SUITE DU FORUM SUR LE MESSAGE DES EVEQUES DU TOGO : Réponse de François C. HODONOU aux commentaires d’Albert GANDONOU
Article mis en ligne le 4 août 2011
dernière modification le 16 août 2011

par L’administrateur
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Monsieur,

J’ai lu vos commentaires (a/s du message de la Conférence des Évêques du Togo en date du 25 mars 2011) avec un certain effarement… Je ne partage pas du tout votre position, mais je la respecte en espérant que vous respecterez la mienne, ce dont je ne doute guère connaissant votre ouverture d’esprit.

Vous avez ouvert, je crois, à ce sujet, un forum sur le site de « Chrétiens pour changer le monde ». M. Jean Boaz et d’autres y ont exprimé leurs positions. Il se trouve qu’elles vont toutes dans le même sens que vos commentaires. C’est la raison pour laquelle j’ai pris la liberté d’exprimer la mienne dans le texte et les commentaires (des vôtres) qui suivent et qui, je l’espère, seront publiés, eux aussi.

Dans ces textes, j’ai adopté la même dureté de ton que vous dans les vôtres et le même style passionné. Mais j’aurai eu le mérite, j’imagine, de faire de la réclame, d’une certaine façon, pour votre livre : Marx, Lénine… et pourquoi pas Jésus ? A défaut de le rééditer, vous devriez, je pense, le scanner et le mettre en ligne…

Je n’ai pas reculé devant l’argument ad hominem, j’en demande pardon, mais cet argument, je le tiens, je l’ai tiré, ainsi que je l’ai précisé dans mon texte, d’un ouvrage publié. A la portée de chacun. Cela suffit, à mon avis, à rendre absolutoire mon excuse…

Recevez, Monsieur, mes respectueuses salutations.

Jésus sans l’Église est une détestable utopie, une propagande pour le néant

(Réponse aux commentaires d’Albert Gandonou
a/s du message de la Conférence des Évêques du Togo
en date du 25 mars 2011)

1.

La lecture de ce texte ne serait d’aucun intérêt sans celle, au préalable, des commentaires d’Albert Gandonou (AG) au sujet du Message de la Conférence des Évêques du Togo (CET) en date du 25 mars 2011. Je prie donc le lecteur de s’y reporter. J’y ai moi-même, dans la version qui suit, et adoptant la même procédure que lui, inséré mes propres commentaires [1].

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Réponses de François C. Hodonou aux commentaires d’Albert Gandonou

Les mots qui suivent ne sont que la réaction quelque peu gênée d’un simple croyant qui n’est ni un représentant de la CET, ni un clerc, ni l’Église, pour ainsi dire, mais un membre (un fils) ordinaire mais convaincu de cette Église ici, hélas, outrageusement et surtout injustement attaquée. Ma réaction doit donc être considérée comme ce qu’elle est : celle, libre, d’un homme amoureux de la vérité et de la justice – comme AG lui-même que je connais personnellement – et amoureux, plus encore, de Jésus, le Christ, et de son Église.

« Soyez toujours prêts, recommande saint Pierre, à vous défendre contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. » (1Pierre 3 : 15)

2.
A la lecture de ces commentaires excessifs, tendancieux, et injustes la plupart du temps, à la lecture de ces jugements à l’emporte-pièce sur l’Église, de cette attaque en règle, j’ai été consterné. Consterné mais pas surpris. Je connaissais l’homme, sa position par rapport à l’Église...
Disons-le d’emblée, le message de la Conférence des évêques du Togo n’est qu’un prétexte.

Quel est l’objectif réel de Chrétiens pour changer le monde (CPCM [2] ) ? Changer le monde (en bien) ou s’opposer systématiquement à l’Église catholique, à tout ce qui vient d’elle, tout ce qui est l’Église ? Fonctionner comme un levain dans la pâte ou provoquer l’Église, la poser systématiquement en adversaire, pire, en ennemie ? « Toutes les religions se valent » et « Jésus n’est pas mort pour nos péchés » [3]. Peut-on continuer à se dire chrétien dès lors qu’on rejette catégoriquement, à ce point, et dans les termes que je viens d’indiquer, ce qui constitue le fondement de la Foi chrétienne ?

A dire vrai, AG et CPCM prônent clairement, c’est-à-dire sans s’en cacher, la destruction de l’Église. Ça peut paraître un peu gros, une telle affirmation. Mais non ! « Car, écrit AG, il s’agit de noyer, de liquider la barque de l’église » [4] .

L’objectif est clair. Et chacun sait à quoi s’en tenir. AG affirme n’être « ni franc-maçon ni rose-croix, etc. » [5] – personnellement, je n’ai aucune raison d’en douter – mais il est obligé de convenir que son projet n’est pas très loin du leur… « Dieu et le salut ne sont pas à chercher dans une quelconque Église » [6] .

3.

A y voir de plus près, la position d’AG est bien curieuse. Il dit que l’Église anathématise. Or sa propre position, par ailleurs d’une constance à toute épreuve et sur laquelle on pourrait bien s’interroger, sa propre position consiste, a toujours consisté à jeter l’anathème systématiquement sur l’Église, tout ce qu’elle fait, tout ce qu’elle dit.

Il est impossible ici, et je le regrette bien, d’éviter l’argument ad hominem. Mais cet argument, je le tiens d’AG lui-même qui s’en est servi abondamment et de façon fort convaincante, au demeurant, dans son ouvrage.

Je me situe dans une logique d’explication, de tentative d’explication, et donc de compréhension. C’est pourquoi je demande au lecteur, s’il en a la possibilité, d’aller lire cet ouvrage étonnant qu’est Marx, Lénine… et pourquoi pas Jésus ?

Si j’invoque cet ouvrage, c’est que la position défendue dans les commentaires qui me valent le présent texte, est exactement la même que celle qui y est soutenue. Cette position me rappelle l’histoire de M. V. M., chargé, par l’archidiocèse de Cotonou, de faire des recherches sur les nouveaux mouvements religieux et les sectes. Cet homme, dans ses conférences, a l’habitude d’évoquer son expérience personnelle. Alors qu’il était adolescent et élève à Victor Ballot (actuel Lycée Béhanzin), il subit une injustice de la part d’un de ses professeurs, lequel était prêtre par ailleurs. Cela a suffi pour que V. M. tire ses conclusions : tous les prêtres (catholiques) sont injustes et il ne sert à rien d’être chrétien... Il les prend en grippe, violemment, et les prêtres et l’institution qu’ils représentent. L’errance a duré quarante ans…Et la haine aussi !

Je me souviens, en rapportant cette expérience personnelle tout à fait authentique, d’un mot de Jean Cocteau dont les références précises, hélas, m’ont échappé : « Perdre l’enfance [on pourrait ajouter l’adolescence], c’est perdre tout, c’est douter, c’est regarder les choses à travers une brume déformante de préjugés, de scepticisme ». Les soulignements sont de moi.

On a l’impression, en effet, en lisant AG, que lui aussi règle ses comptes. Aux hommes d’Église de sa jeunesse. A travers l’Église, sa révolte est dirigée contre les curés injustes et intolérants qu’il a connus enfant, adolescent, jeune adulte.

Je connais AG depuis environ quinze ans, j’ai lu avec intérêt et une certaine fidélité une bonne partie de ses textes (ouvrages, articles, prises de position de toutes sortes), ce qu’il ne soupçonne pas lui-même. Mais je ne me rappelle pas avoir lu un seul texte dans lequel cet homme passionné, passionnant et redoutable dans ses convictions, n’ait pas médit, d’une façon ou d’une autre, de l’Église ; un seul dans lequel il ait souligné un seul aspect positif de l’Église, la moindre qualité des représentants de cette institution qu’il dépense tellement d’énergie à pourfendre.

Critique totale et absolue de tout. De tout ce qui fait l’Église.
Les dogmes ? À bas ! La doctrine ? À la poubelle ! Les rites ? Pures bêtises ! Les sacrements ? Foutaises et simples mystifications ! Saint Paul ? Un imposteur ! Ses épîtres ? De la récupération ! [7] L’Église ? Enterrons-la ! Il n’y a que Jésus et l’Évangile qui importent. Mais Jésus et son Évangile, qui les porte ? Qui les a toujours portés au monde, et ce à travers les siècles, jusqu’aux extrémités de la terre ?

Il y a dans cette posture intellectuelle (idéologique) quelque chose d’émouvant et de dramatique à la fois. D’incohérent, à vrai dire. Elle me rappelle cette formule que des jeunes révoltés de mai 68 avaient, dit-on, inscrite sur les murs de l’Université sans se douter de la profonde incohérence de leur proposition : « Il est interdit d’interdire ». Car au nom de quoi doit-on interdire à l’Église de mettre en garde ceux dont elle a la charge ? A un ami témoin de Jéhovah qui tentait, il y a quelques années, de me convertir à sa foi, j’aimais à répéter que l’Évangile était une question d’interprétation. Qui me dit que son interprétation est meilleure que celle que me propose ma propre Église ? Qui me dit que la lecture (communisante quelque peu, et sans doute plus) que AG propose de l’Évangile est meilleure que celle, bimillénaire de l’Église ? Qui dit que cette idéologie, comparée à la Doctrine pure de l’Église, est plus à même d’étancher l’immense soif de mon âme ?

« Qui n’a, louant la soif, bu l’eau des sables dans un casque, je lui fais peu crédit au commerce de l’âme » (Saint-John Perse) [8] .

Oui ! C’est du commerce de l’âme, justement, qu’il s’agit. Et quel crédit accorder « au commerce » de la Foi (chrétienne) à quelqu’un qui écrit : « Je ne sais (…) s’il existe un au-delà, ciel ou enfer. Je ne crois (…) ni en Dieu ni en diable » [9] ?

Dans son excellent ouvrage, Célébration du quotidien, publié chez Desclée de Brouwer, Colette Nys-Mazure pose la seule vraie question qui m’intéresse :

« Qui arrive à déchiffrer la beauté inscrite en filigrane de nos vies déchirées, émiettées, si ce n’est Lui qui nous a appelés à l’être et nous a aimés le premier ? » [10]

N’est-ce pas ce « Lui », Jésus le Ressuscité, qui a voulu que l’Église soit son vicaire sur la terre ?

J’ai toujours été frappé par ces mots de la lettre que les apôtres ont adressée à l’église d’Antioche à la suite d’un débat sur la circoncision, etc. : « L’Esprit-Saint et nous-mêmes avons décidé… » (Actes des apôtres 15 : 28). Je me suis toujours demandé : Mais pour qui se prennent-ils, ces gens-là ? Eh bien, ils se prennent pour ceux pour qui le Seigneur lui-même les prend ! Quel titre de gloire ! « L’Esprit-Saint et nous-mêmes… » L’Église parle parce qu’elle a autorité pour parler. Elle met en garde parce qu’elle a charge d’âmes. Elle annonce et proclame la Vérité qu’est le Christ parce qu’elle en a reçu la mission. Elle est investie de mission. Celle d’enseigner la Vérité et de porter la Lumière au monde. A ceux qui se demandent quel est le sens de la vie, elle montre le Chemin.

Et puis, n’est-ce pas le Seigneur lui-même qui a dit à Pierre : « Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16 : 19) ? Quel pouvoir extraordinaire !

Croire donc que tout l’enseignement de l’Église est une plaisanterie de mauvais goût, une imposture, c’est considérer que Dieu lui-même est fou. Jésus sans l’Église est une détestable utopie.

François Helft est un Juif converti au christianisme après un cheminement intellectuel long et tourmenté. Dans son ouvrage, Le Gué du Yabboq, qui est le récit de son itinéraire spirituel, voici ce qu’il écrit :

« Dans une religion en esprit et en vérité, l’absence d’autorité, de dogme, de sacrement, l’invasion du subjectivisme et de son compère, le syncrétisme, donne à la piété une structure passablement fragile, quant à son sens, passablement froide, quant à son contenu. Il faut objectivement reconnaître que la ferveur, l’exaltation pathétique, le sens mystique du sacré, toutes choses d’ailleurs qui peuvent être inspirées par Dieu et soutenir le cœur, sont plus qu’utiles à la foi ; elles lui sont probablement nécessaires. Dans le concret, pour que l’acceptation du révélé ne soit pas un pur fidéisme, pour que le mysticisme ne soit pas pure projection, il faut que la croyance s’enracine à tous les étages dans une histoire loyale, homogène à la réalité suprême du Dieu spirituel. » [11]

Pour ma part, je respecte ceux qui doutent, mais quand le doute est posé en système, je me pose des questions ; je sais apprécier un regard critique, mais la critique, la contestation posées en système ne peuvent conduire nulle part, conduisent au gouffre et au néant, de toute façon, elles ne peuvent conduire à Dieu. Même Jean Sulivan dont CPCM se disait, il y a quelques années, l’ami, se situe hors de toute provocation, de tout esprit de subversion excessive et tapageuse car « La vérité attend l’aurore à la lueur d’une bougie » [12] . Et à la question « Beaucoup s’inquiètent de la crise dans l’Église. Pas vous ? », il répond :

« Certes, il y a beaucoup de ruines : des ruines anciennes, mais aussi des ruines modernes. Je ne m’en affole pas. Parmi les détritus, les débris et les gravats, il y a des sources et du vert pousse au milieu de ce qui est desséché. [13] »

On ne peut, en effet, pas considérer que tout soit mauvais dans l’Église. Le slogan « Nous voulons Jésus, à bas l’Église » est, en conséquence, une aberration. Car c’est l’Église qui rend visible le Christ en dépit même des chutes, tâtonnements, errements qu’elle a connus et qu’elle ne cessera sans doute pas de connaître. C’est son destin. Comme celui de Pierre a été de renier. Les chutes, les tâtonnements, les errements sont pour elle un chemin de purification.

Les hommes d’Église sont ce qu’ils sont, mais Dieu est ce qu’Il est. Que certains, aujourd’hui ou en d’autres temps, aient trahi la Foi dans leur vie ou dans la transmission de la Doctrine n’entame pas et ne peut abolir celle-ci ni sa vérité intrinsèque. Ni sa beauté (fondamentale).
Cela posé, il faut affirmer absolument et avec force que la mission de l’Église est de garder le dépôt de la foi et qu’à ce titre, elle est dans son rôle quand elle définit, distingue et met en garde.

4.

Je sais que rien de ce qui vient d’être affirmé ne pourra convaincre AG. C’est d’ailleurs pourquoi ce texte ne lui est pas directement adressé. Il est écrit pour les autres membres de CPCM, les sympathisants de ce mouvement, au chrétien sincère et à l’homme de bonne volonté. Je voudrais vous dire que notre Église est loin d’être ce qu’on en dit dans les commentaires que je récuse ici et dans d’autres textes du même ordre ; je voudrais vous dire qu’on ne peut dissocier Jésus et l’Église, que notre Église est belle, non pas de sa propre beauté mais de la Beauté même du Christ. Et c’est pourquoi elle tient encore ; notre Église est une Mère, et une mère normale sait mettre en garde ses fils contre les dangers qui les guettent, qui pourraient les détourner du vrai chemin…

« [L’Eglise est] sainte, car l’Église ne fait qu’un avec le Christ Dieu, le seul Saint, qui l’aime comme son épouse ; (…) Saint Paul appelle tous les chrétiens des ‘’saints’’ à cause du dynamisme de l’Esprit qui agit dans le cœur de ceux qui ont été baptisés dans le Christ. Mais tous ne correspondent pas pleinement à l’œuvre de l’Esprit en eux. C’est pourquoi l’Église de Jésus-Christ est aussi une Église de pécheurs : elle est une Écommunauté de saints et d’exemples lumineux, mais aussi une communauté d’hommes qui se fourvoient, qui trahissent l’amour, qui brisent l’alliance, qui permettent le mal et le commettent. (…) Dieu sanctifie l’Église, avec toute l’humanité et la fragilité de ses dirigeants et de ses fidèles. C’est pourquoi l’Église est et reste pour le monde le signe visible de la sainteté de Dieu. C’est parce que l’Esprit de Jésus agit en elle que l’Église peut tenir tête aux forces du mal et répandre la Bonne Nouvelle dans le monde. » [14]

Je voudrais finir en citant AG lui-même : « Être libre, c’est choisir sa vérité » [15] . Rien ne m’oblige à choisir la vérité d’AG, si tirée par les cheveux. Je préfère celle de Jésus que l’Église, aujourd’hui encore, continue de proclamer.

François Constant HODONOU

Professeur de Lettres,

Poète

Notes :

[1Des siens et non pas du message des évêques. Mes commentaires sont en bleu foncé et soulignés.

[2Dont je fus moi-même un membre…

[3C’est ce qu’on peut lire dans Chrétiens pour changer le monde, bulletin de liaison, n°20 du 27 novembre 2004, pp. 1&3.

[4Marx, Lénine… et pourquoi pas Jésus ?, Paris, éd. Silex, 1983, p.53. C’est moi qui souligne.

[5Voir son introduction aux commentaires sur le message de la C.E.T.

[6Roger Gbégnonvi, « De Moïse à Jean-Paul II. Mots et gestes de l’accomplissement », La Nation, n°2094 du 21 octobre 1998.

[7Voici ce qu’écrit Albert Gandonou dans son ouvrage, déjà cité, p. 43 : « (…) L’imposture a commencé depuis Saül ! (…) Ce Saül, surnommé Paul (…) ses épîtres ont grandement contribué à vider l’Evangile de son contenu. Tout[e] sa prédication est une récupération judaïque du Christ ». C’est moi qui souligne.

[8Saint-John Perse, "Anabase", in Œuvre poétique, Fondation Nobel, p. 158.

[9Marx, Lénine… et pourquoi pas Jésus ?, p.7.

[10Citation empruntée à la revue Rencontres avec Jean Sulivan, n°10, novembre 1998, p. 84.

[11François Helft, Le gué du Yabboq, Paris, éd. du Dialogue, 1968, p. 36. C’est moi qui souligne.

[12Jean Sulivan, Parole du passant, Paris, Albin Michel, 1991, p. 17.

[13Ibidem, p. 24. Le soulignement est de moi.

[14Je crois. Petit catéchisme catholique, 2003, pp. 85-86.

[15Marx, Lénine… et pourquoi pas Jésus ?, op. cit., p.19.

P.S. :

Cher François Constant,

Pour sûr, ma cause auprès de toi est indéfendable. Aussi ne vais-je pas la défendre. J’ai juste à rectifier certaines erreurs. Tout d’abord une citation que tu tires de mon tout premier livre, Marx, Lénine… et pourquoi pas Jésus ? (1983) à la page 53 : "Car il s’agit de noyer, de liquider la barque de l’Eglise présente, celle des classes exploiteuses et des puissances d’argent, et de construire une nouvelle barque, la barque du Christ, celle des petits, celles des classes exploitées en lutte pour leur libération et pour l’avènement d’un monde nouveau." Tu t’es arrêté aux premiers mots : "Car il s’agit de noyer, de liquider la barque de l’Église". Pourquoi ? Pourquoi ne m’as-tu pas fait l’amitié de citer la phrase sans la tronquer ? Parce qu’elle était trop longue ? Dans ce cas, il t’aurait suffi de conserver l’épithète "présente" après "l’Église" pour tout changer..., pour aider ton lecteur à comprendre que je ne parlais que de l’Église constantinienne. Et ton ancien professeur de grammaire que je suis aurait grandement apprécié une telle délicatesse de ta part.

Ensuite cette autre citation : « Je ne sais (…) s’il existe un au-delà, ciel ou enfer. Je ne crois (…) ni en Dieu ni en diable », p. 7. Cet extrait de mon premier livre (qu’apparemment tu dois bien aimer ; j’en ai écrit bien d’autres depuis), replacé dans son contexte et surtout sans être amputé de mots essentiels, ne veut absolument pas dire ce que tu veux lui faire dire ! Je me permets de le citer in extenso. « Ainsi, mon père, tu es mort. Toi le catéchiste, toi l’humble, toi l’homme de bien, toi le plus jeune de tes frères. Tu es mort et ton fils, l’ancien séminariste, ne sait rien. Je ne sais pas si tu vis dans l’au-delà, le ciel de Jésus auquel tu n’as jamais cessé de croire. Je ne sais même plus s’il existe un au-delà, ciel ou enfer. Je ne crois plus ni en Dieu ni en diable. Je ne sais pas et je voudrais bien croire, ai-je coutume de dire à présent. Ma métamorphose à laquelle tu as assisté impuissant et au début douloureusement, a été, cela est vrai, l’une des préoccupations de tes dernières années… » François, pourquoi n’as-tu pas pu voir qu’il s’agissait d’une étape douloureuse de ma vie et de mon cheminement spirituel. J’étais pris de doute. J’étais en proie au désarroi. La révolte m’habitait. Ce livre était un cri. Mais, mon cher François, d’autres le savent, j’ai poursuivi la route. Et même si je ne crois plus comme au temps de mon enfance, j’ai recommencé à me préoccuper de foi et de spiritualité. Je me suis même réconcilié avec mon Eglise qui, en 1995, a bien voulu célébrer mon mariage avec Sita, ma femme musulmane.

Aussi bien, à la fin de ton point 2 je trouve cette citation de M. Roger Gbégnonvi : « Dieu et le salut ne sont pas à chercher dans une quelconque Église » dans un contexte qui laisse croire qu’il serait un franc-maçon. A l’époque, de hauts responsables de l’appareil de l’Église au Bénin, l’ont prétendu. Est-ce à dire que tu as pu en recevoir la confirmation ? CPCM, aux termes de ses propres investigations, a conclu à une méprise : c’était feu le père de Roger qui était maçon, un vrai, un artisan maçon, à Ouidah.

Et puis voici. Tu cites une parole que Jésus aurait adressée à Pierre : « Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16 : 19) ? Et tu as ce commentaire admirable : "Quel pouvoir extraordinaire ! " Eh bien, ce pouvoir extraordinaire me fait frémir. Un être humain abuserait forcément d’un tel pouvoir. Et l’Église en a abusé et en abuse amplement. Au demeurant, cette soi-disant parole de Jésus est tellement sans rapport avec tout le reste de l’Évangile et avec les propres mérites de Pierre, que je refuse absolument d’y croire. Pour moi, il s’agit d’un ajout a posteriori.

Enfin, un petit mot sur notre Église. Crois-moi, si tu peux : elle est aussi la mienne. Notre Maître et Seigneur Jésus-Christ l’a fondé sur le roc. Mais elle ne peut aller sans la diversité des opinions en son sein. Nous avons tous charge qu’elle revienne de ses errements et reste crédible en notre temps. Au demeurant, elle est un peu comme Dieu lui-même, un immense mystère pour nous. Elle est la communauté de tous ceux qui ont choisi de se constituer disciples de Jésus, d’être ses suiveurs. Elle doit être plus invisible et plus vaste que nous croyons. "Dieu au-delà de Dieu", voilà un titre de notre ami commun Jean Sulivan, qui nous rappelle que Dieu est toujours au-delà de toutes nos représentations. L’Église aussi, me semble-t-il. "Qui fait du bien est de Dieu", et sans doute aussi de l’Église. C’est pourquoi j’en reviens toujours à la pratique sociale des personnes, et je fais fi des proclamations, des auto-proclamations, et des dogmes bien entendu.

Cela dit, cher collègue et ami, je reste, pour ma part, très fier de toi. Tu restes un homme sincère, un homme de conviction, un passionné, un homme entier. Mon alter ego, quoi. Et te voici de plus en plus dans l’ouverture à l’autre. Tu étais avec CPCM le week-end du 2 juillet dernier à Sichem au Togo, pour réfléchir avec nous autour du thème "Recolonisation de l’Afrique et mediamensonges". Notre dialogue et notre amitié, vois-tu, ont toutes les chances de continuer son petit bonhomme de chemin. Notre désaccord vieux maintenant de quinze années n’y changera rien. Tu le sais, je me suis toujours laissé fasciner par ta personnalité.

Ce qu’il nous faut en Afrique, ce qui manque pour une Afrique debout, c’est cela. Penser par nous-mêmes, dialoguer, échanger nos idées, ne pas avoir peur de les exprimer. C’est à cette seule fin que CPCM, qui est un cercle de réflexion philosophique et de recherche spirituelle, a ouvert ce forum. Je le sais, d’autres réactions vivement appelées viendront. Le sujet est costaud ! Non pas un simple prétexte à polémique, mais un vrai rendez-vous du donner et du recevoir (comme aimait à dire qui tu sais), un lieu de recherche de la vérité. Pour paraphraser Jean Sulivan qui reste notre ami, CPCM voit les ruines, les ruines anciennes, mais aussi les ruines modernes, et ne s’en affole pas. Parmi les détritus, les débris et les gravats, il se veut une source, du vert qui pousse au milieu de ce qui est desséché. La vérité qui attend l’aurore à la lueur d’une bougie.

Bien amicalement,

Albert Gandonou

Forum
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SUITE DU FORUM SUR LE MESSAGE DES EVEQUES DU TOGO : Réponse de François C. HODONOU aux commentaires d’Albert GANDONOU
Adolfo - le 8 février 2012

Je voulais souligner par cet avis personnel que je suis ravi de la modération de ce blog. Une fois n’est pas coutume les commentaires ne sont pas pourris par du spam de commentaires on peut ainsi tenir une vraie discussion. Merci c’est réconfortant.

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SUITE DU FORUM SUR LE MESSAGE DES EVEQUES DU TOGO : Réponse de François C. HODONOU aux commentaires d’Albert GANDONOU
- le 10 août 2011

Albert,

J’ai bien lu et relu ta réponse à François C. HODONOU.

Je la trouve vraiment parfaite, voire excellente. Tu as su ne pas réagir de manière émotionnelle à un attaque qui elle l’était. Tu as redonné l’intégralité de certaines citations, ce qui rend certaines attaques de François HODONOU absolument sans fondement et le renvoie à lui-même.

Très bien sur toute la ligne !

Maryvonne



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