. Quand j’étais petit, j’ai été marqué par la confiance que mes parents faisaient à « fèfè » Agbékè, notre voisine « vodunsi », qui n’a jamais accepté de prendre le baptême ! C’est à elle que mes parents confiaient leurs enfants quand ils allaient en voyage. La confiance faite à cette « païenne » m’étonnait car dans le même temps mon père était en conflit avec les prêtres du culte « Vodun » et nous avait habitués, par ailleurs, à ne manger ni boire chez personne. Mais pour mes parents, dans les années 1950, cette voisine « païenne », « samaritaine », était une femme de bien (e jɔ mɛ, gbɛtɔ wɛ) et participait de Dieu : elle pouvait être un prochain pour nous. Cf. « Qui fait du bien est de Dieu. » (3 Jn, 11). Désormais la conversion est synonyme de métanoïa. Combien de temps nous faudra-t-il encore pour comprendre cela ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que chacun de nous est appelé à apporter sa pierre à l’édifice christique, au corps du Christ en construction.

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