café rencontre du samedi 27 juin 2009 [ISSN : 1659-5114]
Article mis en ligne le 19 août 2009
dernière modification le 12 novembre 2009

par L’administrateur
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Mouvement « Chrétiens pour changer le monde » (CPCM)
06 BP 1376 Cotonou
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Compte rendu du café rencontre du samedi 27 juin 2009
Par Ignace Sossou et Albert Gandonou

Le samedi 27 juin 2009, « Chrétiens pour changer le monde » s’est retrouvé à l’Institut Universitaire du Bénin (IUB) pour le dernier café rencontre de l’année académique 2008-2009. Ce café clôturait une année où nous avons choisi d’éviter les grands-messes pour nous recentrer sur nous-mêmes et nous interroger sur notre propre identité avant de retourner au dialogue interreligieux qui nous préoccupe depuis 2006-2007, année du 10e anniversaire du mouvement. Par coïncidence ou comme témoignant de l’amour de Dieu, la réunion a enregistré plus de participants que ceux qui l’ont précédé cette année, elle a été plus riche en débats et très festive. En plus des béninois, il y avait un haïtien, un camerounais, un gabonais et trois togolais.

La question qui nous a réunis est la suivante : « Quels disciples pour Jésus-Christ aujourd’hui en Afrique ? ». Le texte de base choisi est de Marcel Légaut et date de 1977. La crise actuelle de l’Eglise, dont parle le texte, concerne au premier chef l’Europe où sévit une désertification des églises. Mais cette crise ne nous concerne pas moins en Afrique où sévit une commercialisation de Dieu et de Jésus, en particulier, au nom de qui on ordonne des guérisons à la pelle, des miracles de toutes sortes, des prises de pouvoir pour en jouir et s’emplir les poches.
Comment faire face efficacement à cette crise ? Que faire pour ne pas perdre le dépôt de la Bonne Nouvelle qui nous est confié ? Que faire pour rester des disciples fidèles de Jésus, c’est-à-dire des disciples qui ne sont pas dans la répétition mais dans l’invention ? Comment apporter notre pierre, en tant que chrétiens d’Afrique, à la renaissance de l’Eglise que Marcel Légaut appelait de ses vœux ?

Avant de commencer à débattre de ce thème, Albert a, au début de la séance, rendu compte aux participants, des divers messages reçus d’amis du mouvement" Chrétiens pour changer le monde" qui n’ont pas pu être présents. Il s’agit d’Antoine Dzamah, vice-président de Fondacio, Ludovic Thiombiano, Bédi Holy, Maryvonne Jeannès, Monique Clavien, Geneviève Delrue, Saliou Latoundji, Jean-Claude Barbier, Martine Roger-Machart, le Père René Luneau, le Père Pierre Saulnier, Marie-Laure et Gilles Herlédan. Martine Roger-Machart nous a signalé un livre d’Olivier Roy intitulé La sainte ignorance et qui porte sur la généralisation des fondamentalismes religieux (de toutes religions) : « Il reprend, ajoute Martine, le thème des relations entre culture et religion que nous avions débattu au colloque de Lomé ». C’était en février 2007, dans le cadre des manifestations du 10e anniversaire de CPCM. Martine nous a envoyé un article du Nouvel Observateur qui présente le livre et qui a été versé au débat tellement il venait à point nommé. L’article est en pièce jointe. Le Père René Luneau nous a adressé ses encouragements en ces termes :
 « Je ne serai pas hélas au prochain café-rencontre, le samedi 27... Mais les questions dont vous débattrez sont les bonnes. Je ne connaissais pas ce texte de Marcel Légaut.
   Le mystère pascal - mort et résurrection de Jésus - est au cœur de notre foi et c’est vrai aussi de l’Eglise. Mourir pour renaître. Mais on en parle rarement. Si l’on pouvait saisir d’un seul coup d’œil les aléas d’une Eglise qui a traversé deux millénaires, on comprendrait mieux que de siècle en siècle l’Eglise n’a pas cessé de mourir pour renaître et nous aurions sans doute quelque peine à nous reconnaître aujourd’hui dans la chrétienté médiévale ou, plus près de nous, dans l’Eglise de Pie IX ou de Pie X. Mais il est toujours douloureux dans le premier instant de quitter ce que l’on croit tenir pour un avenir dont on ne sait pas ce qu’il promet...Une chose est sûre : l’Esprit qui suscita l’Eglise au matin de la Pentecôte est toujours à l’ouvrage. " L’Esprit vous fera accéder à la vérité tout entière" (Jn 6, 13) mais nous ne sommes toujours pas au bout du chemin. »
 Nous vous proposons aussi le message de notre ami Ali Houdou, président de la fondation " FII SABILILAI", que nous recevons ce mercredi 1er juillet alors que nous entreprenons ce compte rendu :
 « Je suis convaincu que le café-rencontre a été couronné de succès car ceux qui se rencontrent au nom de Dieu ne peuvent que prospérer surtout lorsqu’ils œuvrent pour une foi vivante et collée aux réalités de leur époque. La lutte pour une foi au service du Dieu Vivant ne peut se mener que sur la base de la vérité dialectique selon laquelle :"On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau". Tout ce qui se fait aujourd’hui au nom de Dieu nous demande de travailler comme vous le faites pour un "Renouveau Spirituel Perpétuel". De nos jours nous voyons des gens égorger leurs proches en criant "Allah Akbar" et les victimes qui s’écroulent dans leur sang de victimes avec le même cri de "Allah Akbar".
 Que Dieu le Grand Maître de la Dialectique nous enseigne le Discernement dans notre lutte pour faire triompher Sa Loi de l’Amour Suprême ! Amen ! »

Après le compte rendu des messages, le café rencontre a abordé le sujet à l’ordre du jour. Pour mener correctement la réflexion sur ce sujet, il a été adopté une démarche qui structure les débats autour des cinq points ci-après :
1) L’état des lieux de l’existant du chrétien en Afrique
2) Est-ce cela la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ?
3) La mission du chrétien en Afrique.
4) Le profil du disciple qui veut remplir cette mission.
5) La nécessaire traversée du désert.

1- Suite à un tour de table sur l’existant du chrétien en Afrique, on peut dire que d’une manière générale, le chrétien tel qu’on peut le voir aujourd’hui en Afrique présente les traits caractéristiques suivants :
 - il tend à se montrer intolérant envers les cultes traditionnels africains mais aussi envers les Eglises différentes de la sienne ; chacun considère qu’il a le vrai culte, la vraie religion ;
 - il se préoccupe de rites, de sacrifices, de lois religieuses, de mariage, de famille,… comme les adeptes de toutes les religions du monde ;
 - il fréquente les églises et les groupes de prières pour chercher des solutions à ses divers problèmes personnels : avoir un bon mari, être en bonne santé, obtenir un poste lucratif, réussir dans ses affaires ou en politique, conjurer ses peurs, etc. ;
 - dans la vie sociale et en politique, par exemple, rien ne le distingue des autres : pillage des biens publics, hypocrisie, prévarication, individualisme, …
 - il se préoccupe de son salut personnel, voire éternel, et ne s’intéresse pas à l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre ;

2- Est-ce cela la bonne nouvelle de Jésus-Christ ? Autrement dit, l’état des lieux fait au point un correspond t-il à la bonne nouvelle de Jésus-Christ ? La réponse à cette interrogation est quasi unanime : Non. La pratique chrétienne aujourd’hui ne répond pas du tout à ce que Jésus demande à ses disciples. « … le christianisme : ce n’est pas un rituel liturgique nouveau ni des prescriptions légales supplémentaires et détaillées, mais un message d’amour et de liberté, une autre façon de voir Dieu . » « L’homme peut se libérer du culte de Dieu. Dieu n’en a pas besoin. D’ailleurs, Il n’en a jamais eu besoin et n’en réclame pas. Le meilleur culte à lui rendre, c’est le service du prochain, l’amour des autres, la justice rendue à tous, à la suite de Jésus lui-même. Voilà l’Evangile, c’est-à-dire, traduit littéralement, la Bonne Nouvelle. (…) C’est la fin de la religion au sens où je l’ai définie auparavant. Pour moi, la nouveauté chrétienne, c’est que le salut se fait dans la vie profane ; il ne dépend pas du respect des innombrables préceptes de Dieu, mais du service rendu à son prochain. Se faire le serviteur des autres : telle est la voie de l’Evangile . »

3- La mission du chrétien. C’est avant tout quelque chose de très personnel. C’est à chacun de découvrir la sienne, à l’exemple même de Jésus. Mais il s’agit toujours de s’engager dans sa société pour la vie et contre les forces de mort, de servir la vérité et la justice, d’incarner l’amour et la miséricorde du Dieu de Jésus, quitte à connaître la persécution. « Chacun entend les enseignements du Maître, et en tire des conséquences sur ce qu’il a à faire  » Le chrétien africain, comme tout chrétien d’ailleurs, doit pouvoir évangéliser le monde sur les valeurs de partage et du détachement. Ces valeurs changeraient le monde si elles étaient introduites dans les systèmes et organisations. C’est à ce niveau que tout doit se jouer pour nous. C’est à nous d’œuvrer à la « restructuration des systèmes économiques et sociaux au bénéfice de l’ensemble des membres du corps social, en particulier des plus défavorisés   ». « Le scandale, c’est que les chrétiens ne soient pas, résolument et partout, aux premiers rangs de l’avancée humaine . » La prière de saint François d’Assise résume bien notre mission, à la suite de Jésus.

4- Le profil du disciple. Le disciple de Jésus, l’Eglise catholique nous en trace le profil, du 22e au 27e dimanche du Temps ordinaire de l’année C. Voici les traits caractéristiques du chrétien qui se dégagent successivement des textes qui nous sont proposés : l’humilité (22e dimanche), le détachement ou le renoncement ; cf. « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » (23e), le pardon ou la miséricorde entendue dans ce sens (24e), le dynamisme ou l’habileté pour combattre les forces de la mort et des ténèbres (25e), le partage, l’autre sens de la miséricorde qui n’est pas loin de ce que certains entendent par communisme (26e) et enfin le service, savoir être un serviteur inutile et détaché, même ou surtout si on est le plus grand (27e). « Deux amours ont donc bâti deux cités, l’amour de soi, jusqu’au mépris de Dieu, la cité de la terre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité de Dieu. » (Saint Augustin, La cité de Dieu, t.2, p. 191.) Joseph Moingt remarque que la nouveauté chrétienne est de ramener les deux commandements [aimer Dieu et aimer son prochain] à un seul, alors que le judaïsme, lui, les distingue. » (Ibid., Epilogue, p. 197.) Le choix à faire pour le chrétien est donc bien entre l’amour de soi jusqu’à la mort des autres et l’amour de son prochain jusqu’au sacrifice de soi si nécessaire.

5- La nécessaire traversée du désert. Le chrétien est dans le monde sans être du monde. Pour prendre conscience de son état de disciple de Jésus et se préparer à sa mission dans le monde, il a besoin de se retraire souvent, de réfléchir, de méditer et de prier. Il lui faut du courage pour persévérer. Il peut arriver qu’il soit seul avec sa vérité. « Toutes les grandes vérités commencent par être des blasphèmes. » (George Bernard Shaw). « Selon Marc, Jésus est mort sous l’inculpation de blasphémateur et rebelle . » Il n’est pas facile de résister au monde. Les tentations n’existent que pour nous détourner de notre mission, de la fidélité à nous-mêmes, de la voie où nous nous sommes librement engagés. Le disciple est donc invité à veiller et à prier pour demander le secours du Seigneur qui l’a appelé à marcher à sa suite. Il doit opérer un va et vient entre foi et engagement, entre intériorité et présence au monde.

Après les deux premiers points, une pause a été marquée pour faire honneur à la collation offerte par Stanislas Kombila Mama qui retourne dans son pays le Gabon, après un séjour d’étude de deux ans à l’Institut Universitaire du Bénin à Cotonou.

A la fin de la séance, une minute de silence a été observée en mémoire du président de la République gabonaise, El hadj Omar Bongo Ondimba.

Joseph Moingt, La plus belle histoire de Dieu, (ouvr. collectif avec Jean Bottero et Marc-Alain Ouaknim), Paris, Seuil, coll. Points, 1997, p. 133.

P. Joseph Moingt, Ibid., p. 144.

Jean-Marie Gueullette, Laisse Dieu être Dieu en toi, Paris, Cerf, 2002, p. 88.

Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté, Paris, Fayard/Actes Sud, 2003, p.377.

Père Louis-Joseph Lebret, Civilisation, Paris, Les Ed. ouvrières/Economie et Humanisme, 1953, p.177.

Alain Delaye, Sagesse du Bouddha Religion de Jésus. Bouddhisme et christianisme des origines à nos jours, Paris, Editions Accarias/L’Originel, 2007, p.25.

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